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Iran 7 min de lecture

Les États-Unis et Israël ont-ils voulu replacer Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'Iran ?

Source: France 24::
L'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad salue la foule après avoir déposé sa candidature à l'élection présidentielle iranienne du 2 juin 2024 à Téhéran. © Atta Kenare, AFP
L'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad salue la foule après avoir déposé sa candidature à l'élection présidentielle iranienne du 2 juin 2024 à Téhéran. © Atta Kenare, AFP

Selon des informations publiées mercredi par le New York Times, Israël et les États-Unis auraient élaboré un plan visant à replacer l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir en Iran après avoir éliminé la majeure partie des dirigeants actuels. Ce dernier aurait alors coopéré avec les Israéliens et les Américains, pourtant longtemps considérés comme ses ennemis jurés.

Dans le sillage des frappes israélo-américaines qui ont tué le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, et d’autres hauts responsables fin février, Donald Trump avait estimé devoir être "impliqué" dans le choix du prochain dirigeant iranien, évoquant à plusieurs médias américains sa préférence. Il penchait alors pour "quelqu’un de l’intérieur" de l’Iran, semblant peu enthousiaste à l'idée de voir une figure exilée, comme Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran, prendre le pouvoir.

Il aurait en réalité jeté son dévolu sur une personnalité pour le moins étonnante. Comme l'ont confié des responsables américains au New York Times, les États-Unis et Israël avaient en tête de replacer à la tête du pays, Mahmoud Ahmadinejad, président de l'Iran entre 2005 et 2013 pourtant connu pour ses positions anti-israéliennes et anti-américaines.

Le quotidien américain évoque en effet un plan fomenté par les Israéliens qui aurait même été porté à la connaissance de Mahmoud Ahmadinejad. Mais selon les responsables américains qui en avaient été informés, le projet a rapidement tourné court.

Au premier jour de la guerre, l'ex-président iranien a été blessé lors d'une frappe israélienne contre son domicile, dans le quartier de Narmak, à l'est de Téhéran. Une frappe qui visait, selon ces mêmes responsables américains, à le libérer de son assignation à résidence.

Les gardes du corps d'Ahmadinejad – membres du Corps des gardiens de la révolution, chargés de le protéger tout en le maintenant en résidence surveillée – ont été tués dans l'attaque organisée pour permettre son exfiltration. L'ancien président blessé dans la frappe, avait d'abord été déclaré mort, ce qui a été démenti rapidement. Depuis, nul ne sait dans quel lieu, ni dans quel état, il se trouve.

En mars, un article paru dans The Atlantic, citant des proches anonymes de Mahmoud Ahmadinejad, indiquait que l’ancien président avait été libéré de sa détention administrative après l’attaque menée contre son domicile, que l’article qualifiait d'"opération d’évasion", rapporte le NYT.

Ce même proche assurait par ailleurs que les Américains voyaient en Mahmoud Ahmadinejad un dirigeant capable d’assumer la gestion de "la situation politique, sociale et militaire" de l'Iran.

Déclarations fondamentalistes

S'il avait récemment été placé sous surveillance par les autorités iraniennes, s'étant maintes fois heurté aux actuels dirigeants du régime, Mahmoud Ahmadinejad n'en est pas moins connu pour ses fortes positions anti-Israël.

En 2005, lors d'un discours en l'honneur de feu l'ayatollah Ali Khamenei, il avait notamment qualifié l'État hébreu de "régime d'occupation qui devait disparaître de la page du temps".

Au cours de sa présidence, il s'est illustré par ses politiques intransigeantes et ses déclarations fondamentalistes souvent extravagantes, telles que l'idée selon laquelle il n’y avait pas un seul homosexuel en Iran, et ses propos ouvertement négationnistes. Il a par ailleurs pris la parole lors d’une conférence à Téhéran intitulée "Un monde sans sionisme".

Par ailleurs fervent partisan du programme nucléaire iranien – qu’il présentait comme un droit souverain et une question de dignité nationale face aux pressions occidentales –, il était aussi un critique virulent des États-Unis.

Sous sa présidence, l’Iran a relancé et accéléré l’enrichissement d’uranium, défiant les demandes des puissances occidentales et de l’ONU. Son discours très offensif envers l’Occident a contribué à durcir les tensions internationales et à entraîner plusieurs vagues de sanctions contre Téhéran.

En Iran, Ahmadinejad est connu pour sa répression violente de la dissidence interne. Sa réélection controversée en 2009, dénoncée par l’opposition comme frauduleuse, a déclenché le vaste Mouvement vert iranien, qui a mobilisé des millions d’Iraniens autour du slogan "Où est mon vote ?".

En réponse, les autorités (les Gardiens de la révolution islamique, les milices Bassidji et surtout le Guide suprême Ali Khamenei ont) ont lancé une répression massive : manifestations interdites, restrictions d’internet et des réseaux de communication, arrestations de milliers de personnes, violences contre les manifestants et détentions dénoncées par les ONG de défense des droits humains.

Le précédent vénézuélien

Pour autant, l'initiative de le porter de nouveau au pouvoir, qui n'avait jamais été révélée auparavant, semblait bel et bien s'inscrire, selon les informations du NYT, dans un plan en plusieurs étapes élaboré par Israël pour renverser le gouvernement théocratique iranien, bien que certains collaborateurs de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu se soient montrés particulièrement sceptiques quant à la viabilité d’un retour au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad.

Fort du succès de l'opération menée par les forces américaines pour capturer le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, et de la volonté de sa remplaçante Delcy Rodriguez de collaborer avec la Maison Blanche, Donald Trump pensait cependant pouvoir reproduire l'expérience avec l'Iran.

D'autant que ces dernières années, les relations entre Mahmoud Ahmadinejad et les dirigeants du régime iranien ne semblaient pas au beau fixe. Après avoir quitté ses fonctions présidentielles, celui-ci s’est peu à peu mué en une sorte de critique ouvert du gouvernement théocratique, et en opposant à l’ayatollah Khamenei, ce qui lui a valu d'être disqualifié des élections présidentielles de 2017, 2021 et 2024, et d'être confiné à son seul domicile, le régime le considérant progressivement comme un élément potentiellement déstabilisateur.

Récentes visites en Hongrie

Dans une interview accordée au New York Times en 2019, l'ex-président iranien faisait l’éloge de Donald Trump, plaidant en faveur d’un rapprochement entre Téhéran et Washington. Un surprenant discours qui a valu à certains de ses proches d'être accusés d'entretenir des liens trop étroits avec l'Occident, voire d'espionnage pour le compte d'Israël.

Jugé en 2018, son ancien chef de cabinet, Esfandiar Rahim Mashai, a publiquement été interrogé sur ses liens avec les services de renseignement britanniques et israéliens.

Ces dernières années, Mahmoud Ahmadinejad a effectué des voyages hors d’Iran qui ont encore alimenté les spéculations, rapporte le New York Times, qui ajoute que l'ex-dirigeant venait de rentrer de Hongrie – alors dirigée par l'ex-Premier ministre Viktor Orban, fervent soutien d'Israël – quelques jours seulement avant qu’Israël ne lance ses attaques contre l’Iran en juin dernier.

"LA VRAIE RAISON DES VISITES DE L'ANCIEN PRÉSIDENT IRANIEN À BUDAPEST : ISRAËL ET LES USA VOULAIENT L'AIDER À REVENIR AU POUVOIR", écrit sur sa page Facebook le journaliste hongrois, Szabolcs Panyi, qui évoque un probable lien entre les visites d'Ahmadinejad en Hongrie en 2024 et 2025, et son éventuelle participation à une opération des services de renseignement.

En outre, lorsque la guerre a éclaté en février, le silence relatif d'Ahmadinejad face à une guerre contre deux pays qu'il exècre normalement n'est pas passé inaperçu, notamment sur les réseaux sociaux.

De nombreuses zones d’ombre entourent encore le rôle réel de Mahmoud Ahmadinejad dans ce scénario et la collaboration exacte entre Washington, Tel-Aviv et leurs alliés. Mais derrière l’hypothèse d’un "come-back" orchestré de l'ex-président iranien se dessine une réalité : celle de puissances prêtes à miser sur d’anciens adversaires pour peser sur l’équilibre régional.

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