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De la Libye à l’Europe, la logistique déshumanisante des migrants : « Tenir un centre de détention, c’est comme contrôler un puits de pétrole »

ROSELINA RAMISTELLA POUR « LE MONDE
ROSELINA RAMISTELLA POUR « LE MONDE

Par  (Lampedusa [Italie], envoyé spécial)

Officiellement, le centre de détention de Lampedusa (Italie) n’est pas un centre de détention. Certes, ceux qui y séjournent ne peuvent pas en sortir, mais ils ne seraient en aucun cas des détenus. Sur l’île italienne, on parle d’un « hotspot », terme qui, en anglais, peut désigner un lieu où prolifère un virus, une menace, un ennemi. En l’occurrence, l’enclos, encaissé dans un paysage de maisons basses, de mauvaises herbes et d’ordures, sert de base logistique, invisible pour la plupart des insulaires et des touristes. Le sable blanc de la spiaggia dei Conigli (la « plage des Lapins ») se trouve à dix minutes en voiture. Elle compte parmi les préférées des utilisateurs de Tripadvisor. Les touristes s’y baignent, dans l’eau où d’autres se noient.



Des migrants attendent d’embarquer sur un ferry, à Lampedusa (Italie), le 21 avril 2026, afin d’être transférés à Porto Empedocle, en Sicile.
Des migrants attendent d’embarquer sur un ferry, à Lampedusa (Italie), le 21 avril 2026, afin d’être transférés à Porto Empedocle, en Sicile. ROSELINA RAMISTELLA POUR « LE MONDE »



Des passeports ayant appartenu à des migrants, retrouvés le long des côtes de Lampedusa, sont conservés à Porto M, un espace de mémoire fondé par le collectif Askavusa, à Lampedusa (Italie), le 22 avril 2026.
Des passeports ayant appartenu à des migrants, retrouvés le long des côtes de Lampedusa, sont conservés à Porto M, un espace de mémoire fondé par le collectif Askavusa, à Lampedusa (Italie), le 22 avril 2026. ROSELINA RAMISTELLA POUR « LE MONDE »



Les exilés ayant survécu à la traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’île, voisine de la Tunisie et de la Libye, sont regroupés derrière des balustrades de métal pour être interrogés, identifiés et enregistrés, avant d’être envoyés sur la terre ferme, « une chaîne de montage », décrit une ancienne employée. Là, ils poursuivent une itinérance commencée au Bangladesh, en Gambie ou dans le sud du Soudan. Beaucoup traînent les cicatrices des tortures et des viols, la douleur de l’esclavage, les traces morales de l’humiliation héritées de l’ordre de terreur qui règne pour eux en Afrique du Nord.

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