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Iran 7 min de lecture

Voici pourquoi l’Iran risque de sortir renforcé de la guerre

Source: Radio Canada
Un enfant levant le poing, debout sur un gigantesque drapeau iranien, lors des funérailles d'un commandant des Gardiens de la révolution tué dans une frappe israélo-américaine à Téhéran.  Photo : Getty Images / AFP
Un enfant levant le poing, debout sur un gigantesque drapeau iranien, lors des funérailles d'un commandant des Gardiens de la révolution tué dans une frappe israélo-américaine à Téhéran. Photo : Getty Images / AFP

Entrevue avec deux spécialistes du Moyen-Orient, dont un ancien responsable du renseignement militaire israélien.

La guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a comme objectif affiché de réduire à néant les capacités militaires de la République islamique, mais, un mois plus tard, des experts estiment que Téhéran risque d'en sortir plus radicalisé et plus déterminé que jamais à se doter de l’arme atomique.

Détruire les capacités iraniennes de missiles; anéantir la marine iranienne; assurer que leurs alliés terroristes ne peuvent plus déstabiliser la région; et garantir que l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire. Tels sont les objectifs que s’est donnés le président américain Donald Trump en annonçant le début de l’offensive Fureur épique, le 28 février dernier.

Trente-cinq jours plus tard, aucun de ces objectifs n’est sur le point d’être atteint, constatent des experts interrogés par Radio-Canada.

Cette guerre n'est pas un succès, dit Danny Citrinowicz, ancien chef de la division spécialisée sur l’Iran au sein des services de renseignement de l’armée israélienne.

Au début du conflit, on avait promis de créer les conditions nécessaires pour un changement de régime en Iran. Or, aujourd'hui, nous avons un régime encore plus extrémiste, impossible à renverser, ajoute ce chercheur à l'Institut d'études de sécurité nationale de l'Université de Tel-Aviv.

Un homme à moto regarde un grand panneau d'affichage représentant le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, à Téhéran.
Un homme à moto regarde un grand panneau d'affichage représentant le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, à Téhéran. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Alaa Al-Marjani

Selon M. Citrinowicz, l’ancien guide suprême Ali Khamenei était opposé à l’idée d’acquérir la bombe atomique, craignant les conséquences d’un tel geste pour son pays. Son élimination pourrait désormais raviver les ambitions nucléaires de Téhéran.

Une guerre destinée à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire pourrait en réalité pousser l'Iran à fabriquer la bombe atomique.

Une citation deDanny Citrinowicz, spécialiste de l’Iran


En tuant Ali Khamenei, les Américains et les Israéliens ont contribué à radicaliser encore plus le régime islamique, soutient l’expert. Nous avons aidé les Gardiens de la révolution à prendre le contrôle du pays. Pour eux, l'arme ultime pour empêcher toute future attaque contre l'Iran serait de se doter de l'arme nucléaire.

Un objectif réalisable en moins d’un an, selon cet ancien responsable militaire israélien.

Une image satellite montre le complexe d'enrichissement d'uranium de Natanz.
Une image satellite montre le complexe d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, le 7 mars 2026. (Photo d'archives) Photo : Reuters / VANTOR

« Une porte de sortie »

Mercredi, dans un discours à la nation, le président Trump a assuré avoir remporté des victoires rapides, décisives et écrasantes face à l’Iran, tout en martelant son intention de continuer à frapper durement le pays au cours des deux à trois prochaines semaines.

Pendant son allocution, Donald Trump est passé très rapidement sur la question des réserves d'uranium enrichi de l'Iran, en assurant qu'elles étaient très profondément enfouies après les bombardements menés en juin 2025 par les États-Unis. Il a laissé entendre qu'une surveillance par satellite suffirait dans l'immédiat.

Il s'est également gardé d'évoquer un éventuel déploiement de troupes au sol, une perspective très impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. Il n’est plus question de changement de régime, toujours selon M. Trump, et la libération du détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique qui est bloqué par l’Iran depuis un mois, n'est pas évoquée.

Donald Trump livre un discours à la nation à la Maison-Blanche.
Donald Trump a martelé son intention de continuer à frapper « durement » l'Iran au cours des « deux à trois prochaines semaines », dans un discours à la nation à la Maison-Blanche. Photo : Reuters / Alex Brandon

Pour le politologue Michael Young, du Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, le président américain se cherche une porte de sortie de cette guerre.

Donald Trump voudrait bien une désescalade, mais c’est compliqué, parce qu’il ne maîtrise pas les Israéliens, qui ont tout intérêt à aller jusqu’au bout dans cette guerre.

Une citation deMichael Young, spécialiste du Moyen-Orient

Les Israéliens pourraient décider d’attaquer la production énergétique en Iran, ce qui risquerait en fait d'exacerber la guerre, estime M. Young.

Quant aux Iraniens, ils n’ont pas intérêt à prolonger le conflit éternellement [...] parce qu’ils ont d'une certaine manière réussi leur coup, ajoute le politologue basé à Beyrouth.

Personne ne veut sortir de cette guerre en ayant l'air d'avoir perdu, dit-il encore.

Les scénarios possibles

Selon M. Citrinowicz, Donald Trump a deux options.

La première est d’intensifier la guerre en déployant des troupes au sol pour attaquer les installations énergétiques iraniennes et saisir l’île de Kharg, le principal terminal d'exportation de pétrole iranien, analyse-t-il. Ce serait un coup dur pour l’Iran, mais cela ne ferait que prolonger la guerre, indique cet ancien responsable militaire israélien.

Installations pétrolières iraniennes sur l'île de Kharg.
Des installations pétrolières iraniennes sur l'île de Kharg (Photo d'archives) Photo : Getty Images / ATTA KENARE

L’autre option, selon lui, est que le président américain déclare unilatéralement la fin de la guerre en proclamant la victoire.

Difficile de prédire ce que Donald Trump va décider de faire. Il est trop tôt pour cela, car il peut changer d'avis jusqu'à la dernière minute. Tout est possible avec lui.

Une citation deDanny Citrinowicz, spécialiste de l’Iran

Mais qu’en est-il des monarchies arabes du Golfe, qui abritent des bases américaines et subissent les répercussions des frappes iraniennes contre leur sol?

Les deux experts s’entendent pour dire que ces riches pays pétroliers, qui étaient autrefois considérés comme des havres sécuritaires dans une région tourmentée, ont le plus à perdre dans cette guerre.

Les pays du Golfe sont dans une situation paradoxale, parce que, d'un côté, ils aimeraient que la guerre se termine, mais, en même temps, ils ne veulent pas que les Iraniens s'en sortent gagnants, explique Michael Young.

Ces pays sont un peu coincés, ajoute-t-il. Je crois qu'ils auraient aimé ne pas se retrouver dans ce conflit. Ils veulent un Iran affaibli, mais ils savent qu’il n'y a pas de solution militaire et qu’ils vont bientôt se retrouver avec un Iran nucléaire.

Ce n’est pas une très bonne posture.

De la fumée s'élève en direction d'une installation énergétique dans l'émirat de Fujaïrah, dans le Golfe.
L'Iran a frappé des installations pétrolières aux Émirats arabes unis. (Photo d'archives) Photo : Getty Images

Une stratégie « défaillante »

Même constat du côté de Danny Citrinowicz, qui souligne que les pays du Golfe ne sont pas unifiés dans leurs positions face à l’Iran.

Ces monarchies devront, selon lui, repenser leurs politiques au lendemain de la guerre. Certains, comme le Qatar, Oman et le Koweït, se rapprocheront de l'Iran, dit le chercheur basé à Tel-Aviv. D'autres, à l'instar des Émirats arabes unis, renforceront leurs capacités défensives, mais vont vouloir se diversifier afin de ne plus dépendre des États-Unis.

À l'heure actuelle, il n'existe que de mauvaises options pour les pays du Golfe. Je crois qu’ils vont vouloir mettre fin à la guerre plutôt que de la prolonger et de [risquer une action] dont l’issue est incertaine.

Une citation deDanny Citrinowicz, spécialiste de l’Iran

Cet expert, qui qualifie la stratégie militaire américano-israélienne de défaillante, accuse les responsables de ces deux pays d’avoir surestimé la capacité de leurs forces aériennes à déstabiliser le régime islamique.

Et il y a certainement eu une sous-estimation de la capacité des Iraniens à contre-attaquer, ajoute-t-il.

Les autorités israéliennes inspectent une maison endommagée à la suite d'une frappe de missiles iraniens à Haïfa, en Israël, le lundi 30 mars 2026.
Les autorités israéliennes inspectent une maison endommagée à la suite d'une frappe de missiles iraniens à Haïfa, en Israël, le lundi 30 mars 2026. Photo : Associated Press / Ariel Schalit

Compte tenu de son expertise en sécurité nationale et en renseignement, en Israël, croyait-il voir un jour un tel scénario se réaliser?

J’ai 10 secondes pour vous répondre, car les sirènes d’alerte ont été déclenchées, il y a une nouvelle attaque de missiles en Israël, dit-il sur un ton calme, mais décidé. Je n'aurais jamais cru voir une guerre contre l'Iran, et encore moins deux. Je crains même qu'une troisième puisse être imminente après celle-ci, ajoute-t-il, avant de mettre abruptement fin à l’entrevue.

Je dois m’arrêter là, je dois me rendre au refuge.

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