Enjeux Internationaux 2 min de lecture

« L’expression crue et brutale de la puissance américaine de l’ère Trump II est un choc violent qui ouvre enfin les yeux des alliés de Washington »

Source: Le Monde

L’Europe se trouve dans une phase périlleuse, où elle a pris conscience de sa solitude, mais n’a pas encore les moyens de son autonomie, alors que l’émotion créée par l’agressivité des empires appelle des ripostes, explique, dans sa chronique, Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».

En novembre 2019, le président Emmanuel Macron avait horrifié la communauté occidentale en déclarant l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) « en état de mort cérébrale », dans un entretien à The Economist, à la veille d’un sommet de l’Alliance atlantique. Toucher à un tel monument, pilier depuis soixante-dix ans du lien transatlantique, lui-même pilier de l’ordre international, relevait quasiment du sacrilège. La chancelière Angela Merkel marqua froidement sa désapprobation, comme elle savait le faire. Le président Donald Trump qualifia ces propos d’« insultants » et de « très dangereux » pour la France, car « personne n’a plus besoin de l’OTAN que la France ».

Les Etats-Unis ont-ils besoin de l’OTAN ? Six ans plus tard, c’est plutôt la question qui se pose, au moment où le même président Trump, en mode maître du monde, proclame sa volonté de s’emparer du Groenland, territoire appartenant à un membre de l’OTAN, le Danemark. Mettre une telle menace à exécution, avertit la première ministre danoise, Mette Frederiksen, signifierait « la fin de l’OTAN ».

En réalité, Trump n’a aucun intérêt à se défaire de l’OTAN, qui lui permet d’entretenir la dépendance militaire des Européens et surtout de remplir les carnets de commande de l’industrie de la défense américaine. Simplement, l’OTAN selon Donald Trump se rapproche d’un autre modèle d’alliance militaire, celui du pacte de Varsovie, confirmant l’hypothèse posée en février 2025, au début du second mandat de Trump, par Olivier Schmitt, professeur au Centre d’études sur la guerre de l’université du Danemark du Sud, au cours d’une conférence à la Sorbonne.

Le président américain, Donald Trump, après un discours devant des parlementaires républicains, à Washington, le 6 janvier 2026.
Le président américain, Donald Trump, après un discours devant des parlementaires républicains, à Washington, le 6 janvier 2026. EVAN VUCCI / AP

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