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Moyen Orient 6 min de lecture

Pourquoi la bourse monte alors que la confiance chute?

Source: Radio Canada
Après un recul de 5 % en mars, l’indice S&P 500 a repris environ 9 % en avril. (Photo d'archives)  Photo : Associated Press / Richard Drew
Après un recul de 5 % en mars, l’indice S&P 500 a repris environ 9 % en avril. (Photo d'archives) Photo : Associated Press / Richard Drew

C’est la guerre, la confiance est en chute et les marchés boursiers atteignent des records. Comment est-ce possible? Les investisseurs sont-ils complètement déconnectés de la misère du monde?

Nous apprenions la semaine dernière que l’indice de confiance des consommateurs mesuré par l’Université du Michigan est à son plus bas en 75 ans. Pourtant, les indices boursiers, par exemple le S&P 500 et le NASDAQ aux États-Unis, atteignent des sommets.

En économie, la confiance est capitale. Puisque les deux tiers du produit intérieur brut (PIB) s’appuient sur la consommation, la croissance sera au rendez-vous si le chômage est faible et si les ménages croient qu’ils vont garder leurs emplois et que leur situation va s’améliorer dans le futur.

En retour, des inquiétudes au sujet de leur état de santé financière aura un impact négatif sur leur confiance, sur leur consommation et donc sur la croissance de l’économie.

Alors, l’indice de confiance de l’Université du Michigan, très suivi dans les milieux financiers, est un indicateur utile pour nous donner le pouls de la population. Et avec les conflits en cours, les guerres commerciales, le coût de la vie élevé et les incertitudes quotidiennes suscitées par Donald Trump, les Américains n’ont jamais eu le moral aussi bas depuis 1952, soit depuis que cette université calcule son indice de confiance.

Ça se comprend : la guerre au Moyen-Orient a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz depuis plus d’un mois et demi, ce qui a un impact bien réel sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et sur le prix de l’essence.


Ça faisait longtemps qu’on évoquait, avec effroi, la possibilité que l’Iran puisse entraver un jour ce détroit pour s’opposer aux sanctions internationales. Ce jour est arrivé.

La crainte d’un tel blocage est devenue réalité en mars en riposte aux frappes israélo-américaines. Alors que 20 % du pétrole mondial passe par le détroit d’Ormuz en temps normal, l’Iran a décidé de jouer le tout pour le tout en tentant de perturber l’économie mondiale en attaquant des navires dans ce canal névralgique et en bloquant son accès.

L’Iran a aussi mené des frappes sur les installations énergétiques de plusieurs pays du Golfe, ce qui a mené à une déstabilisation totale de l’économie régionale.

Résultat : les prix du pétrole ont explosé, passant de 70 $ à tout près de 120 $ le baril, ce qui a entraîné une forte hausse du prix de l’essence alors que le litre d’essence ordinaire a grimpé d’environ 35 % au pays. À Montréal, par exemple, il est passé de 1,50 $ à plus de 2 $.

Depuis, le pétrole est revenu autour des 100 $ le baril et le prix de l’essence a reculé. Il oscille entre 1,80 et 1,90 $ le litre à Montréal alors que le gouvernement du Canada a décidé de suspendre pendant 5 mois la taxe d’accise de 10 cents qui s’applique sur l’essence au pays.


De record en record

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la crise du détroit d’Ormuz est la plus grave depuis la crise pétrolière des années 1970. Et malgré cela, la bourse a effacé ses pertes des premières semaines qui ont suivi le début de la guerre et atteint même des records de jour en jour. Après un recul de 5 % en mars, l’indice S&P 500 a repris environ 9 % en avril.

Pourquoi? Le graphique suivant, préparé par des économistes de la Banque Scotia avec des données de Bloomberg, nous aide à comprendre la dynamique des marchés.

Ainsi, avec la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, les actions du secteur de l’énergie dans l’indice principal de la Bourse de New York, le S&P 500, ont progressé de plus de 25 % depuis le début de l’année. Les matériaux affichent un rendement de près de 15 %. Seuls les titres financiers et dans le domaine de la santé sont en baisse.


Par ailleurs, un autre graphique montre que malgré la guerre et les déraillements dans les chaînes d’approvisionnement, les investissements en capital des sept géants de la technologie ne ralentissent pas. Le niveau d’investissement sur 12 mois, qui se chiffrait en milliards il y a 15 ans, se calcule aujourd’hui en centaines de milliards de dollars. C’est phénoménal.


Les investissements en hausse dans la défense et dans les infrastructures alimentent également la résilience des marchés boursiers.

Selon le banquier d’affaires Georges Ugeux, installé à New York depuis des décennies, le niveau de liquidités est élevé dans les marchés, ce qui alimente la course boursière.

J’ai l’impression que, d’un côté, vous avez une conviction qui est basée sur ce que les investisseurs pensent de l’économie, et les nouvelles ne sont pas bonnes aux États-Unis, a dit Georges Ugeux à Zone économie mardi soir.

Mais d’un autre côté, il y a tellement d’argent dans les marchés que les gens investissent. Le problème, c’est de savoir ce qui va faire chuter les marchés, parce que ça risque d’être brutal.

Cela dit, la hausse boursière s’appuie aussi sur le fait que beaucoup s’attendent à ce que le conflit au Moyen-Orient prenne fin rapidement. La Banque Nationale, dans une note économique publiée le 17 avril, signalait les attentes des parieurs sur la plateforme de marchés de prédictions Polymarket.

Les probabilités, selon les paris, d’une fin du conflit avant le 30 avril étaient de 93 %. Avant le 15 mai, la probabilité monte à 95 %. Et avant le 30 juin, on est à 97,4 %.

Attention : nous sommes ici dans le domaine des prédictions et non pas dans l’analyse scientifique et géopolitique. N’empêche, les attentes de voir le conflit se régler assez rapidement peuvent expliquer en partie l’effet très modéré sur les marchés boursiers.

Statu quo à la Banque du Canada le 29 avril?

Dans les circonstances, les opérateurs de marchés prévoient le maintien du taux directeur par la Banque du Canada lors de sa prochaine décision, le 29 avril.


Ils s’attendaient au statu quo quant à l’évolution du taux en 2026 avant le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février. Avec la hausse du prix du pétrole et de l’essence, les pressions inflationnistes ont amené les opérateurs à prévoir deux ou trois hausses avant la fin de l’année.

Cependant, nous sommes revenus aujourd’hui à un scénario d’une seule hausse de taux au Canada ou même de taux inchangé pour le reste de l’année, selon les données colligées par la Scotia et par Bloomberg.

Les dernières statistiques sur l’indice des prix à la consommation au Canada confirment aussi que l’inflation sous-jacente demeure autour des 2 %. Et l’incertitude sur l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pourrait inciter la Banque du Canada à la prudence quant à l’évolution de ses taux.


Alors, les investisseurs sont-ils déconnectés de la réalité? Disons qu’une fois de plus, nous assistons à une nouvelle représentation de la brutalité des marchés. Malgré la guerre, malgré les perturbations, malgré l’horreur, ce sont les investissements massifs et historiques dans la défense et dans l’IA qui l’emportent en bourse.

 

 

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