Agence France-Presse
L'Iran et Israël échangent des frappes mardi, alors qu'un espoir ténu apparaît sur d'éventuelles négociations entre Téhéran et Washington afin de faire taire les armes au Moyen-Orient, au lendemain de propos contradictoires de Donald Trump.
Il faut être deux pour discuter et nul ne sait qui représente la partie iranienne. Donald Trump affirme que son administration s'entretient avec un haut dirigeant non identifié, et s'est donné cinq jours pour progresser avant de reprendre les bombardements.
Mais Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement iranien, présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur, a démenti avec force alors que le conflit est entré dans sa quatrième semaine et paralyse une partie du transport mondial des hydrocarbures.
Aucune négociation n'a débuté, a-t-il déclaré sur X, dénonçant de fausses informations [...] pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés.
Dans cette incertitude, les combats se poursuivent. Des images de l'AFP montraient des rues jonchées de débris mardi matin à Tel-Aviv, tandis que les secours venaient en aide à au moins quatre blessés.
La frappe dans un quartier cossu du nord de la capitale économique israélienne a éventré la façade d'un immeuble ancien de trois étages, selon un journaliste de l'AFP présent sur les lieux.
L'Arabie saoudite et le Koweït ont annoncé dans le même temps faire face à des attaques de drones et de missiles.
De son côté, l'armée israélienne a mené une série de frappes à grande échelle [...] dans plusieurs régions d'Iran notamment Ispahan. Un projectile a touché les abords d'une station de traitement du gazoduc de Khorramshahr (sud-ouest), a indiqué l'agence de presse Fars.
Gesticulations diplomatiques
Sur le plan diplomatique, des informations non confirmées de discussions continuent d'émerger ici et là, alors que des médias affirment que l'armée américaine va déployer des troupes supplémentaires au Moyen-Orient.
Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a uniquement reconnu avoir reçu, via des pays amis, des messages transmettant une demande américaine de négociations.
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, dont les objectifs de guerre ne sont pas toujours alignés sur ceux de son allié, a révélé que Donald Trump estimait possible un accord qui [préserverait les] intérêts vitaux d'Israël. Parallèlement, Israël continue de frapper en Iran et au Liban.
Le Pakistan et l'Égypte dans le jeu diplomatique?
De son côté, le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a promis d'aider Téhéran à ramener la paix dans la région.
L'implication d'Islamabad aurait du sens, estime Michael Kugelman, expert de l'Asie du sud à l'Atlantic Council. Le Pakistan est l'un des rares pays à entretenir des relations chaleureuses à la fois avec Téhéran et Washington et il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington, où l'Iran ne dispose pas d'ambassade.
À Washington, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, n'a pas démenti les informations sur des initiatives diplomatiques pakistanaises. Mais elle a demandé que ces spéculations ne soient pas considérées comme avérées avant d'être officialisées par Washington.
L'Égypte, elle, joue ses propres cartes. Son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s'est entretenu avec des représentants de l'Iran, des États-Unis, de la Turquie et du Pakistan ces derniers jours, selon des communiqués officiels.
Le Caire a appelé lundi à saisir l'opportunité offerte par Donald Trump, et maintient des contacts intensifs tous azimuts pour prévenir une plongée dans un chaos généralisé.
Ce rôle de facilitateur de dialogue est connu des Égyptiens : ils ont accueilli l'an passé des discussions sur le nucléaire entre Téhéran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et sont au cœur, avec le Qatar et les États-Unis, des pourparlers entre Israël et le Hamas palestinien depuis deux ans.
Illisible volte-face de Trump
Toutes ces rumeurs et suppositions interviennent après un enchaînement de déclarations contradictoires du président américain.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a d'abord retardé de cinq jours des frappes qu'il menaçait de lancer sur le réseau électrique de l'Iran si ce dernier refusait de débloquer le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
Il a ensuite affirmé que Washington et Téhéran avaient trouvé des points d'accord majeurs lors de négociations menées avec un haut dirigeant, qu'il n'a pas nommé, mais dont il a précisé qu'il n'était pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.
Puis il a menacé de continuer à bombarder allègrement la République islamique si les négociations échouaient.
En Europe, les jaillissements intempestifs du président américain finissent par agacer.
Le chef d'état-major français, le général Fabien Mandon, a déploré que les États-Unis soient de moins en moins prévisibles et n'aient pas prévenu leurs alliés avant d'entrer en conflit.
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a pour sa part jugé perdue la confiance entre les États-Unis et ses alliés occidentaux, stigmatisant un conflit évitable et inutile.