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L’appui inconditionnel de Mark Carney aux frappes en Iran : un pari risqué?

Source: Radio Canada
Le premier ministre Mark Carney sur la colline du Parlement, le 25 février 2026  Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Le premier ministre Mark Carney sur la colline du Parlement, le 25 février 2026 Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

En coulisses, certains libéraux à Ottawa se demandent pourquoi Mark Carney a offert un appui sans nuances à l’opération américaine en Iran et craignent les conséquences qui pourraient en découler.

Une chose est certaine : il est difficile d’accuser Mark Carney d’entretenir l’ambivalence en ce qui concerne les frappes contre l'Iran.

Le Canada appuie les mesures prises par les États-Unis, a-t-il déclaré à Mumbai, en Inde, quelques heures après les premières frappes menées conjointement par Washington et Israël.

Mark Carney parle dans un micro.
Le premier ministre Mark Carney prend la parole lors du Forum sur la croissance et l'investissement Canada-Inde à Mumbai, le 28 février 2026. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Au Canada, certains libéraux ont avalé leur café de travers en prenant connaissance de la déclaration, samedi matin.

Je me serais gardé une petite gêne, lance l’un d’entre eux. J’aurais réagi comme la France ou la Grande-Bretagne.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont exhorté l’Iran à rechercher une solution négociée, appelant l’État iranien à permettre à son peuple de déterminer son propre avenir. Ils ont aussi précisé qu'ils n’avaient pas participé à ces frappes.

Une nuance partagée par d’autres pays, qui contraste avec la position tranchée adoptée par le Canada. Pourquoi donc être allé aussi loin?

Peut-être veut-il amadouer Donald Trump, note un stratège libéral. Adopter un ton flatteur, à l’aube de la renégociation de l'ACEUM qui s’annonce ardue.

Une retransmission en direct de NBC News diffuse un extrait de la vidéo de Donald Trump.
Dans une vidéo diffusée samedi, Donald Trump a appelé les Iraniens à s'emparer du pouvoir. Photo : Getty Images / Anna Moneymaker

Un député doute toutefois de l’efficacité d’une telle démarche : Donald Trump ne s’en souviendra pas dans quelques heures.

Une autre hypothèse : peut-être s’agit-il, d'abord et avant tout, d’une position très personnelle. Il déteste le régime iranien, confie un député. Convaincu de la nécessité d’un changement, a-t-il simplement exprimé son opinion au nom du pays?

Un appui risqué

Quelles que soient les raisons qui ont poussé le premier ministre canadien à offrir cet appui sans équivoque et sans nuances, une chose est sûre : il ne vient pas sans risques.

Que dira-t-il si la crise s’étend à toute la région? Ou si la chute du régime se transforme en guerre civile et fait un grand nombre de victimes? L’approche guerrière américaine n’offre aucune garantie de succès. Ce n’est pas comme si l’Irak et l’Afghanistan avaient été des succès retentissants, rappelle un stratège, qui doute sérieusement du ton adopté par le Canada.

Un autre cite le risque de placer le Canada dans la ligne de mire de groupes terroristes sympathisants du régime iranien. C’est un risque réel, croit-il.

Pour connaître les derniers développements sur les frappes en Iran, suivez notre couverture en direct.

En adoptant une position si tranchée, Mark Carney fait aussi un cadeau à ses opposants politiques. On est à la même place que les conservateurs, déplore un député libéral. Que dire aux partisans plus progressistes qui souhaiteraient des nuances?

Si le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont reconnu la menace que pose le régime iranien, ils ont tous deux fait preuve de réserve dans leurs réactions.

Sans l’appui du Congrès américain ou de pays alliés, une caution des attaques semble ainsi prématurée, a écrit le chef bloquiste Yves-François Blanchet sur X.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice est allé dans le même sens : Le NPD déplore la décision du gouvernement Carney d’appuyer de façon aveugle cette aventure dangereuse d’Israël et du gouvernement de Donald Trump, préconisant plutôt une solution diplomatique.

Avi Lewis, considéré comme l’un des favoris dans la course à la direction néo-démocrate, a d'ailleurs rapidement saisi l’occasion pour critiquer le chef libéral.

Il accuse d’appuyer une action militaire qu’il estime illégale. Il a publié une déclaration si ouvertement belliqueuse, a-t-il écrit sur X, que même des conservateurs comme Jason Kenney l'applaudissent.

C'est un moment honteux qui enterre sous les décombres toute la rhétorique noble de Carney à Davos, conclut-il.

En contradiction avec Davos

Une contradiction qui n’échappe pas non plus à certains libéraux.

Lors du discours qu’il a prononcé à Davos, Mark Carney a lancé un appel aux pays de taille intermédiaire à travailler ensemble pour contrer les rivalités entre les grandes puissances.

Mark Carney prononce un discours au Forum économique Mondial à Davos, en Suisse, le 20 janvier 2025.
Le premier ministre canadien Mark Carney a pris la parole à Davos pour signaler une rupture de l'ordre mondial. (Photos d'archives) Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il avait surtout dénoncé l’hégémonie américaine, qui a longtemps assuré une forme de stabilité, tant financière que sécuritaire, mais sur laquelle on ne peut plus compter. Nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition, avait-il déclaré.

Peut-on tenir ce genre de discours et appuyer le géant américain à peine plus d’un mois plus tard, dans une démarche militaire qui est loin de faire l’unanimité?

Il y a un prix [politique] à payer pour être d’accord avec Trump, affirme une source libérale alors que la conversation tire à sa fin.

Reste à déterminer à quel point il sera élevé.

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