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Le président Trump accroît la pression sur Téhéran qui répond en le menaçant

Le secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale iranien Ali Larijani  Photo : Reuters / Aziz Taher
Le secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale iranien Ali Larijani Photo : Reuters / Aziz Taher

La tension verbale entre les États-Unis et la République islamique d’Iran est allée crescendo ces dernières heures.

Le président Donald Trump a poursuivi mardi son offensive contre le gouvernement iranien en s’adressant directement aux protestataires, leur demandant de prendre le contrôle des institutions du pays.

La réponse est venue du ministre iranien de la Défense, le général de brigade Aziz Nasirzadeh, qui a averti que les bases américaines situées dans les pays facilitant les actions des États-Unis dans la région deviendraient des cibles légitimes en cas d’attaque lancée par Washington contre l’Iran.

Donald Trump a également affirmé dans son message qu'il ne s'entretiendra pas avec les responsables iraniens tant et aussi longtemps que ces derniers poursuivront les violences contre des manifestants. Ceux qui ont perpétré ces violences paieront le prix fort, a-t-il affirmé.

À ce propos du président américain, c’est le secrétaire du Conseil supérieur de la sécurité nationale, Ali Larijani, qui a répondu. Les principaux meurtriers des Iraniens sont : 1 Trump - 2 Nétanyahou, a-t-il écrit sur son compte X.

Par ailleurs, M. Trump a promis de l'aide aux manifestants sans toutefois en préciser la nature.

En fin de journée lundi, Donald Trump avait annoncé, sur son réseau Truth Social, l'imposition de droits de douane de 25 % à tout pays qui commercerait avec l'Iran. Cette décision est définitive et prend effet immédiatement, avait-il affirmé.

Téhéran n'a pas encore réagi à ces droits de douane imposés par Washington. Pékin, de son côté, les a critiqués et a affirmé qu'il entendait défendre ses droits. Parmi les autres partenaires commerciaux de Téhéran figurent la Turquie, l'Irak, les Émirats arabes unis et l'Inde.

Un bilan meurtrier

Différents bilans circulent quant au nombre de personnes ayant péri dans ce mouvement de contestation antigouvernemental.

Selon la Human Rights Activists News Agency (HRANA) – dont les bilans se sont avérés fiables lors de manifestations ces dernières années –, 2000 personnes ont perdu la vie dans les manifestations.

Cet organisme de défense des droits de la personne basé aux États-Unis a estimé que 1847 de ces personnes étaient des manifestants et que 135 étaient affiliées au gouvernement.

L'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirme qu'au moins 700 personnes ont été tuées.

Le New York Times cite quant à lui des responsables américains qui, s'appuyant sur les agences de renseignement américaines, font état de plus de 600 morts.

Des personnes circulent entre des cadavres enveloppés dans des housses noires qui jonchent le sol.
Cette image tirée des réseaux sociaux et authentifiée par Reuters montre des dizaines de corps étendus dans une rue de Téhéran. (Photo d'archives) Photo : Reuters

Dans le New York Times toujours, un haut responsable du ministère de la Santé de l'Iran (qui a préféré garder l'anonymat) fait état, lui, de plus de 3000 morts, dont des centaines de membres des forces de sécurité.

Ce haut responsable a tenu à mettre en cause des terroristes dans ce bilan meurtrier qui, s'il se confirme, sera le plus grave de toute l'histoire récente de l'Iran.

Des graffitis contre l'ayatollah Khamenei

Pour sa part, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk, s'est dit mardi horrifié par la violence croissante des forces de sécurité iraniennes contre les manifestants.

Ce cycle de violence effroyable ⁠ne peut se poursuivre. Le peuple iranien et ses revendications d'équité, d'égalité et de justice ​doivent être entendus, dit-il dans un communiqué lu par son porte-parole, ​Jeremy Laurence.

Volker Turk dit également craindre les suites judiciaires de ces rassemblements, le parquet ‍iranien ayant évoqué la ⁠peine capitale pour punir les ennemis du régime.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'une réunion à Téhéran.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'une réunion à Téhéran, en Iran, le 3 janvier 2026. Photo : Reuters / Bureau de l'ayatollah Ali Khamenei

Des images qu'a obtenues l'agence Associated Press ont montré que, dans les rues de la capitale, des graffitis et des chants appelaient à la mort de l'ayatollah Khamenei, ce qui est passible de la peine capitale en Iran.

Le guide suprême de la République islamique d'Iran est âgé de 86 ans; il avait succédé à l'ayatollah Khomeini en 1989.

Premiers appels vers l'étranger

Mardi, des Iraniens qui ont pu appeler à l'étranger pour la première fois depuis des jours ont témoigné de leur réalité.

Cependant, les internautes, eux, ne peuvent toujours pas se connecter à des sites étrangers, le gouvernement iranien ne leur donnant accès qu'aux sites web qu'il approuve.

Les envois de messages textes ne sont pas possibles non plus. Jeudi dernier, Internet avait été coupé dans l'ensemble du pays par les autorités.

Des manifestants brandissant des drapeaux.
Des milliers de personnes ont manifesté à Téhéran en soutien au gouvernement. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Stringer

Dans des appels faits outre-frontière, des Iraniens ont décrit l'importante présence des forces de l'ordre à Téhéran, des bâtiments gouvernementaux incendiés, des distributeurs automatiques de billets détruits et peu de passants.

Des témoins ont vu défiler des membres de la force Basij, composée de volontaires de la Garde révolutionnaire, qui portaient armes à feu et matraques. Des agents de sécurité en civil étaient aussi visibles dans les lieux publics.

Plusieurs banques et bureaux gouvernementaux ont été incendiés pendant les troubles, ont-ils rapporté. Les banques ont eu du mal à effectuer leurs transactions sans Internet. Les magasins restent ouverts, mais la circulation piétonne est rare dans la capitale.

Cette vague de manifestations, la plus importante que la République islamique ait connue depuis des années, a commencé le 28 décembre dernier par les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, dans le but de protester contre une inflation galopante et la chute ​du rial, la monnaie nationale.

Le Canada recommande à ses ressortissants de quitter l'Iran

Dans un message daté de mardi, Ottawa recommande aux voyageurs d'éviter de se rendre en Iran en raison des manifestations en cours, des tensions qui persistent dans la région et du risque élevé de détention arbitraire et de l'application imprévisible des lois locales.

Les autorités canadiennes recommandent aussi à ceux qui se trouvent en Iran de quitter le pays dès maintenant, s'ils peuvent le faire en toute sécurité.

Nombre de compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination et en provenance de l'Iran, note Ottawa, mais il existe des options pour traverser la frontière terrestre.

Les frontières terrestres avec l’Arménie et la Türkiye [Turquie] sont ouvertes, et les détenteurs de passeports canadiens n’ont pas besoin de visa pour entrer dans ces pays, écrit Ottawa.

Notre capacité à fournir des services consulaires en Iran est extrêmement limitée, met en garde le gouvernement du Canada.

Deux hommes manifestent et l'un d'eux tient un drapeau arborant un lion brandissant un sabre devant un soleil.
Des personnes se sont massées devant la Maison de Radio-Canada, mardi, à Montréal, en soutien à ceux qui, depuis la fin de décembre, protestent contre le régime en Iran. Sur la photo, un manifestant brandit le drapeau qui était celui de l'Iran à l'époque du shah, avant l'instauration de la République islamique en 1979. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Comme cela avait été le cas samedi dernier, des manifestations ont eu lieu à Montréal, mardi, en soutien aux protestations antigouvernementales en Iran.

À Ottawa, l'ambassade de l'Iran, fermée depuis 2012, a été vandalisée, et une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montrait un protestataire qui avait franchi une clôture de sécurité pour retirer l'emblème national de l'Iran de la façade de l'immeuble.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, La Presse canadienne, Associated Press, Le Monde et CBC

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