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Pourquoi Trump tarde tant à exécuter sa menace de faire grimper les droits de douane américains « avec effet immédiat »

Source: Les Echos:::
Inspection douanière dans le port de Pharr au Texas. Les Etats-Unis ont lancé des enquêtes contre une soixantaine de pays pour mettre en évidence des « pratiques commerciales déloyales ». (William Widmer/Redux-REA)
Inspection douanière dans le port de Pharr au Texas. Les Etats-Unis ont lancé des enquêtes contre une soixantaine de pays pour mettre en évidence des « pratiques commerciales déloyales ». (William Widmer/Redux-REA)

Les Etats-Unis ne ménagent pas pour autant leurs alliés, en invoquant le « travail forcé » pour déclencher des droits de douane ultérieurs. Donald Trump renâcle toujours, par ailleurs, à rembourser les droits annulés.

Par Solveig Godeluck

Serait-il gêné aux entournures ? Donald Trump avait annoncé le 21 février qu'il portait les nouveaux droits de douane transitoires, dits « section 122 », de 10 % à 15 % « avec effet immédiat ». Après l'annulation par la Cour suprême de l'essentiel des barrières douanières érigées l'année dernière, le président des Etats-Unis voulait reconstruire sa digue tout de suite. Mais aucun décret en ce sens n'a été publié. Puis le 4 mars, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les 15 % seraient probablement mis en place dans la semaine. Douze jours après, toujours rien à l'horizon.

Entre-temps, Donald Trump a lancé son pays et le reste du monde dans une guerre contre l'Iran. Non seulement les affaires tarifaires sont passées au second plan aux Etats-Unis, mais en plus, le chef de l'Etat a besoin de l'aide des alliés de l'Amérique pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Le moment est donc mal trouvé pour les humilier davantage.

Un deuxième facteur pourrait retarder la mise à exécution des tarifs à 15 %, voire inciter le gouvernement à conserver un taux de 10 % jusqu'à leur extinction le 24 juillet. Les nouveaux droits transitoires ont eux aussi été attaqués en justice. Une vingtaine d'Etats contestent la réalité du « problème fondamental » de « balance internationale des paiements » invoqué par le gouvernement pour appliquer la section 122 du Trade Act de 1974.

Les douaniers traînent des pieds pour rembourser

Pour monter à 15 % sans violer la parole donnée aux partenaires commerciaux, il faudrait tailler des cotes sur mesure pour certains pays. Le Royaume-Uni bénéficiait de 10 % l'an dernier et l'Union européenne était plafonnée à 15 % en incluant les droits préexistants. Or, chaque dérogation fragilise un peu plus juridiquement le recours à la section 122, un dispositif censé être le même pour tous les pays. Il n'est pas impossible que le décret des 15 % n'arrive jamais.

Mais les importateurs ne perdent rien pour attendre. D'abord, Donald Trump ne veut toujours pas rembourser les taxes annulées, en dépit de la décision de la Cour suprême. Ce lundi, sur Truth Social, il a de nouveau remercié les trois juges conservateurs qui « ont compris outre le droit, que nos concurrents hostiles ne devraient être ni indemnisés ni récompensés pour les décennies de préjudices qu'ils ont causées aux Etats-Unis ». « Je me battrai avec acharnement pour que cela n'arrive pas ! »

VIDEO - Comment Trump redécoupe le monde







Le juge Eaton à la Court of International Trade a pourtant exigé un remboursement rapide, et avec intérêts, de l'intégralité des droits indus - plus de 165 milliards de dollars -, sans qu'il soit nécessaire de porter plainte. A sa demande, le 12 mars, l'administration des douanes (CBP) a remis son plan pour procéder au plus gros remboursement fiscal de l'histoire des Etats-Unis. Ce plan trahit une réticence à rembourser, observe le Cato Institute dans un billet de blog.

La CBP dit n'avoir pas suffisamment de ressources pour mettre en place le nouveau système avant 45 jours. Elle « n'a fait aucun effort l'année dernière pour se préparer à la possibilité très réelle de remboursements massifs, alors même qu'environ 700 millions de dollars d'intérêts supplémentaires s'accumulent chaque mois », réagissent les auteurs du Cato Institute. De plus, le remboursement n'est pas automatique puisqu'il faut remplir un dossier administratif qui « suppose un niveau de sophistication et d'infrastructure douanière que la plupart des petits importateurs n'ont pas », selon eux.

Les Européens visés pour « travail forcé »

Non seulement les remboursements risquent de traîner en longueur, mais en plus de nouvelles taxes arrivent. Des enquêtes formelles ont été lancées contre les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis afin de recréer les barrières douanières disparues, à l'aide de la section 301 du Trade Act de 1974. Elles ne seront pas limitées dans le temps et le président n'aura pas besoin de demander l'aval du Congrès.

Les pays visés sont soupçonnés de pratiques commerciales déloyales. Le représentant au Commerce Jamieson Greer a évoqué « des capacités de production sans rapport avec les conditions du marché intérieur et de la demande globale ». Si la surproduction chinoise est massive, c'est discutable pour l'Union européenne, l'Inde, la Suisse, la Norvège, Singapour, etc.

Jeudi, une deuxième salve d'enquêtes a été lancée contre soixante pays accusés d'avoir échoué à prévenir l'importation de biens produits avec du travail forcé, du Canada à Israël en passant par l'Australie. « Pendant trop longtemps, les travailleurs et les groupes américains ont été contraints d'affronter des producteurs étrangers qui pourraient avoir un avantage coûts artificiel, acquis grâce au fléau du travail forcé », a commenté Jamieson Greer. En réponse, Bruxelles a fait valoir l'entrée en vigueur prévue en décembre 2027 d'une directive sur le travail forcé.

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Dans sa précipitation, Washington a commis plusieurs erreurs grossières dans son état des lieux, annonçant par exemple un déficit de 27 milliards avec Singapour alors qu'il s'agit d'un excédent américain. Il fait peu de doute que le but, recréer le cadre tarifaire de 2025, commande le résultat des enquêtes.

Solveig Godeluck (Bureau de New York)

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