Les États Unis

Faute de réactions des démocrates, la résistance anti-Trump-Musk s’organise

Auteur: admin, Frédéric Arnould Source: raduo
Mars 31, 2025 at 08:23
Devant le peu d'actions du Parti démocrate, les électeurs du Wisconsin manifestent de plus en plus contre la gestion du pays par Donald Trump. (Photo d'archives)  Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould
Devant le peu d'actions du Parti démocrate, les électeurs du Wisconsin manifestent de plus en plus contre la gestion du pays par Donald Trump. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

WASHINGTON – Les nombreuses mesures déstabilisantes de Donald Trump ainsi que les compressions et chamboulements ordonnés par le département d'Elon Musk commencent à inquiéter bon nombre d’Américains un peu partout au pays. Ils se font de plus en plus entendre.

À voir les paisibles plaines dans le nord-ouest du Wisconsin, on n’a pas l’impression que ce qui se passe à Washington fait des vagues. Pourtant, dans la petite ferme laitière familiale qui compte un cheptel de 52 vaches, Ben Morrow, 35 ans, regarde avec souci les annonces tonitruantes de Donald Trump dans le bureau ovale.

Les menaces d’imposition d’autres droits de douane et les remises en question de certains programmes sociaux par l'administration Trump l’inquiètent de plus en plus.C'est difficile d'être un petit agriculteur. Et ce qui me fait peur en ce moment, c'est de perdre une partie de ma production de lait dans ce climat de frilosité économique et de voir le prix du lait chuter, dit-il.

Les tensions économiques et politiques avec le Canada et le Mexique qui sont générées par Donald Trump ne me rassurent pas du tout, dit sa mère, Jane Morrow. Ces deux pays achètent beaucoup de produits laitiers et ils vont nous imposer à leur tour des tarifs douaniers. Ils n'achèteront donc plus autant.

Le paternel, Clair Morrow, 76 ans, est aussi dépité face à ce qui se passe à la Maison-Blanche. Je ne pense pas que le grand public américain soit très bien informé de ce qu’ils font à Washington, ils n'ont pas vraiment le temps d'y prêter attention.

Étant un électeur indépendant, il ne comprend pas ces virages à 180 degrés effectués par Donald Trump, alors que, selon lui, Joe Biden était sur la bonne voie. Il a créé des emplois, il a fait bouger les choses et le taux de criminalité a considérablement baissé parce que les gens travaillaient, mais Trump et son administration ont enlevé tout ça à tout le monde.

 

Clair, Jane et Ben Morrow dans leur ferme laitière de Cornell, au Wisconsin.
La famille Morrow est très inquiète des décisions radicales de l'administration Trump. PHOTO : RADIO-CANADA / FRÉDÉRIC ARNOULD

 

Ce qui l’inquiète le plus, ce sont les compressions dans la sécurité sociale et Medicare, l’assurance maladie réservée aux personnes âgées et aux invalides. Je suis sûr que ça va bientôt me coûter très cher.

Dans ce coin de pays conservateur, la grogne gronde un peu partout face à la gestion du pays par Donald Trump et son Cabinet, mais aussi face aux compressions arbitraires d'Elon Musk dans l’appareil de l’État.

Alors, pour se faire entendre, les électeurs se rendent dans les assemblées publiques, les fameux town halls tenus par les élus républicains. Mais cela se passe plutôt mal... Comme lors de la rencontre des citoyens avec un représentant de l’État du Wisconsin au Congrès, Scott Fitzgerald.

Au micro, se sont succédé des électeurs frustrés et en colère. Personne n’est tenu responsable, clame une citoyenne.

L’élu républicain répond en défendant Musk, qui aurait trouvé de la fraude partout, une allégation répétée par les républicains à qui veut bien l’entendre, mais sans aucune preuve.

Même son de cloche à l’assemblée de Glen Grothman, un autre républicain de Milwaukee, copieusement hué lui aussi.

Depuis quelques semaines, un peu partout aux États-Unis, la grogne s’intensifie. Du Wyoming jusqu’en Georgie, en passant par l’État de Washington sur la côte ouest, les réactions citoyennes sont fortes et revendicatrices.

 

Une partisane mécontente de Donald Trump tient une pancarte humoristique.
Les assemblées organisées par les démocrates dans des comtés républicains se multiplient. PHOTO : RADIO-CANADA / FRÉDÉRIC ARNOULD

 

Adam Kunz, professeur adjoint de science politique à l’Université du Wisconsin à Eau Claire, comprend ces frustrations.

Ce que vous voyez aujourd'hui, ce sont des personnes qui, quelle que soit leur appartenance politique, sont des Américains plus âgés qui sont touchés par cette situation. Et, la seule chose qu'ils savent faire, c'est de se présenter aux assemblées générales et d'exprimer leur point de vue sur la question.

 

Trop gênés d’assumer leur vote?

Sur le plancher des vaches, Jane Morrow est impatiente pour un changement de régime. Elle espère que les démocrates reprendront la Chambre des représentants après les élections de mi-mandat en novembre 2026 et destitueront Trump. Mais, c'est plus facile à dire qu’à faire, surtout dans le contexte de division actuelle de l’opinion publique.

Son fils Ben n’est pas surpris de voir que peu d’électeurs républicains sont présents dans ces épisodes de contestations contre les élus au pouvoir. J’ai trop peur de leur en parler parce que je sens bien qu'ils regrettent leur vote, mais ils ne veulent pas l’admettre.

En attendant, face à la colère, les élus républicains ont pour la plupart annulé ces rencontres citoyennes en personne pour les remplacer par des assemblées virtuelles.

Parmi eux, Derrick Van Orden, élu du district d’Eau Claire, partisan de Donald Trump qui a participé en janvier 2021 à l'assaut contre le Capitole. Il refuse de tenir ses assemblées publiques, car il prétend que les contestataires ne sont que des agitateurs financés par George Soros qui n'ont rien d'autre à offrir que de l'angoisse à tout le monde. Soros est un soutien majeur du Parti démocrate américain, connu aussi pour ses critiques publiques du système capitaliste.

 

Devant le refus de Derrick Van Orden d'assister à une assemblée publique, les citoyens se sont retrouvés face à une chaise vide.
Le représentant républicain du Wisconsin, Derrick Van Orden, a refusé les invitations pour un forum citoyen à Eau Claire. PHOTO : RADIO-CANADA / FRÉDÉRIC ARNOULD

 

Il faut dire que dans la tourmente, les électeurs républicains semblent plutôt discrets. Est-il trop tôt ou sont-ils trop gênés d’assumer leur vote dans certains cas? Adam Kunz, professeur de philosophie politique et de droit constitutionnel à l’Université du Wisconsin, pense que c'est plus compliqué que ça.

Nous disposons d'informations anecdotiques provenant de personnes qui ont déclaré regretter leur vote en raison de problèmes qui les affectent, ou qui ont été prises au dépourvu parce qu'elles ne s'attendaient pas à ce que le président Trump fasse les choses qu'il a dit qu'il ferait. Or, il a été très transparent sur les choses qu'il a dit qu'il allait faire, souligne le professeur.

Devant ces annulations, les progressistes de la région d’Eau Claire ont invité l’élu Derrick Van Orden à venir s'expliquer, mais c'est devant une chaise vide que les participants ont exprimé leurs doléances. L’exercice permet de ventiler les frustrations. Mais de l’aveu même de l’organisme qui a mis sur pied ses assemblées publiques, c’est la seule façon de se faire entendre de leurs élus républicains, même s’ils ne sont pas présents.

Meghan Roh, directrice du programme Opportunity Wisconsin, croit que les élus démocrates sont dans une position difficile et qu’ils ont très peu de leviers à leur disposition contre l’administration Trump puisqu’ils sont minoritaires dans les deux chambres du Congrès. Il est donc de notre devoir, en tant que communauté, de nous exprimer et de faire ce que nous pouvons, croit-elle.

Mais petit à petit, les démocrates s’organisent.

Dans la ville d’Eau Claire, municipalité d'environ 69 000 habitants au nord-ouest de Green Bay, le parti a décidé de lancer une tournée dans les comtés républicains.

Ces assemblées publiques comptent notamment sur Tim Walz, l’ancien colistier de Kamala Harris lors de la dernière campagne présidentielle. Le ton est combatif et a parfois des airs d’actes de contrition.

Que faire maintenant? lance-t-il. Si on avait su en novembre, nous aurions gagné, avoue-t-il en disant assumer sa part de responsabilité dans la défaite des démocrates.

 

Une réunion d'électeurs du Wisconsin à Eau Claire.
Les assemblées publiques tenues par certains ténors du Parti démocrate comme Tim Walz, ancien colistier de Kamala Harris, réunissent bon nombre d'électeurs frustrés. PHOTO : RADIO-CANADA / FRÉDÉRIC ARNOULD

 

Ici aussi, en se succédant au micro, parmi les quelques centaines d’électeurs présents, certains font part de leur désarroi face à la gestion de l’administration Trump. Mais, dans la salle, loin des micros, la grogne monte aussi parmi les électeurs démocrates.

Barbara, qui est venue avec sa fille à ce forum public, pense à se déclarer indépendante parce que les démocrates ne font rien au Congrès. Personne ne se bat pour nous, il ne nous aide pas, déplore-t-elle.

À quelques fauteuils de là, Paula Bonin ne peut que déplorer ce manque d’action et se dit terrifiée que personne ne se lève contre Trump et ce qu’elle considère comme des abus de pouvoir.

Les démocrates doivent se lever parce que cela devient ridicule puisque Trump va faire du mal à tant de gens avec les lois qu'il essaie de faire adopter, en se débarrassant de Medicare, en se débarrassant des vétérans, en licenciant des gens qui sont précieux dans notre pays. Et c'est ce qui est effrayant.

Le professeur Kunz explique cette impuissance démocrate et les frustrations de ceux qui ont voté pour eux.

 

Le pouvoir de la présidence s'est considérablement accru et cela est dû au fait que le Congrès a abdiqué son rôle et refuse désormais de faire son travail. Au cours des 50 dernières années, le Congrès a confié de nombreux pouvoirs d'urgence au président.

Une citation deAdam Kunz, professeur adjoint à l'Université du Wisconsin, à Eau Claire

 

Pendant ce temps, certains démocrates de l’aile progressiste du parti, comme Alexandra Ocasio-Cortes accompagnée du sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders, continuent de rallier les troupes de la résistance anti-Trump-Musk à travers les États-Unis.

Mais là encore, cette résistance ne semble pas avoir beaucoup percolé dans les rangs d'électeurs républicains.

Qu’à cela ne tienne, la famille Morrow espère que la population va continuer de se faire entendre contre Trump. Continuez de protester, dit Jane Morrow, car s’il y a autant de gens qui manifestent, cela va beaucoup le contrarier. Clair, son mari, veut rester optimiste pour l'avenir de son pays qui est, selon lui, dans une tourmente trumpiste. Mais il s’inquiète de ce climat belliqueux instauré par le locataire de la Maison-Blanche.

J'ai peur pour la jeune génération, j'ai peur des guerres, confie-t-il. Je suis un ancien de l'armée qui a combattu au Vietnam, je sais ce qu'est la guerre et je n’aime pas ce qui se passe ces temps-ci.

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