« Le Liban entre en guerre », écrit un média libanais. « Et le cauchemar reprit au Liban », titre un autre. « Ce sont les milices qui décident! Où est donc l’État? », lance un troisième.
Seul le quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah pro-iranien, adopte un tout autre ton : Résistez!, titre-t-il en gras au centre de sa une sur un fond de couleur rouge sang, juxtaposant un portrait en noir et blanc du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué dans une frappe américaine au premier jour de l’offensive contre Téhéran, samedi.
Il y a quelques années, cet appel à la résistance serait passé comme une lettre à la poste dans le paysage médiatique libanais.
Mais depuis le coup brutal porté au Hezbollah – et par extension au Liban tout entier – après la guerre israélienne à l’automne 2024, ce titre fait fausse note aux oreilles de plusieurs.
À l’époque, le parti chiite – la seule formation libanaise à avoir gardé ses armes après la guerre civile (1975-1990) – avait fait fi des appels d’une partie de la classe politique favorable à maintenir le Liban à l’écart du conflit israélo-palestinien.
S’en est ainsi suivie une guerre qui s’est soldée par la mort de plus de 3400 personnes, la destruction totale de dizaines de villages dans le sud et le déplacement forcé de dizaines de milliers de Libanais.
Le Hezbollah, lui, s’en était sorti plus affaibli que jamais, sa plus haute direction quasi décimée.
Un nouveau cycle de guerre
Mais rien de tout cela n’a empêché le parti pro-iranien de replonger les Libanais dans un nouveau cycle de guerre infernal, ce dimanche, en signe de solidarité avec son parrain, entraînant ainsi le pays dans l’inconnu le plus total.
Difficile de savoir à cette heure-ci ce que le Hezbollah espère accomplir au juste en ouvrant ce nouveau front avec Israël, alors que le Liban subit encore de plein fouet les conséquences de la dernière guerre.
Car, même si techniquement un accord de cessez-le-feu a été signé entre le Liban et Israël il y a un peu plus d’un an, les termes de cette entente n’ont jamais été respectés par aucune des deux parties.
L’État hébreu a continué de frapper quasi quotidiennement le territoire libanais et ses forces occupent toujours des positions dans le sud du pays, tandis que le Hezbollah, lui, refuse de rendre ce qui reste de son arsenal militaire aux autorités libanaises.
Et maintenant? Israël se déchaîne contre le Liban, bombardant avec intensité plusieurs régions qui sont sous l’influence du parti chiite, y compris la banlieue sud de Beyrouth, qui est très densément peuplée. Personne ne peut dire jusqu’où pourrait aller l’armée israélienne dans son offensive, mais certains analystes n'écartent pas l’idée d’une possible invasion militaire dans le sud.
Ce ne serait d’ailleurs pas une première pour Israël, qui a déjà occupé le Sud libanais pendant des décennies jusqu’à l’an 2000. L’armée israélienne s’était même déployée dans la capitale Beyrouth en 1982.
C’est d’ailleurs cette année-là, en riposte à l’occupation israélienne, que le Hezbollah avait été créé avec le soutien de l’Iran alors que le Liban était encore plongé en pleine guerre civile.
La donne a changé
Cependant, la donne qui prévaut aujourd’hui au Liban n’est pas la même qu’il y a 44 ans. Le parti chiite, qui est classé comme entité terroriste dans plusieurs pays occidentaux, y compris le Canada, a longtemps été perçu comme un mouvement de résistance au Liban ainsi que dans plusieurs pays arabes. Mais plus maintenant.
Lundi matin, dans un geste inédit, le gouvernement libanais a annoncé qu’il considérait désormais les actions militaires du Hezbollah comme étant illégales, rappelant que la décision de guerre et de paix est uniquement entre ses mains.
À l’issue d’une réunion ministérielle qui a duré près de cinq heures, le premier ministre, Nawaf Salam, a appelé le Hezbollah à rendre ses armes et a donné l’ordre à l’armée d'empêcher toute action militaire de la part du parti et d'arrêter les contrevenants.
Jamais un gouvernement libanais n’était allé aussi loin dans ses menaces envers le Hezbollah auparavant, mais la question reste à savoir s’il parviendra à dompter cette milice, qui, rappelons-le, dispose d’armes bien plus lourdes que celles aux mains des forces armées libanaises.
Aussi, en mettant en confrontation directe l’armée libanaise et le Hezbollah, le gouvernement ne prend-il pas le risque de déstabiliser le pays et d’ouvrir grand la porte à un risque de divisions internes, d’autant plus qu’une partie importante des troupes libanaises est issue de la communauté chiite que représente le Hezbollah?
Toutes ces questions demeurent à ce stade sans réponse, mais s’il y a une certitude qui en ressort, c'est que le Liban est de nouveau aux prises avec ses démons. Les vieux comme les nouveaux.