Plus d’un an après les menaces du président Donald Trump, beaucoup de Canadiens boudent toujours les voyages aux États-Unis. Cette baisse d’achalandage, qui s’est avérée « très persistante » l’an dernier, se prolonge encore cette année.
En 2025, Statistique Canada recensait environ 29 millions de voyages de retour des États-Unis effectués par des résidents canadiens. Il s’agit d’une baisse de 25,4 % (nouvelle fenêtre) par rapport à l’année précédente.
Encore le mois dernier, le repli s’est accentué (nouvelle fenêtre) : le nombre de retours en voiture a baissé de 4,5 % par rapport à mars 2025 – et de 35 % sur deux ans. En mars, les trajets en avion ont chuté de 13,8 % en un an et de 25,4 % par rapport à mars 2024.
Bruce Newman voyageait autrefois jusqu’à 10 fois par année aux États-Unis. Le peintre néo-brunswickois s’y rendait pour rencontrer d’autres artistes, peindre les paysages américains ou encore profiter de vacances avec sa femme.
Le couple de Fredericton a décidé de boycotter les voyages aux États-Unis au début de l’année dernière, au moment où le président Donald Trump déclenchait une offensive tarifaire contre le Canada et menaçait d’en faire le 51e État américain.
Il affirme que les récentes violences au Minnesota impliquant des agents de l’ICE, la police américaine de l’immigration, ont renforcé sa détermination à éviter les déplacements au sud de la frontière.
Les États-Unis sont en train de devenir un endroit effrayant, lance M. Newman. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec tout cela et je ne veux pas dépenser d’argent là-bas pour soutenir ce genre de chose.
8,5 milliards de dollars en moins
Le retrait des touristes canadiens a contribué à faire baisser de 8,5 milliards de dollars les dépenses des voyageurs étrangers aux États-Unis l’année dernière. Il s’agit d’une diminution de 4,6 % en un an, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (nouvelle fenêtre).
Alors que les voyages des Canadiens vers les États-Unis ont diminué de 25 % en 2025, les voyages outre-mer ont augmenté de 9 % par rapport à 2024.
Les Canadiens ne voyagent pas moins dans l’ensemble, affirme Abbey Xu, économiste chez RBC. Selon elle, de nombreux Canadiens se sont tournés vers de nouvelles destinations.
Il s’agit en réalité d’un rééquilibrage.
Une citation deAbbey Xu, économiste chez RBC
M. Newman illustre bien cette tendance. Il y a une décennie, il a emmené sa femme à New York pour célébrer ses 65 ans et assister à une comédie musicale de Broadway. Il souhaitait lui offrir une sortie similaire pour son 75e anniversaire, en mars dernier, mais a choisi de l'emmener à Londres pour aller voir deux spectacles – un voyage qui lui a coûté des milliers de dollars de plus.
Ça en valait vraiment la peine, dit-il. Les États-Unis étaient toujours hors de question.
Il envisage maintenant de se rendre en Écosse, ainsi qu'en Gaspésie, au Québec, pour capter des paysages pittoresques sur sa toile. La liberté d'aller peindre aux États-Unis me manque. Mais il y a beaucoup à peindre ici, dit-il.
Étienne Lalé, professeur d’économie à l’Université York à Toronto, ajoute que la faiblesse du dollar canadien et les craintes liées aux contrôles frontaliers aux États-Unis ont aussi refroidi la population. D'un côté, on peut se dire 25 %, c'est beaucoup, souligne le chercheur.
D'un autre côté, 25 % de baisse de touristes [canadiens], qui eux-mêmes ne représentent qu’un tiers des touristes internationaux et le tourisme ne représente que 3 % du PIB américain, on se dit que ce n'est peut-être pas grand-chose, relativise-t-il.
L’économiste souligne, par contre, que les effets sont très concentrés. Ce déclin des voyageurs canadiens plombe l’industrie touristique dans les régions qui en attiraient beaucoup autrefois, comme le Vermont, le Maine, le New Hampshire et le nord de l'État de New York.
Selon les estimations des chercheurs, entre 14 000 et 42 000 Américains ont perdu leur emploi l’an dernier en raison de cette baisse d’achalandage. Ces pertes d'emplois, en fait, elles sont dans seulement 3 % des codes postaux américains, explique M. Lalé.
L’opération séduction de Las Vegas
Bien connue pour ses casinos et ses spectacles, Las Vegas tente d’inciter les touristes canadiens à revenir. Selon Visit Las Vegas, plus de 1,4 million de Canadiens ont visité la ville du vice en 2024. Cet achalandage a chuté de 18 % l’année suivante.
Les responsables de l’industrie touristique de Las Vegas parcourent actuellement le Canada afin de rencontrer des agents de voyage, des compagnies aériennes et des voyagistes.
Il est clair que nos amis canadiens nous ont manqué, lance le propriétaire de casinos Derek Stevens, qui participe à cette mission commerciale. Nous voulons que vous reveniez.
À ses trois complexes hôteliers – The D Las Vegas, Circa et Golden Gate Hotel – il propose aux visiteurs canadiens des tarifs plus avantageux, reconnaissant la parité des dollars. Que ce soit pour leurs nuitées à l’hôtel ou pour leurs achats dans certains bars et salles de jeu, les transactions affichées en dollars américains pourront être réglées pour le même montant de dollars canadiens.
M. Stevens indique que ces offres ont déjà entraîné une forte hausse du nombre de touristes canadiens. Il est assez clair que c’est une offre très bien accueillie, dit-il.
Mais pour d’autres, comme Bruce Newman, il faudra plus que des rabais et un accueil chaleureux pour les inciter à franchir la frontière américaine. Les choses doivent changer aux États-Unis, affirme le Néo-Brunswickois.
Tant que Trump sera au pouvoir, nous ne sommes absolument pas intéressés d’aller voyager aux États-Unis.
Avec les informations de Sophia Harris de CBC