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Cuba va-t-elle s’effondrer aussi facilement que le prétend Trump?

Source: Radio Canada
Un homme vend des pâtisseries devant une fresque murale qui représente Che Guevara, héros de la révolution cubaine, à La Havane, le 6 janvier 2026.  Photo : Getty Images / ADALBERTO ROQUE
Un homme vend des pâtisseries devant une fresque murale qui représente Che Guevara, héros de la révolution cubaine, à La Havane, le 6 janvier 2026. Photo : Getty Images / ADALBERTO ROQUE

Le gouvernement cubain est au pied du mur à la suite de la capture du président du Venezuela, Nicolas Maduro, son allié politique et économique, alors qu’il fait déjà face à une situation économique catastrophique.

Cuba est prête à tomber, a déclaré le président américain Donald Trump après l’arrestation de Nicolas Maduro.

Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais inquiet, a ajouté le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, lors d’une conférence de presse à Mar-a-Lago.

Sans l'appui de son allié, qui lui fournissait du pétrole à bas coût en échange de services tels que ceux de médecins, de professeurs et de militaires, le régime castriste ne tiendra pas longtemps, estime l’économiste d’origine cubaine Sebastian Arcos, directeur intérimaire de l'Institut de recherche cubain de l'Université internationale de Floride.

Cuba s'est accrochée à l'économie vénézuélienne depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez, il y a 25 ans, fait observer M. Arcos.

C’est un État parasite qui se nourrit de l'économie vénézuélienne, tout comme il le faisait de l'économie soviétique dans les années 1970 et 1980.

Une citation deSebastian Arcos, professeur à l'Université internationale de Floride

Ces derniers temps, le gouvernement Maduro lui fournissait environ 30 000 barils de pétrole quotidiennement, ce qui était déjà bien en deçà des besoins de l’île, affirme Ricardo Torres, un économiste cubain rattaché à l'American University de Washington.

La production totale d’électricité en 2025 a été inférieure de 25 % à celle de 2019, précise-t-il.

Une rue est éclairée par les phares des voitures pendant la troisième nuit d'un black-out national à La Havane, le 20 octobre 2024.
Les habitants de nombreuses régions de Cuba subissent des pannes d’électricité qui durent plus de 12 heures par jour. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / ADALBERTO ROQUE

Les habitants de nombreuses régions du pays subissent des pannes d’électricité qui durent plus de 12 heures par jour.

En cause : le manque de combustible, de même que la détérioration du système électrique vétuste, qui souffre d'avaries fréquentes.

À cela s’ajoute le déclin d'autres secteurs de l'économie, notamment l’agriculture.

Même la production de sucre est en chute libre. Alors que les Cubains produisaient plus de 6 millions de tonnes de sucre en 1958 et jusqu’à 8 millions de tonnes dans les années 1980, ils n’en produisent plus actuellement que 100 000 tonnes par année. Cuba doit même importer du sucre du Brésil.

L’industrie qui a été le moteur de l’économie cubaine pendant 200 ans a été détruite, s’insurge Sebastian Arcos.

Le tourisme, troisième source de devises de Cuba, recule également. Il y a eu moins de 2 millions de touristes en 2025, comparativement à 4,6 millions en 2018.

Même avant la chute du président vénézuélien, la situation cubaine était déjà très difficile, rappelle M. Torres.

Si les Cubains ont connu d’autres moments pénibles, en particulier lors de la tristement célèbre période spéciale des années 1990, après le démantèlement de l'URSS, cette fois-ci, c’est vraiment pire, pense ce professeur dont beaucoup de membres de la famille sont encore à Cuba.

Un étal de légumes dans une rue avec des gens autour.
Un étal de légumes dans une rue de La Havane. Photo : Getty Images / AFP / YAMIL LAGE

Ceux qui ont de l’argent peuvent acheter des denrées à prix d’or dans les magasins des grandes villes, mais la plupart des Cubains n’en ont pas les moyens, explique M. Torres. Le salaire moyen d’un employé du secteur public est de 6000 $ CUP [345 $ CA] par mois, alors qu’un plateau de 30 œufs coûte 2000 $ CUP [115 $ CA], indique-t-il à titre d'illustration.

En outre, le livret d’approvisionnement qui permettait aux Cubains d’obtenir gratuitement des aliments de base ne fournit pratiquement plus rien. Les services publics, tels que la médecine et l’éducation, qui faisaient la fierté des habitants de l'île, se sont également détériorés.

C’est une tempête qui frappe un pays déjà ravagé par un ouragan alors que sa résilience est bien moindre que par le passé.

Une citation deRicardo Torres, professeur à l'American University de Washington

Que fera le régime?

Si Cuba ne reçoit plus de pétrole du Venezuela, le régime va perdre non seulement sa principale source de combustible mais aussi une importante entrée de devises, souligne Sebastian Arcos.

Le gouvernement cubain n'utilise pas tout le pétrole qu’il obtient du Venezuela : il en exporte une partie et reçoit des devises qui lui permettent d’acheter des médicaments et des aliments sur les marchés internationaux, explique M. Arcos.

En plus de perdre cette manne, il subirait un troisième coup, psychologique celui-là, si le gouvernement chaviste s’effondrait, souligne l’économiste.

L’île disposerait de réserves de pétrole pour encore 45 jours. Si les livraisons de pétrole vénézuélien à Cuba sont suspendues aujourd'hui, Cuba sera définitivement éteinte d'ici la fin février, estime-t-il.

Le président cubain prononce un discours en agitant un drapeau national vénézuélien.
Le président cubain Miguel Diaz-Canel au moment de prononcer un discours en agitant un drapeau national vénézuélien en soutien à Nicolas Maduro à La Havane, le 3 janvier 2026, après que les forces américaines eurent capturé le président du Venezuela. Photo : Getty Images / ADALBERTO ROQUE / AFP

Dans ce contexte, le président Miguel Diaz-Canel va-t-il réprimer un éventuel mouvement de contestation comme il l’a fait en 2021, lorsque des milliers de Cubains sont descendus dans la rue en demandant la fin de la dictature?

Il pourrait s'agir, croit le chercheur, d’un moment Tiananmen pour le gouvernement, qui devra décider s’il écrase les protestataires, comme l’a fait l’armée chinoise en 1989.

La Chine et la Russie pourraient-elles se substituer au Venezuela?

Les Chinois ont de l’argent et les Russes ont du pétrole, mais ils n’ont rien à gagner d’un partenariat avec Cuba, estime M. Arcos.

Les Chinois ne feront pas ce pari, pense-t-il. En investissant partout dans le monde, ils font la promotion de leur idéologie, mais ce qu’ils veulent d’abord et avant tout, c’est de faire des affaires profitables.

Le pari de la Chine n'a jamais été purement idéologique, comme celui de l'Union soviétique pendant la guerre froide. Si les chiffres ne collent pas, il n'y a pas d'affaires, conclut M. Arcos.

Pékin n’a pas fait d’investissements majeurs ni accordé de prêts à Cuba, fait-il remarquer.

Les Chinois et les Russes sont conscients que les jours du régime cubain sont comptés. Ils ne sont donc pas disposés à le soutenir ni à réaliser de gros investissements de capitaux. Ce serait de l'argent perdu.

Une citation deSebastian Arcos, professeur à l'Université internationale de Floride

Ils savent bien que, tôt ou tard, Cuba va retourner dans l’orbite américaine, comme avant la révolution de 1959.

Les deux hommes se serrent la main devant des drapeaux de leurs pays.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, au moment de recevoir son homologue cubain, Bruno Rodriguez Parrilla, à la résidence d'État Diaoyutai, le 12 mai 2025, à Pékin, en Chine. Photo : Getty Images / Pool/Florence Lo

Ricardo Torres estime lui aussi que les Chinois ont d’autres priorités que le fait d'appuyer un régime sclérosé. À plusieurs occasions, ils ont fait part de leur insatisfaction devant l’immobilité du gouvernement cubain, réticent à réformer son système économique pour l’ouvrir au marché.

Il leur convient d’avoir un allié à Cuba, île située à quelque 150 kilomètres des côtes de la Floride, mais pas au prix de soutenir à bout de bras une économie qui ne fonctionne pas, fait remarquer le chercheur.

Il faut changer un système qui est en place depuis six décennies; ce n'est plus seulement un système, c'est carrément une culture, conclut M. Torres.

Une bouée de sauvetage?

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a reconnu mercredi que le Mexique devient désormais un fournisseur important de pétrole à Cuba tout en assurant qu’elle n’enverra pas plus de pétrole et qu'il n'y a pas d'envoi particulier.

Elle a ajouté que les livraisons se font en vertu de contrats ou au nom de l’aide humanitaire, sans fournir de données concrètes sur le nombre de barils exportés.

Selon les données obtenues par l’Associated Press auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, le Mexique a fourni quelque 19 000 barils de pétrole quotidiennement à Cuba entre janvier et septembre 2025.

Mexico a toujours condamné l’embargo américain sur l’île et a renforcé les livraisons de carburant lors des pires crises.

Avec les informations de Agence France-Presse et Associated Press

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