Le géant du transport Maersk a annoncé que l'un de ses bateaux avait pu passer le détroit.
Agence France-Presse
Washington « ne cherche pas à se battre » en menant des opérations de protection pour la traversée du détroit d'Ormuz, mais apportera une réponse « dévastatrice » à toute attaque iranienne contre des navires commerciaux, a averti mardi le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth.
Nous ne cherchons pas à nous battre. Mais on ne peut pas non plus laisser l'Iran bloquer une voie de navigation internationale à des pays innocents, a dit le Pete Hegseth lors d'une conférence de presse au Pentagone, au deuxième jour de l'opération baptisée Projet Liberté par Donald Trump.
Celle-ci consiste à permettre aux navires commerciaux dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz, de facto paralysé par l'Iran depuis l'offensive israélo-américaine du 28 février.
Si vous attaquez les troupes américaines ou des navires commerciaux innocents, vous serez confrontés à une force américaine écrasante et dévastatrice, a-t-il toutefois adressé à Téhéran. Donald Trump avait déjà averti dimanche que si cette opération venait à être entravée par l'Iran, les États-Unis y répondraient par la force.
L'armée américaine est prête à reprendre des opérations majeures de combats contre l'Iran si l'ordre est donné, a assuré le chef d'état-major Dan Caine, présent aux côtés de Pete Hegseth. Aucun adversaire ne doit confondre notre retenue actuelle avec un manque de détermination, a-t-il insisté.
Le haut responsable militaire a évalué le nombre de marins concernés à 22 500, embarqués sur plus de 1550 navires commerciaux pris au piège dans le Golfe, dans l'impossibilité de circuler.
Nous sommes en train de stabiliser la situation pour que le commerce puisse reprendre, mais nous attendons du reste du monde qu'il prenne le relais au moment voulu, et nous vous en transmettrons la responsabilité bientôt, a souligné Pete Hegseth.
Le responsable du commandement américain pour le Moyen-Orient, l'amiral Brad Cooper, avait indiqué lundi que les forces armées américaines avaient abattu des missiles et des drones iraniens ciblant des bâtiments de la marine américaine et des navires commerciaux, et avaient détruit six petits bateaux iraniens.
Pete Hegseth et Dan Caine ont tous deux minimisé ces hostilités depuis le Pentagone, le premier en disant que pour l'instant, le cessez-le-feu tient sans aucun doute et en s'efforçant de séparer la guerre avec l'Iran de cette opération de protection des navires commerciaux menée depuis lundi, le second en décrivant des tirs de faible intensité.
Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril et a été prolongé jusqu'à nouvel ordre par Donald Trump
Le bras de fer n’a pas commencé, avertit l’Iran
L'Iran a accentué ses menaces mardi face à l'opération américaine visant à aider des navires à franchir le détroit d'Ormuz, au lendemain d'accrochages et d'une reprise des frappes sur les Émirats qui mettent en péril le cessez-le-feu.
Depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les États-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, Téhéran contrôle cette voie stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.
Nous savons bien que la poursuite de la situation actuelle est intenable pour les États-Unis, alors que nous n'avons même pas encore commencé, a tonné mardi l'influent président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de file des négociations avec Washington.
Il a accusé les États-Unis et leurs alliés de mettre en péril la sécurité du transport maritime.
Les Émirats visés
Côté américain, le CENTCOM assure, malgré les démentis iraniens, que deux navires marchands battant pavillon américain, sous escorte des États-Unis, ont franchi avec succès le détroit d'Ormuz, au premier jour de la mise en œuvre de l'opération. Celle-ci marche très bien, s'est félicité Donald Trump.
Le géant danois du transport Maersk a, lui, annoncé que l'un de ses bateaux transportant des véhicules avait pu passer le détroit le 4 mai, accompagné de moyens militaires américains. Il était coincé depuis le début de la guerre, fin février.
Les forces américaines ont aussi dit avoir détruit six embarcations iraniennes qui représentaient une menace pour la navigation commerciale.
Là aussi, Téhéran a nié tout dommage sur ses navires, et a accusé les États-Unis d'avoir tué cinq civils en ciblant deux bateaux partis d'Oman pour rejoindre la côte iranienne.
Sur la terre ferme, les hostilités ont également repris : les Émirats arabes unis ont annoncé avoir été visés par des missiles de croisière lancés depuis l'Iran. Une attaque de drone sur le site pétrolier de Fujaïrah, l'un des rares accessibles dans la région sans passer par le Golfe, a fait trois blessés et provoqué un incendie.
Le ministère émirati des Affaires étrangères a dénoncé une escalade dangereuse, ajoutant que le pays se réservait le droit de riposter.
Et à Oman, deux personnes ont été blessées dans l'attaque d'un immeuble à Bukha, sur le détroit d'Ormuz, selon un média d'État.
Aventurisme militaire américain
Dans ce contexte, le baril de Brent, référence internationale du brut, reste à des niveaux très élevés, autour de 113 $, en deçà toutefois du sommet de 126 $ atteint la semaine dernière.
La rhétorique de l'Iran et des États-Unis laisse entendre qu'il est probable que la violence s'intensifie avant qu'une solution diplomatique puisse être trouvée, indique Kathleen Brooks, directrice de recherche pour le courtier XTB.
Assurant qu'il n'avait pas le projet de procéder à des frappes contre les pays de la région – les premières depuis la conclusion du cessez-le-feu –, l'Iran a imputé ces attaques à l'aventurisme militaire américain visant à créer un passage dans le détroit.
Les événements à Ormuz montrent qu'il n'y a pas de solution militaire à une crise politique, a souligné le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
Plusieurs pays ont condamné les frappes iraniennes. L'Arabie saoudite a mis en garde contre une nouvelle escalade militaire dans le Golfe.
Le premier ministre britannique Keir Starmer, tout comme le chancelier allemand Friedrich Merz, a appelé Téhéran à s'engager véritablement dans des négociations.
Les divergences restent importantes entre les deux pays ennemis, Téhéran refusant apparemment à ce stade d'aborder le crucial dossier nucléaire, et les tentatives de relancer les pourparlers ont jusqu'à présent échoué, malgré une première rencontre directe à Islamabad le 11 avril.