Moyen Orient 6 min de lecture

Trump lance un ultimatum à l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz

Le président américain, Donald Trump, a sommé l'Iran de rouvrir le détroit dans les 48 heures. (Photo d'archives)  Photo : Getty Images / Roberto Schmidt
Le président américain, Donald Trump, a sommé l'Iran de rouvrir le détroit dans les 48 heures. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Roberto Schmidt

Agence France-Presse

Téhéran a menacé dimanche de frapper des infrastructures clés du Moyen-Orient, en réponse à un ultimatum du président américain, Donald Trump, le sommant de rouvrir le détroit d'Ormuz, après trois semaines d'une guerre sans relâche.

Tôt dimanche matin, des explosions ont été entendues à Jérusalem par des journalistes de l'Agence France-Presse, au lendemain de deux attaques iraniennes particulièrement destructrices ayant fait plus d'une centaine de blessés dans le sud du pays, y compris à Dimona, cœur du nucléaire israélien.

L'Iran a tiré vers Israël plus de 400 missiles balistiques depuis le début du conflit, dont 92 % ont été interceptés, selon l'armée israélienne.

L'armée a, de son côté, dit mener des frappes au cœur de Téhéran, sans fournir plus de détails.

La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue de cette guerre, a dit à l'Agence France-Presse une Téhéranaise de 31 ans, Shiva. Nous avons tous perdu notre travail, nous n'avons plus de revenus, et nous ne savons pas combien de temps nous pourrons continuer comme ça.

Samedi soir, Donald Trump a sommé Téhéran de rouvrir dans les 48 heures – soit d'ici lundi soir – le détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. S'il ne le fait pas, les États-Unis frapperont et anéantiront les centrales électriques iraniennes EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE! a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.

L'Iran a répliqué immédiatement, menaçant à son tour de viser les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau dans la région.

Ces menaces réciproques interviennent au 23e jour de la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui réplique par des attaques dans toute la région, appuyé de ses alliés locaux.

Sites nucléaires ciblés


Une frappe iranienne a lourdement endommagé un bâtiment à Dimona, en Israël, le 21 mars 2026.
Une frappe iranienne a lourdement endommagé un bâtiment à Dimona, en Israël, le 21 mars 2026. Photo : Reuters / Ilan Assayag

Dimanche, en Israël, au lendemain des tirs de missiles iraniens, des habitants sont à la fois surpris et résignés.

L'Iran a d'abord frappé une zone résidentielle de Dimona, ville hébergeant un centre stratégique de recherche nucléaire dans le désert du Néguev, et fait une trentaine de blessés.

Einav Alon, 37 ans, propriétaire d'un supermarché endommagé par la frappe à Dimona, décrit la scène : Quand nous sommes sortis de l'abri [dans sa maison, NDLR], tout était détruit.

Puis Téhéran a attaqué la ville d'Arad, blessant 84 personnes, dont 10 grièvement. C'est effrayant. [...] Cette ville n'avait jamais connu ça, raconte un adolescent de 17 ans, Ido Franky.

C'est une soirée très difficile dans la bataille pour notre avenir, a déclaré le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans un communiqué. Nous sommes déterminés à continuer de frapper nos ennemis sur tous les fronts.

En visant Dimona, l'Iran a dit riposter à une frappe « ennemie » sur l'un de ses complexes nucléaires, à Natanz, au sud de Téhéran.

L'armée israélienne a dit ne pas être au courant d'une telle frappe, et la télévision publique, Kan, a indiqué qu'il s'agissait d'une action américaine.

D'après l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, aucune fuite de matières radioactives n'a été signalée sur ce complexe déjà bombardé au début de mars.

Une voiture a été endommagée dans une frappe iranienne.
Une voiture calcinée après une frappe iranienne sur la ville israélienne de Dimona, qui héberge un centre de recherche nucléaire. Photo : Reuters / Ilan Assayag

Aucun niveau anormal de radiation n'a été détecté a de son côté indiqué l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) après la frappe sur Dimona. Mais son directeur, Rafael Grossi, a appelé à la retenue militaire maximale afin d'éviter tout risque d'accident nucléaire.

Israël est considéré comme le seul pays doté de l'arme nucléaire au Moyen-Orient, mais entretient l'ambiguïté à ce sujet.

En lançant, avec son allié israélien, l'offensive militaire contre l'Iran, Donald Trump avait dit notamment vouloir éliminer la menace nucléaire iranienne, déjà visée par la guerre de 12 jours, en juin 2025.

Flambée des cours

Dans sa quatrième semaine, la guerre continue d'embraser l'ensemble du Moyen-Orient.

Une attaque a fait une première victime civile à la frontière nord d'Israël, tuée par un tir de roquette à partir du Liban. Le Hezbollah libanais, entré dans la guerre aux côtés de l'Iran le 2 mars, a pour sa part affirmé avoir lancé une salve de roquettes sur des soldats israéliens dans la même ville.

En Irak, entre six et huit attaques nocturnes de roquettes et drones ont visé un centre diplomatique et logistique américain à l'aéroport international de Bagdad, selon des sources sécuritaires irakiennes. Ces attaques n'ont pas été revendiquées à ce stade, mais des factions armées irakiennes pro-iraniennes prennent régulièrement pour cible des intérêts américains en soutien à l'Iran depuis le début de la guerre.

Téhéran cible aussi les pays du Golfe, cherchant à déstabiliser l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Dimanche, trois missiles balistiques ont visé la région de Ryad. L'un d'eux a été intercepté et les deux autres sont tombés dans des zones inhabitées, selon le ministère saoudien de la Défense.

Les Émirats arabes unis ont également dit répondre à des attaques de missiles et de drones de l'Iran.

Des navires de charge naviguent dans le golfe Persique en direction du détroit d'Ormuz, aux Émirats arabes unis, le jeudi 19 mars 2026.
Des navires de charge naviguent dans le golfe Persique en direction du détroit d'Ormuz, aux Émirats arabes unis, le jeudi 19 mars 2026. Photo : Associated Press

Le blocage de fait par Téhéran du détroit d'Ormuz aggrave la flambée des cours du pétrole et du gaz, source d'inquiétude pour l'économie mondiale.

À proximité du détroit, un projectile inconnu a explosé dimanche près d'un vraquier naviguant dans le Golfe au nord de la ville émiratie de Charjah, a indiqué l'agence maritime britannique UKMTO, précisant que l'équipage était sauf.

Une vingtaine de pays, Émirats, Royaume-Uni, France ou encore Japon, se sont dits prêts à contribuer aux efforts nécessaires à la réouverture du détroit.

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