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« Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable » : les Etats-Unis justifient leurs buts de guerre en Iran

Source: Les Echos:::
Pete Hegseth et le général Dan Caine répondent aux questions au Pentagone, le 2 mars 2026. L'opération « Epic Fury » vise à neutraliser les capacités nucléaires de l'Iran. (Photo Brendan SMIALOWSKI/AFP)
Pete Hegseth et le général Dan Caine répondent aux questions au Pentagone, le 2 mars 2026. L'opération « Epic Fury » vise à neutraliser les capacités nucléaires de l'Iran. (Photo Brendan SMIALOWSKI/AFP)

Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a assuré lundi que l'Amérique ne va pas s'embourber en Iran en tentant de reconstruire une démocratie. Il n'a pas écarté l'éventualité d'une intervention au sol ultérieure.

Par Solveig Godeluck

« Nous n'avons pas commencé cette guerre, mais avec le président Trump, nous la terminons. » Lundi, au troisième jour de l'offensive aérienne américano-israélienne contre l'Iran, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a tenu une conférence de presse avec le général Dan Caine, chef d'état-major des armées. Objectif : justifier le lancement d'« Epic Fury », « l'opération aérienne la plus meurtrière, la plus complexe et la plus précise de l'histoire », a-t-il dit, cintré dans un costume civil.

Sa parole était attendue. Seuls 27 % des Américains approuvent cette opération, selon un sondage Reuters/Ipsos publié dimanche, et réalisé avant les premiers décès de soldats américains. Les Maga qui attendaient du président qu'il mette fin aux guerres lointaines sont déçus, alors que les élections de mi-mandat se tiennent en novembre.

La guerre fait aussi des vagues dans les rangs de la majorité. Le Congrès envisage de voter une résolution symbolique pour encadrer les pouvoirs de guerre de ce président qui s'est contenté d'une notification à la dernière minute avant le début des bombardements. Mardi, plusieurs ministres doivent d'ailleurs s'exprimer face aux députés et aux sénateurs.

« Créer un bouclier conventionnel pour les sites nucléaires »

Ce lundi, Pete Hegseth a expliqué que le fauteur de guerre était l'Iran, qui, depuis la révolution islamique il y a 47 ans, a multiplié les attaques terroristes contre les intérêts américains - voitures piégées à Beyrouth, attaques sur les navires et les ambassades, financement d'attentats en Irak ou en Afghanistan…

« L'Iran développait des missiles et des drones puissants afin de créer un bouclier conventionnel pour ses ambitions de chantage nucléaire », a-t-il accusé. Le régime islamique « nous tenait en joue en tentant de se procurer l'arme nucléaire par la ruse. Cela a failli fonctionner sous Obama et son accord désastreux, mais pas sous ce président », a-t-il poursuivi. Les Américains ont pourtant fait des efforts de « vraie diplomatie », a-t-il assuré, mais l'Iran ne faisait que gagner du temps « pour reconstituer ses stocks de missiles et relancer son programme nucléaire ».

Dès lors, les buts de guerre sont « réalistes » et « d'une précision chirurgicale », selon le ministre : « détruire les missiles offensifs iraniens, anéantir la production de missiles iraniens, détruire leur marine et leurs autres infrastructures de sécurité, et ils ne pourront jamais avoir l'arme nucléaire ».

« Nos alliés qui se tortillent et s'indignent »

« Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable. J'étais là pour les deux », a commenté ce militaire qui a servi sous les drapeaux en Irak et en Afghanistan (une guerre « interminable »). Donald Trump a eu raison de dire que les guerres de « nation building », où les Etats-Unis essayaient de reconstruire une démocratie après le conflit, étaient « bêtes ». D'ailleurs, « Epic Fury » est « l'opposé », a-t-il soutenu.

Interrogé sur la présence de troupes au sol en Iran, le secrétaire à la Guerre a expliqué qu'il n'y en avait pas, « mais on ne va pas se livrer au jeu de ce qu'on va faire ou ne pas faire ». Ce serait « de la folie » de confier ses intentions aux ennemis de l'Amérique, a-t-il insisté.

Israël a eu droit à des éloges, et l'Europe à d'amères moqueries, comme d'habitude depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. « Des partenaires compétents sont de bons partenaires, contrairement à nombre de nos alliés traditionnels qui se tortillent et s'indignent de l'usage de la force », a attaqué Pete Hegseth. Les Européens n'ont été ni consultés ni prévenus avant le déclenchement d'« Epic Fury », en dépit du fait que certaines bases américaines au Moyen-Orient sont partagées et donc potentiellement des cibles pour les Iraniens.

Cet aparté est surtout une façon de justifier le mépris du pouvoir législatif américain. Pete Hegseth a vanté une opération « sans règles d'engagement stupides, sans bourbier de 'nation building', sans exercice de construction démocratique, sans guerres politiquement correctes », mais « selon nos conditions, avec un maximum d'autorité ».

Solveig Godeluck (Bureau de New York)

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