Ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d'Angleterre, Mark Carney dirige le Canada depuis un an. Face aux pressions commerciales américaines, le Premier ministre tente d'affirmer l'autonomie économique du Canada.
Par Timothé Boudet
Lorsqu'il est arrivé au pouvoir il y a un an au Canada, Mark Carney n'était pas un homme politique classique. Ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de la Banque d'Angleterre, l'économiste faisait son entrée à Ottawa dans un climat politique tendu. Depuis son retour à la Maison-Blanche quelques semaines auparavant, Donald Trump multipliait les menaces commerciales contre son voisin du Nord.
Le nouveau Premier ministre libéral s'est ainsi retrouvé confronté à un dilemme stratégique : préserver la relation économique vitale avec les Etats-Unis tout en affirmant l'autonomie du Canada. A Davos, en janvier dernier, Mark Carney a esquissé la ligne qu'il entend suivre. Si « le Canada restera toujours un partenaire proche des Etats-Unis », le pays doit aussi « élargir ses horizons économiques ».
Pour Ottawa, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les Etats-Unis absorbent encore près de 75 % des exportations canadiennes et les échanges commerciaux entre les deux pays dépassent 900 milliards de dollars par an. Une dépendance que le gouvernement tente désormais de réduire en multipliant les partenariats économiques ailleurs dans le monde.
Une diplomatie tournée vers les « puissances intermédiaires »
Mark Carney multiplie depuis plusieurs mois les déplacements à l'étranger. Inde, Japon, Australie mais aussi plusieurs capitales européennes figurent au programme de cette offensive diplomatique. L'objectif est d'attirer les investissements et de renforcer les alliances économiques entre démocraties industrielles.
Une stratégie qui passe, selon l'ancien banquier, par un rapprochement entre les « puissances intermédiaires », appelées à construire une « autonomie stratégique » face aux risques de fragmentation de l'économie mondiale.
A Bruxelles, cette stratégie a trouvé un écho favorable. Lors d'une rencontre consacrée aux minerais critiques et aux chaînes d'approvisionnement industrielles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souligné que « l'Europe a besoin de partenaires fiables dans un monde devenu plus instable ».
Le Canada et l'Union européenne cherchent notamment à approfondir leur coopération dans les secteurs des minerais critiques, de l'hydrogène et des technologies propres. L'accord commercial CETA, entré provisoirement en vigueur en 2017, sert déjà de cadre à ces échanges et les discussions portent désormais sur de nouveaux projets industriels liés aux batteries et aux matières premières stratégiques.
Le pari des ressources stratégiques
Dans les discours de Mark Carney, un thème revient sans cesse : celui des ressources naturelles. L'ancien banquier central présente régulièrement le Canada comme une puissance énergétique et minière appelée à jouer un rôle clé dans la transition énergétique mondiale. Le pays possède d'importantes réserves de lithium, de nickel et de cobalt, indispensables à la fabrication des batteries et aux technologies bas carbone.
Ottawa cherche désormais à transformer cet avantage géologique en levier industriel. L'un des projets les plus emblématiques est l'usine de batteries de Volkswagen en Ontario, évaluée à plus de 7 milliards de dollars canadiens (4,5 milliards d'euros) et soutenue par d'importantes aides publiques.
Le pétrole canadien, nouvel atout diplomatique
La guerre qui s'intensifie au Moyen-Orient a replacé la question énergétique au centre de l'agenda international. Dans ce contexte, Ottawa met en avant le rôle du Canada comme fournisseur d'énergie stable pour les économies occidentales.
Le pays est aujourd'hui le quatrième producteur mondial de pétrole avec plus de 5 millions de barils par jour et détient les troisièmes réserves prouvées de la planète, concentrées dans les sables bitumineux de l'Alberta. Les hydrocarbures représentent près d'un quart des exportations canadiennes.
Cette puissance énergétique reste toutefois très dépendante du marché américain, qui absorbe près de 97 % du pétrole exporté par le Canada. La guerre en Ukraine puis la guerre au Moyen-Orient ont cependant ravivé l'intérêt des Européens pour des approvisionnements jugés plus sûrs. Mark Carney doit d'ailleurs se rendre en Europe dans les prochains jours pour rencontrer plusieurs dirigeants et évoquer la sécurité énergétique du continent.