Intelligence artificielle 6 min de lecture

,L’intelligence artificielle, moteur de prospérité ou d’inégalités?

Auteur: user avatar admin Source: Radio Canada
Une révolution comme celle de l’IA pourrait-elle nous amener à une grande réflexion commune, sous forme de sommet ou de grande commission?, demande Gérald Fillion.  Photo : getty images/istockphoto
Une révolution comme celle de l’IA pourrait-elle nous amener à une grande réflexion commune, sous forme de sommet ou de grande commission?, demande Gérald Fillion. Photo : getty images/istockphoto

Les appels à un meilleur encadrement de l’intelligence artificielle (IA) se multiplient, mais les législateurs tergiversent. Pourtant, il n’y a pas une seconde à perdre! Pendant qu’on discute du troisième lien à Québec, de rumeurs d’élections ou des dernières menaces de Donald Trump, l'IA se déploie à vitesse grand V.

Dans une lettre publiée par le New York Times dimanche dernier, Rob Flaherty, l'un des dirigeants de la campagne présidentielle de Kamala Harris et ancien assistant de Joe Biden, écrit que le temps est venu de barrer la route aux géants de l'IA. Il soulève trois grandes préoccupations qui devraient nous faire réfléchir.

Premièrement, dit-il, il faut bien réaliser qu'à l'heure actuelle, ceux qui mènent le jeu constituent un petit groupe de dirigeants qui construisent des technologies qui vont changer l’économie pour des décennies. Et il n’y a pas d’élus parmi ces gens.

Rob Flaherty écrit que l’IA est devenue une infrastructure névralgique qu’on ne peut pas traiter comme un simple enjeu commercial. Il faut un encadrement réglementaire sérieux parce que c’est dans l’intérêt public de le faire, selon lui, comme dans le transport ferroviaire, les télécommunications ou les services publics.

Deuxièmement, à qui profite l’essor exceptionnel de l’intelligence artificielle?, demande Rob Flaherty. Il répond que l’IA pourrait mener au plus important transfert de richesse de l’histoire de l’humanité, avec presque tous les gains financiers qui iront à une poignée d’entreprises. Et cette richesse aura été générée à partir de nos données, de nos écrits, de nos discussions et de nos photos.

Et puis, Rob Flaherty va plus loin dans la réflexion en se demandant ce que les Américains sont véritablement en train de devenir en tant que nation. L'IA va perturber plus que l’économie, dit-il. Cela va perturber notre sens de l’identité, nos objectifs et nos appartenances. À mesure que les emplois seront plus précaires, l’isolement et la fragmentation sociale ne vont que grandir.

Les gouvernements doivent donc agir immédiatement pour faire en sorte que l’IA devienne un moteur de prospérité et non d’inégalités, affirme Rob Flaherty.

Plus de 600 milliards $ US en investissements

Ces géants de l’IA ont prévu des investissements de plus de 600 milliards de dollars américains en 2026, du jamais vu pour une nouvelle technologie ou une innovation. Amazon a annoncé l’injection de 200 milliards cette année, un niveau d’une telle ampleur que les investisseurs ont réagi négativement à cette annonce, l’action chutant d’environ 6 % vendredi dernier. Le titre d’Amazon a cédé plus de 15 % de sa valeur depuis le début du mois.

Alphabet, maison mère de Google, a annoncé la semaine dernière que ses dépenses en capital allaient doubler en 2026, à plus de 175 milliards de dollars américains. L’entreprise a perdu près de 10 % en bourse depuis le début du mois.

Meta prévoit investir davantage que les 70 milliards de dollars américains en dépenses en capital enregistrés en 2025. Et Microsoft va aussi dépasser en 2026 son niveau d’investissement de 2025, qui s’est élevé à 88 milliards.

En ajoutant Oracle au groupe, les investissements dépassent donc 600 milliards de dollars américains, une croissance de 36 % par rapport à 2025, selon une analyse publiée sur Investing.com (nouvelle fenêtre) (en anglais), soit quatre fois plus que les investissements prévus par les entreprises du secteur énergétique cotées en bourse aux États-Unis.

Et plus de 75 % des sommes prévues dans l’intelligence artificielle doivent être injectées dans la construction de nouvelles infrastructures.

La question qui est sur toutes les lèvres : ces investissements massifs vont-ils rapporter les dividendes attendus? L'autre question qui doit nous préoccuper tout autant : a-t-on bien mesuré les impacts de ces développements majeurs sur nos milieux de travail, nos emplois, nos économies locales, notre vivre-ensemble, ainsi que sur les inégalités et la désinformation?

Faut-il actionner le frein d’urgence?

Que vont faire les démocrates? Et nos décideurs politiques?

Rob Flaherty explique dans son texte que les démocrates aux États-Unis doivent beaucoup mieux se préparer aux effets de la révolution de l’intelligence artificielle. Son parti politique, dit-il, n’a pas su capter les répercussions néfastes de la mondialisation, de l’automatisation et d'Internet, ce qui a entraîné des millions de pertes d’emplois parmi les cols bleus aux États-Unis.

Depuis, les démocrates ont adopté des positions plus urbaines, cosmopolites et proches des cols blancs, alors que les républicains carburent à un populisme brutal et en colère.

Les démocrates, selon lui, doivent s’emparer de l’inquiétude que provoque l’IA dans la population. Alors que les géants de la technologie se sont rapprochés de Donald Trump, les démocrates doivent trouver des solutions et faire des propositions qui vont répondre aux craintes des Américains quant aux effets possibles de l’intelligence artificielle.

Au cours des dernières années, écrit Rob Flaherty, les élites de la Silicon Valley ont travaillé sans relâche à stopper la régulation de l’IA, ont dépensé des centaines de millions de dollars pour influencer les résultats électoraux et les législateurs.

Les excès des Bezos, Zuckerberg, Musk et compagnie représentent donc, selon lui, une cause qui pourrait rassembler des millions d’Américains, et les démocrates doivent le comprendre. Ce sont les cols blancs qui pourraient aujourd’hui voir leur vie perturbée par la révolution de l’IA.

Il ajoute : Nous devrions faire en sorte que les géants de l’IA paient pour la construction et l’alimentation énergétique des centres de données, mettent en place des standards de sécurité pour protéger les enfants et s’assurent que la technologie ne soit pas utilisée afin de réaliser des tâches pour lesquelles on ne peut pas garantir qu’elles soient bien faites, comme embaucher et congédier des travailleurs. Des politiques de ce type seraient certainement plus populaires que de rester à ne rien faire et laisser les géants de l’IA faire ce qu’ils veulent au nom de l’innovation.

Cette réflexion du démocrate Rob Flaherty pourrait-elle inspirer également nos leaders politiques?

Il y a quelques décennies, le Québec a tenu des grands rendez-vous. Je pense notamment au Sommet sur l’économie de Lucien Bouchard, en 1996. Une révolution comme celle de l’IA pourrait-elle nous amener à une grande réflexion commune, sous forme de sommet ou de grande commission?

Un tel rendez-vous serait peut-être bénéfique sur trois plans. D'abord, cela créerait une discussion sur un élément transformateur de notre économie, mais dont on ne parle pas suffisamment. Ensuite, cela nous donnerait l’occasion de nommer les effets économiques attendus, et donc de définir des solutions précises. Et surtout, cela nous permettrait d’entendre les acteurs du domaine de l’IA et de les questionner sur leurs actions.

Que voulons-nous? Utiliser l’extraordinaire outil de l’intelligence artificielle pour en faire un propulseur de notre économie et de nos possibilités? Ou laisser quelques géants américains déterminer notre avenir économique et social?

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