Par Nicolas Rauline
La nouvelle n'a pas encore suffi à desserrer la pression sur les marchés : le Brent grimpait de plus de 2 % mercredi matin, à 90 dollars le baril. Selon le « Wall Street Journal », l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a proposé ce mardi soir de puiser dans les réserves de pétrole de ses membres pour faire face à la crise actuelle et au blocage du détroit d'Ormuz. Lors de la réunion de son conseil, l'agence a évoqué un total de 400 millions de barils, soit le tiers des réserves des Etats-membres.
La proposition doit être étudiée par les membres du G7 dans la journée. Les chefs d'Etat et de gouvernement du G7 ont prévu de discuter en visioconférence dans l'après-midi. Ils se sont déjà déclarés favorables au principe. « Nous soutenons la mise en oeuvre de mesures proactives pour faire face à la situation, y compris l'utilisation des réserves stratégiques », ont déclaré les ministres de l'Energie, qui se sont réunis mardi.
Sans attendre, certains pays ont annoncé qu'ils allaient remettre sur le marché les premiers barils dans les jours qui viennent. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a expliqué à la télévision publique NHK que le recours aux réserves, décidé de « manière unilatérale », démarrerait dès lundi prochain. Un mois de stocks publics et 15 jours de stocks privés seraient concernés.
L'Allemagne est allée dans le même sens. « L'Allemagne adhère au principe fondamental le plus important de l'AIE : la solidarité mutuelle », a expliqué la ministre de l'Economie, Katherina Reiche. Des annonces qui « s'inscrivent dans une réflexion coordonnée », a précisé dans la foulée le ministre français de l'Economie, Roland Lescure.
La Chine et l'Inde observées
Le signal est puissant : avec 400 millions de barils, ce serait le déblocage le plus important de l'histoire de l'AIE, créée par l'OCDE dans le sillage du premier choc pétrolier. Le précédent, qui date de 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, atteignait 182 millions de barils.
Mais les marchés attendent de voir le calendrier. Tout dépend du nombre de barils mis sur le marché dans les premiers jours, au moment où les premières pénuries pourraient être constatées. Selon les premières informations, l'AIE préconise de libérer 100 millions de barils dès le premier mois. En 2022, le déblocage avait été fait en deux étapes : d'abord 62,7 millions de barils en mars 2022, puis 120 millions le mois suivant.
Autre incertitude : la concertation qui va être menée avec des pays non membres de l'AIE. Celle-ci a tissé des liens, ces dernières années, avec la Chine et l'Inde, sans aller jusqu'à les accueillir en son sein. La position de ces puissances est observée et les Occidentaux veulent s'assurer qu'elles ne prendront pas de dispositions de nature à contrecarrer leurs plans.
Bilan mitigé
Le bilan de ces actions est mitigé. En 2022, les marchés avaient d'abord surréagi aux actions des membres de l'AIE. Le recours aux réserves stratégiques avait été interprété comme un signe que la situation était plus grave que prévu. Les prix du pétrole s'étaient envolés de 20 %. Mais, sur le long terme, le mouvement avait été bénéfique pour enrayer la flambée.
En 1991, lors de la première Guerre du Golfe, l'effet avait été beaucoup plus immédiat. Le recours coordonné aux réserves stratégiques, décidé quelques jours avant dans le secret, avait été lancé en même temps que l'assaut des Etats-Unis et de ses alliés pour libérer le Koweït. Les prix avaient chuté de 20 %.
S'il n'a été utilisé qu'à deux reprises ces dernières années, le recours aux réserves stratégiques coordonné par l'AIE est un procédé complexe mais travaillé. L'agence effectue régulièrement des simulations, étudie en amont l'impact des annonces potentielles, avec les différents scénarios envisagés. Cette action s'ajoute à celle que peut avoir chaque pays, individuellement. La France avait, par exemple, eu recours à ces stocks stratégiques en 2016 lors de grèves touchant ses raffineries.