Arrêté après avoir participé aux manifestations antigouvernementales, ce jeune Iranien pourrait devenir le premier protestataire identifié à être exécuté depuis le début du mouvement.
Par Louise Dugast avec AFP
Son visage tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Erfan Soltani, 26 ans, est devenu l’un des symboles de la répression en Iran. Arrêté à son domicile de Fardis, à l’ouest de Téhéran, le 8 janvier, après avoir participé à des manifestations antigouvernementales, il pourrait devenir le premier manifestant identifié à être officiellement condamné et exécuté par pendaison depuis le début du mouvement de contestation, déclenché fin décembre.
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Iran Human Rights et Hengaw, sa famille a été informée que son exécution était programmée pour ce mercredi 14 janvier. Les accusations retenues contre lui restent toutefois inconnues. Le jeune homme n’aurait jamais bénéficié d’un avocat ni d’un procès public. Sa famille n’a pu lui rendre qu’une « visite finale » d’à peine dix minutes, rapporte Hengaw. Sa sœur, avocate, a tenté d’accéder au dossier judiciaire, en vain. L’affaire n’a par ailleurs jamais été mentionnée par les médias d’État iraniens.
Pour les ONG, la procédure constitue une violation manifeste du droit international. « Depuis son arrestation, Erfan Soltani a été privé de ses droits les plus fondamentaux, notamment l’accès à un avocat, le droit à la défense et les garanties d’un procès équitable », dénonce Hengaw, qui qualifie l’affaire d’« exécution extrajudiciaire ».
Le cas d’Erfan Soltani s’inscrit dans un durcissement assumé du pouvoir judiciaire iranien. Mardi, le parquet iranien a annoncé que certaines des personnes arrêtées lors des manifestations pourraient être poursuivies pour moharebeh (« guerre contre Dieu »), l’un des chefs d’accusation les plus graves du droit pénal iranien, passible de la peine de mort. Le bureau des procureurs de Téhéran a indiqué qu’un nombre indéterminé de manifestants seraient prochainement traduits en justice, qualifiés d’« émeutiers » par les autorités.
Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a par ailleurs affirmé vouloir des procès « rapides » et « publics » pour les personnes arrêtées lors des manifestations. « Lorsque des crimes graves sont commis, nous devons agir rapidement », a-t-il déclaré à l’issue d’une visite de plusieurs heures dans une prison de Téhéran, rapporté par l’AFP.
Selon Iran Human Rights, les autorités assimilent désormais les manifestants à des « terroristes », les accusant de liens avec Israël et les États-Unis, des accusations passibles de la peine capitale.
Peu d’informations ont filtré sur le parcours personnel d’Erfan Soltani. Décrit par ses proches comme discret et très attaché à sa famille, il aurait toutefois participé activement aux rassemblements dénonçant le coût de la vie et la République islamique. « Plus de 10.600 manifestants ont été arrêtés (…) Erfan Soltani, 26 ans, dont l’exécution a été programmée pour le 14 janvier, est l’un d’eux », a relayé le Département d’État américain dans un message en farsi rapporté par l’AFP.
Amnesty International a de son côté exhorté l’Iran à « surseoir immédiatement à toutes les exécutions, y compris celle d’Erfan Soltani ». « C’est effroyable. En termes de droits humains, ce régime est une catastrophe. Ce à quoi nous assistons, c’est une dérive dans l’horreur », a dénoncé la présidente de l’organisation.
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit lui « extrêmement préoccupé » par les déclarations publiques de responsables judiciaires évoquant le recours à la peine de mort à l’issue de procédures expéditives. L’ONG Iran Human Rights redoute que les autorités cherchent à « organiser des procès rapides sans respecter les garanties d’un procès équitable ».
La peine de mort comme outil de dissuasion
Sur le plan diplomatique, Donald Trump a prévenu que les États-Unis « agiraient de manière très forte » en cas d’exécution, promettant par ailleurs aux manifestants que « beaucoup d’aide est en route ». De son côté, la mission iranienne auprès de l’ONU accuse Washington de chercher un « prétexte » à une intervention militaire, évoquant des « troubles orchestrés de l’extérieur ».
La répression a déjà fait près de 2600 morts selon Iran Human Rights, un chiffre que l’ONG estime largement sous-évalué. L’Iran figure par ailleurs au deuxième rang mondial des pays pratiquant le plus d’exécutions après la Chine : au moins 1500 personnes ont été exécutées en 2025, selon IHR. Lors de la précédente vague de contestation, entre 2022 et 2023, douze manifestants avaient déjà été exécutés.