Iran 5 min de lecture

Le régime iranien pourra-t-il tenir après la mort du guide suprême?

Source: Radio Canada
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'un rassemblement à Téhéran le 17 février dernier.  Photo : via reuters / Bureau du guide suprême de l'Iran
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'un rassemblement à Téhéran le 17 février dernier. Photo : via reuters / Bureau du guide suprême de l'Iran

En attaquant l'Iran, Israël et les États-Unis veulent renverser le régime de la République islamique, à la tête de ce pays depuis la révolution de 1979. Aux yeux du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, l'opération lancée samedi permettra d’infliger « un coup fatal au régime terroriste en Iran ». Mais cet objectif est-il réalisable?

Donald Trump a fait le pari d’une victoire internationale en faisant tomber le régime iranien, estime le géopolitologue français Pascal Boniface. Mais le problème, dit-il, c'est qu’il n’est pas certain que le régime iranien tombe.

Le régime iranien est un système, pas une monarchie. Dans une monarchie, vous tuez le leader et le régime tombe. En Iran, je pense que l’ayatollah Khamenei aura un successeur. Donc, le système va durer, analyse-t-il dans une entrevue à ICI RDI.

Il rappelle d'ailleurs que jamais une intervention militaire aérienne n’a réussi à renverser un régimeOn l’a vu en Irak, on l’a vu en Libye. Il faut une intervention terrestre, ajoute-t-il.

Le régime iranien peut être affaibli, mais il continuera à exister malgré son affaiblissement, poursuit Pascal Boniface.

Un système complexe

La République islamique iranienne est un régime révolutionnaire qui a investi dans la planification du remplacement des dirigeants, explique pour sa part Ali Hashem, chercheur associé au Centre for Islamic and West Asian Studies du Royal Holloway de l'Université de Londres.

Le pouvoir repose sur un réseau dense d'institutions conçues non seulement pour servir le dirigeant mais aussi pour le contenir, le surveiller et, si nécessaire, lui survivre, écrit ce spécialiste de l'Iran.

La Constitution de 1979 a été conçue pour éviter les modèles d’effondrement que le pays a connus dans son histoire. Elle a permis de créer des institutions destinées à maintenir en place le régime et son idéologie.

Le Conseil des gardiens [de la Constitution] a été créé pour prévenir toute dérive politique et pour garantir la conformité des lois aux principes islamiques. L'Assemblée des experts a été chargée de sélectionner et de superviser le guide suprême afin d'éviter une concentration du pouvoir sans contrôle. Le Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime a été institué pour débloquer les situations de blocage institutionnel, assurant ainsi la continuité du système même en cas de désaccords au plus haut niveau, explique le chercheur Ali Hashem.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique [CGRI] et les services de renseignement étaient chargés de garantir la sécurité de la révolution, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, en contrôlant les menaces étrangères et les troubles intérieurs, ajoute-t-il.

L’article 111 de la Constitution iranienne prévoit par exemple qu'en cas de disparition du guide suprême, le pouvoir est détenu par une instance provisoire composée de trois personnes : le président de la République, le chef du pouvoir judiciaire et un religieux choisi par le Conseil de discernement de l'intérêt supérieur.

Cette instance provisoire a été mise en place dimanche. Elle est composée du président Massoud Pezeshkian, du chef de l’autorité judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, et du religieux Alireza Arafi, qui occupe le poste de vice-président de l'Assemblée des experts.


Un homme lève son index gauche.
Le secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale iranien, Ali Larijani. Photo : Reuters / Aziz Taher

Ce triumvirat, qui dirige désormais le pays, sera appuyé par Ali Larijani, un proche de l’ayatollah Khamenei, qui est à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale.

Ali Hashem évoque dans son article du Foreign Policy une citation du fondateur de la République islamique, l’imam Khomeini, que les élites iraniennes connaissent par cœur : Préserver la République islamique est plus important que préserver n'importe quelle personne, même s'il s'agissait de l'imam de notre temps, une référence au douzième imam du chiisme, l’imam Al-Mahdi.

La suite

L'Assemblée des experts devra choisir, dans les jours qui viennent, l’homme qui succédera à l’ayatollah Ali Khamenei. Cependant, la Constitution ne prévoit pas un délai précis pour la désignation d'un successeur, souligne Ali Hashem.

Spécialiste du monde iranien et chercheuse associée à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Haniyeh Ziaei est d'ailleurs sans équivoque : l’ayatollah Khamenei a préparé sa succession et celui qui lui succédera ne sera pas un outsider. Ce sera quelqu’un de très proche de la ligne idéologique de Khamenei.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, lors d'un rassemblement électoral le 15 juin 2024.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien. Photo : Getty Images / ATTA KENARE

Un changement de discours

Haniyeh Ziaei remarque néanmoins un changement dans le discours des dirigeants du pays depuis l’assassinat du guide suprême, samedi.

Selon elle, il y a eu un mea-culpa à la télévision d’État de la part du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a souligné qu’il est conscient que la population n’est pas contente. Il faisait référence aux manifestations de décembre et janvier derniers, marquées par une violente répression qui a fait des centaines, voire des milliers de morts.

Cette chercheuse souligne également l’évocation par le régime du nationalisme iranien  comme ciment pour faire face aux attaques israélo-américaines. Le président du Parlement aurait affirmé que le point commun du peuple iranien est l'amour qu'il porte à sa nation, paraphrase-t-elle.

La riposte iranienne : une menace

Toutefois, dans un autre registre, Haniyeh Ziaei estime que les attaques menées par les Iraniens contre les pays du golfe Persique pourraient constituer un danger pour le régime.

Selon elle, de telles représailles de la part de Téhéran risquent d'isoler encore davantage le régime iranien.

Publicité
Vous n'avez pas utilisé le site Web, Cliquer ici pour maintenir votre état de connexion. Temps d'attente: 60 Secondes