Sous la pression des sanctions américaines et du durcissement du blocus imposé par Washington, l'économie cubaine vacille. Les effets de la pénurie de pétrole se diffusent dans tous les secteurs. Fragilisant un peu plus des activités qui assuraient l'essentiel des rentrées de devises au pays.
Par Claude Fouquet
Alors que Donald Trump maintient la pression sur l'île, la situation de Cuba devient chaque jour de plus en plus difficile. S'il semble rejeter l'idée d'une opération visant à renverser le régime, comme il l'a fait au Venezuela, le président américain a une fois de plus, ce lundi, exhorté La Havane à conclure un accord. « Cuba est actuellement une nation en faillite », a déclaré le dirigeant américain aux journalistes à bord d'Air Force One pour rallier Washington.
La situation est, de fait, de moins en moins tenable pour le régime castriste avec la décision de Donald Trump de priver l'île de pétrole. Accentuant une pénurie dont les effets se diffusent dans toute l'économie, mettant à mal les cinq principales sources de revenus du régime : le tourisme, les fonds envoyés par la diaspora, l'« exportation » de médecins cubains, le nickel et les emblématiques havanes. Et l'obligeant à compter, plus que jamais, sur l'aide humanitaire.
Le tourisme au point mort
Première source historique de revenus de l'île, le tourisme est presque à l'arrêt depuis la semaine dernière. Sur place, afin d'économiser l'énergie, des hôtels ont été fermés et les touristes qui s'y trouvaient ont été relogés dans d'autres établissements. Souvent dans l'attente de pouvoir repartir chez eux.
Car alors que Cuba a averti les compagnies aériennes qu'il y aurait pénurie de kérosène pendant un mois faute de livraison depuis la chute du président du Venezuela, plusieurs d'entre elles ont annoncé ne plus assurer de liaisons avec l'île. Quitte à envoyer des avions vides pour ramener les clients qui étaient présents à Cuba.
De même, plusieurs pays dont le Royaume-Uni ont émis des avertissements auprès de leurs ressortissants qui souhaiteraient se rendre sur place. Londres conseille désormais de se limiter aux déplacements « essentiels ».
La vitrine internationale du cigare reportée sine die
Difficile, lorsque l'on pense à Cuba, de ne pas y associer les cigares. S'ils ne sont aujourd'hui que la cinquième source de revenu de l'île, ils pèsent en effet lourd dans l'économie. En 2024, officiellement, les exportations de cigares ont rapporté 827 millions de dollars. Mais l'absence de carburant touche de plein fouet le secteur et, confrontées à un approfondissement de la crise provoqué par le blocus américain, les autorités de La Havane ont annoncé le week-end dernier devoir reporter sine die la vitrine internationale du secteur : le 26e Festival Habanos. Officiellement pour préserver « les plus hauts standards de qualité et d'expérience » de l'événement.
Son annulation va se traduire par un manque à gagner non négligeable. Faisant salle comble régulièrement, il accueille chaque année plus d'un millier des personnes venant du monde entier et draine beaucoup de devises. Ne serait-ce que par les enchères de prestige qui le clôturent : en 2025, elles ont permis de récolter près de 18 millions de dollars. Somme qui, selon les autorités, est destinée au système de santé publique.
Les « médecins cubains » de moins en moins « exportables »
Depuis longtemps Cuba a développé un modèle d'« exportation » massive de ses professionnels de santé vers d'autres pays, en particulier en Amérique latine, en Afrique et dans les Caraïbes. Ces missions - où les médecins fournissent des services médicaux contre paiement par l'Etat qui les accueille - auraient rapporté environ 4,4 milliards de dollars en 2023. Faisant de la « vente » de services de santé à l'étranger l'une des toutes premières sources de devises.
Mais là encore la pression américaine joue : il y a près d'un an, les Etats-Unis ont décidé de renforcer les mesures de « restriction des visas applicables aux personnes qui exploitent de la main-d'oeuvre cubaine ». Avec pour conséquence le fait que plusieurs pays (dont le Brésil ou bien encore le Guatemala) ont réduit leur recours à ces professionnels de santé.
Les transferts de fonds de la diaspora plus difficiles
L'une des sources importantes de revenus de l'île tient historiquement au soutien financier que nombre de Cubains reçoivent de la part de la diaspora exilée principalement aux Etats-Unis. Même si les fonds transférés, les « remesas », sont aujourd'hui loin du record de 2019 (3,7 milliards de dollars), ils pèsent encore chaque année pour près de 2 milliards de dollars.
Mais depuis près d'un an, ces transferts sont beaucoup plus difficiles car Donald Trump a décidé de réactiver la « Liste Restreinte de Cuba » qui, dans les faits, interdit toutes transactions avec des entreprises sous le contrôle du régime cubain. Cette liste inclut Orbit SA, la société créée par Cuba pour gérer et traiter les transferts internationaux depuis l'étranger. Conséquence directe de cette décision, depuis près d'un an, Western Union a interrompu les transferts d'argent destinés à Cuba.
Des extractions de nickel et de cobalt à la peine
C'est peut-être la source de revenus la moins connue de l'économie cubaine : l'île possède, selon l'US Geological Survey, près de 7 % des réserves mondiales de cobalt et 6 % de celles de nickel. Plaçant Cuba au quatrième ou cinquième rang mondial. Selon l'Onu, en 2022, les exportations de ces minéraux ont rapporté près d'un milliard de dollars pour le nickel et une centaine de millions pour le cobalt.
Mais alors que les cours de ces deux minerais restent erratiques, leur production est en baisse ces dernières années : en cause, des coûts d'exploitation qui pèsent sur la capacité à maintenir ou augmenter l'activité et, une fois encore, les problèmes d'approvisionnement énergétique. Des problèmes qui deviennent de plus en plus pesants. Récemment, en présentant ses résultats, la compagnie minière canadienne Sherritt, qui travaille dans l'île depuis 1991, a reconnu avoir été confrontée à des « défis opérationnels » l'an passé. Ajoutant prévoir des ajustements en 2026, face à l'« incertitude géopolitique » dans la région.
VIDEO - Les Etats-Unis privent Cuba de pétrole