Enjeux Internationaux 5 min de lecture

Guerre en Iran : pourquoi une récession mondiale n'est pas à l'ordre du jour

Source: Les Echos:::
Le cargo thaïlandais Mayuree Naree en flammes après une attaque iranienne dans le détroit d'Ormuz, le 11 mars 2026. (Navy/EyePress News//SIPA)
Le cargo thaïlandais Mayuree Naree en flammes après une attaque iranienne dans le détroit d'Ormuz, le 11 mars 2026. (Navy/EyePress News//SIPA)

Une crise économique n'est pas le scénario privilégié des économistes. Mais la croissance européenne s'en ressentira fortement si le prix du baril de pétrole reste élevé.

Par Guillaume de Calignon

Plus la guerre en Iran dure et plus les questions de son impact sur l'économie mondiale se posent avec un sentiment d'urgence. Pour l'instant, les investisseurs ne paniquent pas : ils tablent sur un conflit relativement court. Mais tout va dépendre de l'intensité et de la durée des hostilités, donc de la hausse des prix des hydrocarbures, puisque 20 % du gaz et du pétrole mondial transitent chaque jour par le détroit d'Ormuz, fermé par l'Iran depuis deux semaines.

Une chose est sûre : la situation n'est pas similaire à celle de 2022, quand la Russie a attaqué l'Ukraine. Il y a quatre ans, l'économie mondiale tournait à plein régime, rattrapant les deux années perdues à cause du Covid. Le marché du travail était tendu, les ménages disposaient d'une forte épargne, l'inflation avait déjà commencé à grimper avant le choc énergétique, les taux d'intérêt étaient très bas et les chaînes de valeurs étaient encore désorganisées après les confinements.

En 2026, l'économie est déjà affaiblie par des droits de douane américains et les tensions géopolitiques. Pour preuve, en janvier 2022, c'est-à-dire avant le début de la guerre en Ukraine, le Fonds monétaire international (FMI) tablait sur une croissance 4,4 % cette année-là. En 2026, l'organisation internationale prévoyait une progression du PIB mondial de 3,3 % en janvier dernier.

Un choc d'offre déjà là

« On pourrait considérer que l'impact de la guerre contre l'Iran constituerait un choc significatif pour une économie à partir du moment où la croissance attendue passerait sous son rythme potentiel. Pour la zone euro, on s'attendait à une progression du PIB de l'ordre de 1,2 % cette année avant le début du conflit, soit à peu près la croissance potentielle. Un baril de pétrole à 100 dollars sur l'année pourrait amputer le PIB d'environ 0,5 point, ce qui commencerait à poser des problèmes de destruction d'emplois », explique Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa.

La situation américaine est un peu différente. D'abord parce que les Etats-Unis sont exportateurs nets d'hydrocarbures, contrairement à l'Europe. Ensuite, « l'économie américaine devait croître à 2,5 % en 2026, selon le consensus des prévisions avant la guerre. Mais ce chiffre cache une activité à deux vitesses. Celle du secteur de la technologie, tiré par l'IA, qui fonctionne bien et celle des secteurs traditionnels, qui est déjà médiocre. Un prix du baril à 100 dollars pourrait dégrader la croissance des activités traditionnelles de l'ordre de 0,3 point de PIB, ce qui est beaucoup », poursuit le chef économiste d'Axa.

Les marchés plutôt optimistes

« Si le conflit dure en tout quatre à cinq semaines, l'impact macroéconomique ne sera pas très important. Certes, il y aura un pic d'inflation aux mois de mars et avril mais les banques centrales s'en accommoderont. Elles ne relèveront pas les taux d'intérêt car cette poussée des prix restera temporaire », considère Claudia Panseri, directrice des investissements en France chez UBS. Avec un problème tout de même qui risque de durer : « les investisseurs mettront une prime de risque géopolitique de l'ordre de 10 dollars sur le prix du pétrole, même en cas de cessation des hostilités, et cela aura un effet négatif sur la croissance et l'inflation ».

Aujourd'hui, c'est ce scénario que les marchés anticipent. « Les investisseurs ont la conviction que le conflit ne durera pas longtemps parce qu'avec les élections de mi-mandat dans six mois, Trump sera obligé de vite arrêter, d'autant que tous les pays du Golfe ont intérêt à une réouverture du détroit d'Ormuz et une baisse du prix du pétrole », poursuit-elle.




« Aux Etats-Unis, l'inflation a fait l'élection présidentielle de 2024 et pourrait bien décider de l'issue du scrutin de mi-mandat en 2026 », prévient Nathalie Benatia, de BNP Paribas Asset Management. « Le consommateur américain est très sensible au prix du carburant », confirme Samy Chaar, chef économiste de la banque suisse Lombard Odier.

Le prix du baril de pétrole sous surveillance

Mais Donald Trump n'a pas nécessairement les cartes en main. Il peut difficilement crier victoire si les Iraniens continuent à bloquer le détroit. Et sur le plan économique, les choses seront très différentes si la guerre se prolonge. « Un prix du baril de pétrole en dessous de 100 dollars est gérable pour les économies développées. Mais s'il s'installe durablement au-dessus, cela devient très difficile », estime Samy Chaar.

Si le prix du baril reste supérieur à 100 dollars plusieurs mois et que le prix du gaz est 50 % supérieur à son niveau d'avant le conflit, alors la croissance de la zone euro sera amputée de 100 points de base et l'inflation, rehaussée de 300 points de base, selon les prévisions d'UBS. La hausse des prix atteindrait alors 5 %, ce qui ne peut laisser la Banque centrale européenne (BCE) sans réaction.

Mais on n'en est pas encore là. La récession n'est pas à l'ordre du jour, sauf catastrophe. Pour les économistes du cabinet Oxford Economics, « si les prix mondiaux du pétrole se maintenaient en moyenne autour de 140 dollars le baril pendant deux mois - avec un resserrement important des conditions financières, une augmentation des perturbations des chaînes d'approvisionnement et une détérioration continue de la psyché collective - cela suffirait à faire entrer certaines parties de l'économie mondiale dans une légère récession ». Le prix du baril de Brent à la clôture vendredi était légèrement supérieur à 100 dollars.

Reste que, « un des risques, c'est l'erreur de politique économique dans la réponse au choc, notamment en matière monétaire puisque la politique budgétaire laisse peu de marges de manoeuvre dans la zone euro », met en garde Gilles Moëc, qui craint une hausse des taux trop rapide de la part de la BCE. Les réactions des banques centrales détermineront aussi la croissance de 2026.

Publicité
Vous n'avez pas utilisé le site Web, Cliquer ici pour maintenir votre état de connexion. Temps d'attente: 60 Secondes