Le président du Rassemblement national, qui a signé un « protocole d'accord » avec Nigel Farage prévoyant le renvoi de certains migrants vers la France, a essuyé une avalanche de critiques de la part de ses adversaires politiques.
« Revirement », « Misérable », « Soumission »…Jordan Bardella a essuyé de vivres critiques de la part de ses adversaires politiques, de gauche comme de droite, après une visite très remarquée en Angleterre vendredi. Le président du Rassemblement national y a symboliquement noué un pacte avec son allié anti-européen Nigel Farage, prévoyant un renvoi de migrants des eaux britanniques vers la France.
Lors du congrès du parti Reform UK, il s'est fendu d'un discours de vingt minutes en anglais, reprenant notamment le fameux slogan « take back control », affirmant que les deux pays doivent « ensemble reprendre le contrôle de (leurs) frontières ». Il a également assuré que la France, en cas de victoire du RN en 2027, fera « tout ce qui est en son pouvoir pour que la France ne soit plus la porte d'entrée de l'immigration clandestine vers le Royaume-Uni ». Serment ensuite scellé par la signature, sur la même scène, d'un « protocole d'accord » avec Nigel Farage.
Selon ce document, les Britanniques pourront « renvoyer en France » toutes les personnes arrêtées sur les bateaux « interceptés dans (leurs) eaux territoriales », a souligné le leader de Reform UK, assurant qu'ainsi « les gens qui sont venus en France avec l'intention de rentrer dans notre pays, n'y arriveront pas ».
« Celle-là, on ne l'avait pas vu venir »
Un paraphe qui a immédiatement suscité des critiques des adversaires du RN, de l'autre côté de la Manche. Edouard Philippe (Horizons) a ainsi fustigé un « revirement » du RN. « Voir Jordan Bardella signer un accord qui prévoit de renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche, celle-là, on ne l'avait pas vu venir », a-t-il ironisé, se demandant si la candidate du parti Marine Le Pen, « est sur la même ligne ».
« C'est illustratif de leur politique étrangère, qui est celle d'une grande soumission à l'égard d'autres puissances, parfois d'ailleurs de puissances dictatoriales », a tancé l'autre candidat du bloc central, Gabriel Attal, en déplacement à la braderie de Lille samedi.
A gauche, le candidat du parti Place Publique Raphaël Glucksmann a également réagi. « C'est la marque de fabrique du Rassemblement national : la faiblesse quand il s'agit de défendre l'intérêt de la France. Regardez leurs votes au Parlement européen », a-t-il déclaré sur BFMTV. « Nous sommes, nous, les véritables patriotes. »
Bardella assume
Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon s'est, lui, montré particulièrement offensif. « Sans qu'on lui ait rien demandé, (Jordan Bardella) promet aux fascistes anglais que les Français récupèreront les gens qu'ils voudront mettre dehors et qu'ensuite nous nous chargerons, en plus, de les expulser de chez nous. Comment peut-on être aussi misérable ? » s'est insurgé le leader de La France insoumise lors d'une prise de parole aux allures de meeting, devant plusieurs milliers de personnes à la braderie de Lille. « Non, ce n'est pas la France qui parlait, c'est seulement un fasciste sans réputation et sans portée », a-t-il ajouté.
En visite samedi en Italie pour un forum économique, Jordan Bardella a quant à lui assumé sa décision. Cet accord « dérange sans doute beaucoup de nos adversaires qui sont des 'immigrationnistes' forcenés, qui ont créé les conditions du chaos migratoire et sécuritaire à Calais », a-t-il dit devant la presse. « Donc je me réjouis de cet accord et si demain nous sommes aux responsabilités et que Nigel Farage l'est aussi, nous mettrons tout en oeuvre pour réduire la voilure en matière d'immigration à la fois en France et aussi en Angleterre ».