La Presse canadienne
Le premier ministre Mark Carney compte tenir les Canadiens régulièrement informés en leur présentant une analyse des mesures prises pour réduire la dépendance envers les États-Unis.
Je ne vais pas minimiser cette crise, promet M. Carney dans une vidéo d’une quinzaine de minutes diffusée dimanche sur YouTube.
Je souhaite vous parler de manière directe afin de vous faire part de notre plan. Je vais être transparent sur tout ce qui fonctionne [et] ce qui ne fonctionne pas.
Une citation deLe premier ministre Mark Carney
M. Carney y explique que les liens économiques étroits entre le Canada et les États-Unis constituaient autrefois un atout majeur mais qu'ils sont désormais une faiblesse.
Selon lui, il serait erroné d’espérer que les États-Unis renouent avec la coopération qui a régné pendant des décennies, ajoutant qu’Ottawa poursuit plutôt son plan de diversification.
M. Carney fait remarquer que les jeunes Canadiens n’ont pas connu une époque où le monde était stable et ajoute que le pays peut puiser son inspiration dans les défis historiques surmontés par le passé.
Il cite en exemple des héros tels que le général Isaac Brooks, le général Charles-Michel de Salaberry ou le chef autochtone Tecumseh, qui ont su défendre ce qui n'était pas encore le Canada en repoussant les envahisseurs américains lors de la guerre de 1812.
Ses commentaires surviennent quelques jours après la formation d’une majorité au Parlement, pendant que les conservateurs font pression sur M. Carney pour qu’il conclue un accord commercial avec les États-Unis, une de ses promesses électorales de l’année dernière.
Les libéraux fédéraux ont répété à plusieurs reprises qu’ils ne signeraient pas un mauvais accord avec les États-Unis tout en déclarant ouvertement que les investissements au Canada étaient en baisse. Ils ont signalé que les droits de douane américains menacent des secteurs tels que le bois d’œuvre, l’acier et l’automobile.
La ligne de conduite
M. Carney a intitulé sa vidéo de dimanche La ligne de conduite, une expression qu’il dit avoir utilisée lorsqu'il était gouverneur de la Banque du Canada, puis de la Banque d'Angleterre, en période de crise. Il explique que cette expression, qui visait à rassurer les citoyens, signifiait qu'il allait agir avec détermination pour affronter [les problèmes] afin de les régler une fois pour toutes.
Il y dit qu'il compte s'adresser à nouveau aux Canadiens par le même canal au cours des prochaines semaines et des prochains mois.
Dans cette vidéo, il réitère plusieurs points que le gouvernement soulève fréquemment, par exemple les efforts destinés à stimuler le commerce interprovincial en harmonisant les réglementations et en mettant en œuvre des projets d’envergure susceptibles de stimuler les exportations vers des partenaires non américains.
Critiques de l'opposition
Pour la cheffe adjointe conservatrice Melissa Lantsmann, M. Carney n'a fait que remâcher ses discours précédents. Encore une fois, ses intentions sont de répéter le même discours encore et encore jusque ce que la situation s'améliore, a-t-elle écrit seulement en anglais sur X. Elle a diffusé sa propre vidéo dans laquelle elle dit que la facture de l'épicerie demeure élevée et que les constructeurs de maisons doivent toujours faire face à des obstacles bureaucratiques. Les Canadiens n'ont pas besoin de la "ligne de conduite". Ils vivent dans le vrai monde, a-t-elle ajouté. Il parle d'audace, alors qu'il n'a presque rien fait avec les pouvoirs extraordinaires que lui a confiés le Parlement.
De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, affirme que Mark Carney ne peut pas simplement énumérer des problèmes : il doit offrir des solutions qui marchent. Selon lui, si la diversification est souhaitable, elle sera néanmoins limitée et longue. Ça suffit, la complaisance... Ceux qui répètent et avalent les bobards vont en payer le prix, a-t-il lancé. M. Blanchet a proposé de négocier une entente commerciale qui mettra fin aux tarifs et de mettre en œuvre des mesures de soutien aux entreprises et aux secteurs touchés par la guerre commerciale lancée par les États-Unis. M. Carney et ses ministres ont répété à plusieurs reprises qu’ils entretiendront toujours des liens étroits avec les États-Unis, et ils ont souvent évité de critiquer directement le président américain Donald Trump.
En février, le premier ministre a exprimé un soutien sans équivoque à la guerre contre l’Iran lancée par Donald Trump aux côtés d’Israël avant de regretter par la suite que Washington n’ait pas consulté les Nations unies au sujet d’un conflit susceptible de violer le droit international.