Guy Kwadjo Kouassi servait de « relayeur d’argent » pour un réseau criminel d'Afrique de l’Ouest.
Arrivé au Québec en 2012 en provenance de la Côte d’Ivoire, Guy Kwadjo Kouassi est désormais interdit de territoire au Canada en raison de son rôle de « relayeur d’argent » dans un réseau criminel spécialisé dans la fraude amoureuse.
Une mesure d’expulsion a été prononcée par la commissaire Daphnée Clément, de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, le 14 janvier dernier, et la décision a récemment été rendue publique.
Guy Kwadjo Kouassi, 44 ans, serait un membre important du crime organisé africain (COAF), le terme utilisé par les autorités canadiennes pour désigner ce groupe criminel spécialisé dans l’arnaque amoureuse, la production de faux documents, le blanchiment d’argent, mais aussi le vol et l’exportation de véhicules vers l’Afrique de l’Ouest.
À ce jour, près de 200 membres du COAF ont été identifiés au Québec, la plupart d’entre eux étant arrivés au Canada avec un permis d’études, selon des informations fournies par l’Agence des services frontaliers. Leurs membres proviennent essentiellement d’Afrique de l’Ouest, notamment de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Nigeria.
Cette organisation a pour objectif principal de frauder des gens et la plupart du temps, les victimes sont des personnes vulnérables. L'argent soutiré aux victimes est rapidement dispersé et blanchi.
Une citation deExtrait de la décision de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada
Ce réseau et son expansion au Canada avaient fait l’objet, l’automne dernier, d’un reportage de l’émission Enquête (nouvelle fenêtre) dans lequel Guy Kwadjo Kouassi déclarait alors travailler uniquement en distribution alimentaire.
Je suis un distributeur. Je ne suis pas un fraudeur, affirmait-il, tout en assurant être une victime de tout ça, sans donner davantage de précisions.
Le système hawala pour disperser l’argent de la fraude
D’après le témoignage d’une analyste de renseignement des services frontaliers, M. Kouassi avait des liens avec un minimum de 25 [...] membres du COAF, dont Mamadou Berthe, qui a volé plus d’un demi-million de dollars à deux retraitées québécoises, comme l’a dévoilé Radio-Canada.
M. Kouassi, qui bénéficiait du statut de résident permanent, était aussi un complice de Sogli Espoir Kouassi, identifié comme l’une des têtes dirigeantes d’un réseau, mis de l’avant dans le projet POURRIEL de la Sûreté du Québec, qui a fait des dizaines de victimes au Québec.
Son rôle était essentiellement lié au blanchiment et à la dispersion d’argent tiré de la fraude par l'intermédiaire de ses entreprises, peut-on lire dans le jugement. Une analyse du Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) révèle que M. Kouassi a reçu près de 500 virements Interac liés au projet POURRIEL, pour un total de plusieurs centaines de milliers de dollars.
Pour transférer ces sommes, M. Kouassi utilisait notamment le système informel illégal du swap, connu également sous le nom de hawala.
Cette activité lui permet de relayer de l'argent entre le Canada et la Côte d'Ivoire sans passer par les compagnies officielles de service de transfert monétaire vers l'international, souligne la commissaire Daphnée Clément.
Le “swap” est une technique de transfert d'argent qui est illégale, puisque le tout n'est pas régi par l'Autorité des marchés financiers, et la provenance des fonds transférés n'est pas contrôlée.
Une citation deExtrait de la décision de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada
Vol de véhicules
Guy Kwadjo Kouassi a également plaidé coupable, par le passé, dans le cadre d’une enquête du Service de police de la Ville de Montréal concernant des véhicules volés. Les policiers ont découvert plusieurs de ces voitures dans un entrepôt de l’arrondissement de Saint-Laurent abritant, officiellement, l’une des entreprises de M. Kouassi.
L'entreprise de M. Kouassi avait pour fonction première l'exportation de véhicules usagés vers la Côte d'Ivoire, indique la commissaire Clément, tout en précisant que M. Kouassi a maintenu tout au long de son témoignage ne pas être lié au COAF.
M. Kouassi, précise la commissaire, se définit plutôt comme un homme d’affaires qui a des entreprises au Canada et en Côte d’Ivoire.
Ces derniers mois, plusieurs membres du COAF ont été arrêtés et condamnés par les autorités canadiennes. L'Ivoirien Mamadou Berthe, qui possédait de faux passeports de plusieurs pays africains, a été expulsé en août 2025.
Arrivé lui aussi au Canada en tant qu’étudiant, Aboubacar Sidiki Diallo, 29 ans, a été condamné en janvier dernier à 38 mois de prison, après avoir fait plus de 70 victimes. Le juge de Trois-Rivières a dénoncé un crime répugnant commis avec d’importantes manipulations [...] pour trouver des personnes vulnérables. Au terme de sa peine, il sera lui aussi expulsé vers la Côte d’Ivoire.