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Donald Trump et l’engrenage iranien

Source: Radio Canada
L'heure des choix approche pour Donald Trump. Se dirige-t-on vers une escalade ou une désescalade de la guerre au Moyen-Orient?  Photo : Getty Images / Win McNamee
L'heure des choix approche pour Donald Trump. Se dirige-t-on vers une escalade ou une désescalade de la guerre au Moyen-Orient? Photo : Getty Images / Win McNamee

Maintenant que le président américain a mis le pied dans le champ de mines iranien, ses voies de sortie sont risquées et compliquées.

WASHINGTON, D.C. – La guerre en Iran s’étend maintenant à presque toute la région. L'appui des Américains à l’offensive de Donald Trump s'érode. Les perturbations économiques s’intensifient. Quelles options s'offrent au président américain?

Avant les premières frappes américaines, les avertissements sont venus de l’entourage immédiat de Donald Trump. En coulisses, le vice-président américain, J.D. Vance, a exprimé ses réserves concernant l’intervention, avant de se rallier à la décision de son commandant en chef.

D’après des sources du New York Times, Donald Trump aurait été averti des risques d’une augmentation des prix du pétrole en raison de la guerre. Le président aurait reconnu cette possibilité, mais l'aurait minimisée. Il s'agissait d'une préoccupation à court terme, croyait-il, qui ne devait pas éclipser l’objectif de décapiter le régime iranien.

Toujours selon le quotidien américain, des responsables de l’administration sont de plus en plus pessimistes quant à l’absence de stratégie pour mettre fin à la guerre.

L'heure des choix approche : se dirige-t-on vers une escalade ou une désescalade?


Deux voies possibles

Donald Trump pourrait repousser les limites et tout tenter pour renverser le régime iranien, comme l’espère son allié israélien. Mais une question se pose : est-il vraiment possible d’y arriver avec des bombardements seulement, sans la présence de militaires sur le terrain?

Un panache de fumée après une explosion à Téhéran.
Serait-il possible pour les États-Unis de renverser le régime iranien, comme l'espère leur allié israélien, au moyen de bombardements seulement? (Photo d'archives) Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE




Washington pourrait demander aux Kurdes irakiens, qui se trouvent à la frontière avec l'Iran, d’y entrer et de mener des combats au sol. Or, ces derniers se sentent aujourd’hui pris en étau entre l’Iran voisin et l’allié américain. Et une telle offensive de leur part risquerait aussi de plonger le pays dans une guerre civile.

Des troupes américaines au sol? À la maison, l’opinion publique américaine laisse peu de marge de manœuvre au président Trump. Selon un récent sondage*, 56 % des Américains s’opposent à l’action militaire des États-Unis contre l'Iran. Rappelons que Donald Trump avait fait campagne contre les guerres interminables à l’étranger.

Une proportion de 55 % des répondants considère que l’Iran n’est pas une menace ou qu'il représente une menace mineure à la sécurité nationale. Une majorité de répondants ne semblent donc pas croire le récit de l’administration voulant qu’il y ait urgence d’agir.

C’est sans compter l’impact économique sur le portefeuille des Américains. Les tensions dans le détroit d’Ormuz ont fait bondir les cours du pétrole. Le prix à la pompe aux États-Unis a augmenté de 20 % en moyenne depuis le début du conflit, pour atteindre 3,58 $ US le gallon mercredi.


Un navire en flammes.
Un navire battant pavillon thaïlandais a été frappé par un tir iranien mercredi alors qu'il s'engageait dans le détroit d'Ormuz. Photo : Reuters / ROYAL THAI NAVY




De nombreux Américains ne sont probablement pas capables de nommer le nouveau guide suprême iranien, mais ils savent très exactement combien leur coûte un plein d’essence. Ça, ils le remarquent.

À l’approche des élections de mi-mandat, où l’économie et le coût de la vie demeurent en tête de liste des priorités des électeurs, il s'agit d'une variable que Donald Trump ne peut pas ignorer. Plus les prix du carburant resteront élevés longtemps, plus la situation politique de M. Trump risque de se compliquer.

Le régime iranien l’a bien compris et semble déterminé à perturber la circulation et la production de pétrole dans la région. Une raffinerie a été frappée aux Émirats arabes unis, allié stratégique des États-Unis, tout comme des navires dans le détroit d’Ormuz. La tactique, c’est l’usure.

Le président des États-Unis est irrité et menace de répondre « 20 fois plus fort » si Téhéran continue de nuire à l’approvisionnement en or noir. Il a même blâmé l’équipage des navires marchands qui refusent de s’aventurer dans le détroit d'Ormuz par crainte d’être attaqué. Faites preuve de courage!, a déclaré Donald Trump sur Fox News cette semaine.

Le président a-t-il les moyens de pousser encore plus loin son offensive militaire? Le risque, c’est que l’Iran se transforme en sables mouvants pour son administration.


Désescalade?

Les circonstances semblent pointer vers une désescalade du côté américain. Là aussi, ce scénario viendrait avec un coût.

En se retirant, Washington pourrait ébrécher la relation avec Israël. D'autant plus que le ministre de la Défense israélien déclarait mercredi encore que la campagne contre l’Iran se poursuivrait aussi longtemps que nécessaire.

L’autre danger pour Donald Trump, c’est que la fin rapide de l’offensive américaine soit perçue comme un repli stratégique, une défaite ou, encore pire, une capitulation américaine rendue nécessaire par les bouleversements économiques. Le président n’aime pas perdre la face.

On entre alors dans une guerre du message.

Le travail est déjà commencé. Depuis peu, Donald Trump et les ténors de son administration tentent de synchroniser leur stratégie de communication et de définir ce qui constitue une victoire, aux yeux des États-Unis. Ils ont exposé un plan en trois points : empêcher l’Iran de lancer des missiles, détruire les usines où ils sont fabriqués et décimer sa marine.

Les États-Unis et Israël ont aussi discuté d’un autre scénario beaucoup plus risqué : l’envoi de forces spéciales sur le terrain en Iran pour récupérer les stocks d’uranium hautement enrichi. Dans ce cas, ils pourraient clamer avoir neutralisé la menace nucléaire iranienne.


Pete Hegseth lors d'une conférence de presse sur l'action militaire américaine en Iran, au Pentagone, à Washington, le 2 mars 2026.
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, s'est félicité d'« écraser » l'Iran, mercredi. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / AFP / BRENDAN SMIALOWSKI




Nous écrasons l'ennemi grâce à une démonstration impressionnante de notre savoir-faire technique et de notre force militaire, se félicitait le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, mercredi.

Le président vante déjà les succès de son opération avec la destruction de navires, de systèmes de défense et d’avions iraniens. Nous gagnons donc de manière très décisive. Nous sommes largement en avance sur le calendrier. Notre armée est la meilleure du monde, déclarait-il fièrement aux journalistes, lundi soir en Floride.

Pour l’instant, le locataire de la Maison-Blanche peut certainement se vanter d’avoir porté un coup dur à un régime qui massacre ses propres citoyens, qui commandite des groupes islamistes armés dans la région, qui lance des appels à la destruction d’Israël et qui viole les interdictions avec son programme nucléaire.

Toutefois, si Donald Trump met bientôt fin à son engagement, il sera aussi confronté à des questions difficiles.

Peut-il crier victoire si un régime hostile aux États-Unis et à Israël est toujours au pouvoir à Téhéran, avec le fils de l’ayatollah Khamenei aux commandes?

Le monde sera-t-il un endroit plus sécuritaire à long terme si le régime iranien, qui a promis de venger la mort de son leader suprême, continue de perturber le commerce et de s'en prendre aux États-Unis et à ses alliés?


Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei, entouré de personnes.
Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien Ali Khamenei, lors d'un rassemblement à Téhéran, en mai 2019. Photo : Getty Images / Rouzbeh Fouladi




Du point de vue politique, des électeurs américains pourraient aussi se demander ce qu’ils y ont gagné, à part une facture plus salée à la pompe.

Le président américain a mis le bras dans l’engrenage iranien.

L’en sortir ne se fera pas sans dégâts.

* Sondage NPR/PBS News/Marist réalisé auprès de 1591 répondants du 2 au 4 mars 2026. Marge d’erreur de +/- 2,8 %.

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