Moyen Orient 6 min de lecture

Guerre en Iran : où est la Russie?

Source: Radio Canada
Des fleurs déposées devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, après l'annonce de la mort de l'ayatollah Khamenei.  Photo : Reuters / Ramil Sitdikov
Des fleurs déposées devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, après l'annonce de la mort de l'ayatollah Khamenei. Photo : Reuters / Ramil Sitdikov

Alliée de longue date de Téhéran, Moscou a critiqué les attaques menées par les États-Unis et Israël, mais ne donne pas l’impression de vouloir s’impliquer davantage dans le conflit.

Depuis 2022, la place Mykhailivs'ka, au cœur de Kiev, s’est transformée en musée à ciel ouvert. On y voit des restes de chars d’assaut et des véhicules civils lourdement endommagés, rappel de la guerre qui secoue l’Ukraine.

Au milieu de ces vestiges du conflit, un objet ressort : un drone, devenu le symbole de la manière dont Russie et Ukraine se livrent cette guerre moderne.

Ce drone, d’une longueur de 3,5 mètres, sur lequel on peut lire l’inscription Shahed est aussi un rappel de l’implication de l’Iran dans la guerre.

Téhéran a fourni des milliers de ces drones à Moscou, avant qu’une production locale soit instaurée dans la région russe du Tatarstan, à partir de l’été 2023. Selon la présidence ukrainienne, 57 000 Shahed ont survolé le ciel du pays depuis 2022.


Un drone iranien exposé au centre de Kiev.
Un drone iranien exposé au centre de Kiev. Photo : Getty Images / Sergai Supinsky

C’est sans surprise que l’annonce de frappes israélo-américaines sur l’Iran et la mort de l’ayatollah Ali Khamenei a réjoui les autorités politiques à Kiev.

Pour connaître les derniers développements, suivez notre couverture en direct.

Il est juste de donner au peuple iranien la chance de se débarrasser d’un régime terroriste et d’offrir la sécurité à toutes les nations qui ont souffert du terrorisme venu d’Iran, a écrit sur X le président ukrainien, Volodymyr Zelnesky.

Pour Kiev, l’affaiblissement du régime iranien est aussi synonyme de camouflet à l’endroit de sa plus fidèle alliée : la Russie de Vladimir Poutine.

Il s’agit d’une agression armée délibérée, préméditée et non provoquée contre un membre souverain des Nations unies, a déploré le ministère des Affaires étrangères de Russie, lui-même critiqué pour avoir lancé une invasion contre un pays membre de l’ONU, l’Ukraine, en 2022.

Le 22 février, moins d’une semaine avant le déclenchement du conflit, le Financial Times dévoilait une entente secrète de près de 800 millions de dollars canadiens prévoyant l’obtention par Téhéran de milliers de missiles russes. Un rappel des liens économiques et militaires liant les deux pays.


Rencontre en décembre entre les présidents russe et iranien.
Rencontre en décembre entre les présidents russe et iranien. Photo : via reuters / Alexander Kazakov

Or, malgré les condamnations russes, rien ne laisse présager que Moscou viendra au secours de son allié iranien. Une thèse renforcée par les développements géopolitiques des dernières années.

La Russie perd ses alliés

En décembre 2024, le régime de Bachar Al-Assad s’effondre en Syrie. Celui qui a imposé son règne pendant plus d’une décennie de guerre civile est finalement chassé de Damas après une campagne éclair de forces de l’opposition.

La Russie, notamment présente sur la base navale méditerranéenne de Tartous, a fortement contribué aux succès initiaux de Bachar Al-Assad, qui lui ont permis de demeurer en place pendant autant d’années.

Mais quand le régime est tombé, Moscou, dont les efforts et les ressources étaient concentrés depuis deux ans en Ukraine, ne s’est pas porté à la défense de son protégé, si ce n’est qu’en offrant à Assad de s’exiler dans la capitale russe, où il vit toujours.

Plus récemment, le Kremlin a condamné la capture par les forces américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro, sans néanmoins se porter à la défense d’un pays longtemps perçu comme étant le plus fidèle allié russe dans la région.

D’ailleurs, si des représentants du gouvernement russe se sont exprimés depuis samedi, le président russe Vladimir Poutine, lui, n’a pas pris la parole pour dénoncer le conflit au Moyen-Orient, si ce n’est que pour offrir ses condoléances pour la mort de l’ayatollah Khamenei.

Et la Chine?

Les critiques contre les frappes menées par Israël et les États-Unis sont également venues de Pékin.

Depuis des années, la Chine entretient aussi des liens étroits avec Téhéran. L’évacuation de quelque 3000 ressortissants chinois qui se trouvaient toujours dans le pays, après les premières attaques de samedi, en est un rappel.

En 2021, les deux pays ont signé un partenariat stratégique de centaines de milliards de dollars pour les 25 prochaines années, prévoyant entre autres l’inauguration d’un chemin de fer de milliers de kilomètres reliant Xi’an, en Chine, à Téhéran.

Sur le plan énergétique, la Chine importe chaque jour environ 1,4 million de barils de pétrole brut iranien.

Une raffinerie à Wuhan, en Chine.
Le pétrole iranien exporté se rend majoritairement vers la Chine Photo : Reuters / Darley Shen

Mais le régime iranien est plus dépendant de la Chine que l’inverse. Le brut iranien destiné au marché chinois ne représente que 13 % à 14 % des importations de Pékin, alors qu’il consiste en 80 % des exportations pétrolières de l’Iran, qui fait face à des sanctions de la part de pays occidentaux.

La Chine dispose non seulement d’autres partenaires, mais aussi d’autres priorités. Pékin se prépare à la fin du mois à la visite très attendue du président américain, Donald Trump, celui-là même qui a autorisé les frappes contre l’Iran.

Plutôt qu’adopter une attitude conflictuelle sur le dossier iranien, le président chinois, Xi Jinping, préférera peut-être interpeller son homologue sur des dossiers chers à son pays, comme celui des tarifs douaniers.


Trois hommes debout devant trois drapeaux.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wag Yi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Ryabkov, et le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Kazeem Gharibabadi. Photo : Getty Images

Révélatrice des dynamiques au Moyen-Orient, cette guerre donne des indications sur certaines dynamiques qui vont bien au-delà de la région. Du pragmatisme de Pékin… à l’influence de plus en plus limitée d’une Russie aux prises avec un conflit coûteux humainement et militairement en Ukraine.

Selon Chatham House, un groupe de pression britannique, le seul avantage que peut éventuellement tirer Moscou du conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient serait de profiter au maximum de la distraction américaine dans l’espoir de priver Kiev de tout oxygène médiatique et faire oublier la guerre en Ukraine.

Ironiquement, les difficultés que rencontre son allié iranien pourraient même bénéficier à Moscou. La guerre a un impact à la hausse sur les cours mondiaux du pétrole, dont dépend la Russie pour financer ses efforts de guerre en Ukraine.

Publicité
Vous n'avez pas utilisé le site Web, Cliquer ici pour maintenir votre état de connexion. Temps d'attente: 60 Secondes