Près de 40 travailleurs de la santé ont été tués dans des frappes israéliennes en un peu plus de deux semaines; la Croix-Rouge appelle au respect du droit humanitaire international.
BEYROUTH, Liban - « Humanité », « bénévolat », « unité », « impartialité »... Telle une auréole, ces mots lourds de sens apparaissent autour d’une croix, couleur rouge sang, peinte sur un mur blanc. Nous sommes devant l’entrée d’une antenne temporaire de la Croix-Rouge libanaise, située à un jet de pierre de la banlieue sud de Beyrouth, un fief du Hezbollah bombardé sans relâche par Israël depuis plus de deux semaines.
Samir Rahal, un bénévole de 28 ans, pointe le faux plafond partiellement effondré. C’est l’impact d’une frappe survenue non loin d'ici, explique-t-il. Les immeubles bombardés sont très proches de nous. Chaque jour, on entend les bombardements.
Samir et une dizaine d’autres secouristes stationnés dans cette antenne temporaire limitrophe de la banlieue sud de la capitale sont en première ligne de la guerre. Ce sont eux qui sont appelés à intervenir dans les zones les plus à risque pour secourir les blessés ou évacuer les morts après un bombardement.
Israël a intensifié ses frappes contre le Liban depuis que le Hezbollah a lancé des attaques contre son territoire, le 2 mars dernier, en riposte à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, son parrain.
Cette nouvelle offensive militaire israélienne, la deuxième en moins de deux ans, a déjà fait plus de 900 morts et 2000 blessés. Parmi eux, 38 secouristes, selon le ministère libanais de la Santé.
Youssef Assaf, un secouriste de 35 ans, fait partie de ces victimes. Il se trouvait dans une ambulance de la Croix-Rouge, lorsqu’une frappe israélienne est survenue dans la ville de Tyr, dans le sud du Liban. Les autorités libanaises accusent Israël de l’avoir directement visé.
Pour Samir, la mort de Youssef ne fait qu’accentuer ses craintes.
C’est dangereux, bien sûr. On vit toujours dans le danger. Le risque d’une frappe est toujours présent, on n’est jamais totalement en sécurité.
Une citation deSamir Rahal, un secouriste libanais
Pour éviter d’être pris sous le feu, lui et ses collègues doivent attendre de longues minutes avant de pouvoir intervenir après un bombardement, Israël menant fréquemment des frappes à répétition contre une même cible.
On attend le feu vert du centre de commandement avant de partir [en mission], parce que, dans la majorité des cas, il y a plus d’une explosion, raconte-t-il.
Parfois, il y en a deux ou trois, alors il faut attendre, pour avoir un peu plus de sécurité, jusqu’à ce que le bombardement s’arrête.
Samir est interrompu par l’arrivée d’un groupe d’ambulanciers. Ils reviennent d’une mission de secours dans une zone proche de l’aéroport, visée par une frappe israélienne. Bilan : un mort et neuf blessés.
Georges Kettaneh, le secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise, est lui aussi inquiet. Il veut assurer la protection de ses quelque 5000 secouristes répartis sur tout le territoire libanais.
Ce vétéran, qui s’est engagé comme bénévole il y a plus de 45 ans, alors qu’il n’avait que 14 ans, en a vu des guerres, mais celle-ci est différente, assure-t-il. Elle est plus angoissante.
Ça commence à être plus difficile maintenant, sur le plan du respect du droit humanitaire international, affirme M. Kettaneh. C’est devenu plus risqué.
J'ai peur. J'ai peur de perdre la protection. [...] Je demande à protéger les civils, les blessés et la Croix-Rouge libanaise.
Une citation deGeorges Kettaneh, secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise
Avant d’envoyer ses secouristes vers une zone bombardée, la Croix-Rouge contacte les autorités locales et l’armée libanaise, ainsi que les Casques bleus de l’ONU qui, à leur tour, notifient les Israéliens. Nous les informons de notre mission, du numéro [de la plaque d’immatriculation] de l'ambulance qui va bouger, du trajet qu'on va emprunter, du nombre de secouristes qui s’y trouvent, explique M. Kettaneh.
Rien n'est laissé au hasard pour éviter d’être la cible d’éventuelles frappes israéliennes.
Mais toutes ces précautions restent insuffisantes, regrette-t-il. Il y a un risque, dit-il. Il n'y a pas de garanties.
Je vous le dis : normalement, nous répondons directement, mais c’est risqué. Maintenant, nous devons attendre quelques minutes pour voir s'il y aura une autre attaque [...] parce que [sinon], au lieu de sauver les victimes, nous aurons besoin de quelqu'un pour nous sauver nous-mêmes.
Une citation deGeorges Kettaneh, secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise
En plus d’évacuer des blessés de guerre, la Croix-Rouge continue d’assurer des services de soins de santé primaires, de soutien psychologique et de fourniture de sang aux hôpitaux et aux personnes dans le besoin.
Et la Croix-Rouge est présente sur tout le territoire libanais, sans exception, insiste M. Kettaneh, en dépit des ordres d’évacuation lancés par l’armée israélienne dans plusieurs régions, notamment la banlieue sud de Beyrouth et une grande partie du Liban-Sud.
Nous ne quitterons pas ces régions-là, jure le patron de la Croix-Rouge. Nous restons sur place pour donner de l’espoir à la communauté.
Notre objectif, c'est de sauver les vies et de préserver la dignité de toute personne qui a besoin de nous, ajoute-t-il encore.
Pour lui, la seule différence qui compte, c’est le groupe sanguin auquel vous appartenez. L’être humain, c’est O+, A+, B-, AB. Quelle que soit sa nationalité ou sa religion, c’est la même chose pour nous.