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Cuba : « Qu’est-ce qu’on va faire sans les touristes? »

Source: Radio Canada
Faute d'électricité, les coupures de courant se multiplient à Cuba depuis quelques semaines.  Photo : Getty Images / AFP / YAMIL LAGE
Faute d'électricité, les coupures de courant se multiplient à Cuba depuis quelques semaines. Photo : Getty Images / AFP / YAMIL LAGE

À Cuba, le renforcement du blocus américain sur les carburants ne cause pas que des problèmes de transport et de pénuries d’électricité : il fait fuir les touristes, moteur de l’économie cubaine et source non négligeable de devises étrangères. État des lieux d’une économie sous respirateur artificiel et d’une population anxieuse.

En tant que guide touristique et propriétaire d’un gîte dans le village de Santa Cruze del Norte, Anne-Marie Flynn est aux premières loges de la déliquescence du tourisme à Cuba. Surtout depuis que le président américain Donald Trump a resserré le blocus sur les produits pétroliers et a menacé les pays fournisseurs de l’île (Venezuela, Mexique, Russie) de mesures de rétorsion.

Ces menaces entraînent des pénuries de carburant qui ont fini par faire fuir les principales compagnies aériennes. Plusieurs d’entre elles ont en effet suspendu leurs liaisons vers Cuba et ont entamé des procédures de rapatriement des touristes.

Et ça se sent sur le terrain. Avant la mi-décembre, j’avais 52 réservations dans mon bed & breakfast jusqu'en avril et, à ce jour, j’ai eu 52 annulations, confie Mme Flynn en entrevue à ICI RDI. Elle s’est alors recentrée sur son métier de guide touristique, mais ses trois visites guidées prévues pour la semaine prochaine ont aussi été annulées.

Ce dont on parle dans mon petit village, ce n’est pas des coupures d’électricité, ce n’est pas du manque de pétrole, mais c'est de "qu’est-ce qu’on va faire sans les touristes?"

Une citation deAnne-Marie Flynn, guide touristique et propriétaire d'un gîte à Santa Cruze del Norte, à Cuba


En 2025, environ 1,8 million de touristes étrangers se sont rendus à Cuba, contre 2,2 millions en 2024. C'est bien loin des 4,3 millions de visiteurs de 2019 et de l’objectif de 2,6 millions attendus l'année dernière. Et les chiffres de 2026 risquent d’être encore pires, si la situation persiste.


Des touristes prennent un bain de soleil tandis qu'un vendeur propose des cerfs-volants décorés du drapeau cubain.
Des touristes prennent un bain de soleil tandis qu'un vendeur propose des cerfs-volants décorés du drapeau cubain sur une plage près de La Havane, à Cuba.  Photo : Associated Press / Desmond Boylan

La première industrie de Cuba, c'est le tourisme, souligne Jacques Rivard, ancien journaliste de Radio-Canada et habitué de l’île.

Quand je viens, j’apporte une grosse valise de Tylenol, de médicaments, de vêtements, j’ai de l'argent à distribuer aux amis et aux femmes de chambre. Mais là, c’est l’équipe Trump-Rubio qui a pris les choses en main et je trouve ça terrible pour les Cubains qui n’avaient pas besoin de ça : ils n’ont déjà presque rien.

Le litre d'essence à 4 $ US

Des devises étrangères seraient les bienvenues au moment où le peso cubain est malmené, sa valeur ayant été divisée par 7 depuis 2021 par rapport au dollar américain. Il y a cinq ans, il fallait 64 pesos cubains pour obtenir 1 $ US; à l'heure actuelle, il en faut 460. Et ça se répercute partout, incluant sur le prix de l'essence.

M. Rivard, qui est déjà venu quatre fois à Cuba au cours des deux derniers mois, a pu assister aux difficultés vécues par les Cubains. Il n’y a plus de service d’autobus entre les villes, parce qu’il n’y a plus d’essence pour les alimenter. Pour les mêmes raisons, il n’y a plus de ramassage des ordures dans les villes, alors il y a des ordures qui brûlent partout, c’est terrible.


Une femme marche dans une rue jonchée d'ordures.
Depuis la capture du président Nicolas Maduro par les États-Unis, le Venezuela n'est plus autorisé à livrer du pétrole à Cuba, ce qui cause bien des perturbations, notamment dans le ramassage des ordures. Photo : Getty Images / AFP / YAMIL LAGE

On signale aussi le cas d’employés d’hôtels ne pouvant plus rentrer chez eux, faute de transports.

Outre les restrictions en matière de vente d’essence, les administrations publiques ne sont ouvertes que quatre jours par semaine et les écoles voient leurs heures d’ouverture restreintes. Des mesures qui ravivent le spectre de l'option zéro, le plan de survie extrême imaginé par Fidel Castro dans les années 1990, souligne le quotidien Les Echos.

Dans la foulée de la chute du mur de Berlin en 1989 et de celle de l'URSS deux ans plus tard, les approvisionnements de Cuba en pétrole, en médicaments, en lait en poudre et en pièces détachées avaient brutalement cessé, provoquant de graves pénuries.

Reste désormais à voir si le gouvernement actuel tiendra le coup ou s’il sera renversé sous les coups de boutoir trumpiens.

Jacques Rivard a sa petite idée sur la question. Si les plus âgés ont accepté leur sort, les jeunes veulent un changement de régime, lance-t-il. On verra, selon lui, si ce sera par Washington ou par Moscou, puisque les Russes sont toujours présents. On voit clairement le tiraillement politique, social et économique de Cuba, conclut l’ancien journaliste.

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