Ukraine

Guerre en Ukraine : les alliés planchent sur un après-guerre hypothétique

Auteur: Yves Bourdillon Source: Les Echos:::
Août 20, 2025 at 14:58
Les dirigeants présents à la Maison-Blanche ont convenu de la nécessité de fournir des garanties de sécurité à Kiev après la guerre, le 18 août 2025. (Photo ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP)
Les dirigeants présents à la Maison-Blanche ont convenu de la nécessité de fournir des garanties de sécurité à Kiev après la guerre, le 18 août 2025. (Photo ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP)

es chefs militaires de l'Otan ont discuté mercredi des garanties de sécurité à apporter à l'Ukraine, thème en vogue actuellement bien qu'il soit conditionné à un arrêt des combats.


Des plans sur la comète. Les chefs d'Etat-major des trente-deux pays de l'Otan se sont réunis par visioconférence ce mercredi. Sur le papier, le thème des discussions est important et conforme au principal engagement pris lors du sommet de lundi à la Maison-Blanche entre Donald Trump, son homologue ukrainien et les principaux dirigeants européens : l'organisation d'une force de sécurisation-dissuasion à déployer en Ukraine en cas d'accord de paix.

En pratique, ce projet a des chances infimes d'aboutir pour la bonne raison que le Kremlin martèle qu'il est totalement exclu d'accepter des troupes occidentales sur le sol ukrainien après la fin des combats. Cela serait, en effet, une humiliation pour Moscou, qui a fait du rapprochement de l'Ukraine avec l'Ouest un casus belli justifiant son intervention militaire en février 2022.

Faire la guerre pour empêcher l'Ukraine de rejoindre l'Otan, projet pourtant gelé à l'époque depuis 2008, pour se retrouver avec des contingents de l'Otan déployés à Kiev, semble donc impensable pour le Kremlin, sauf défaite militante russe, au demeurant improbable dans l'immédiat. L'Elysée martèle qu'il est hors de question de « demander la permission » à Moscou pour le déploiement de forces des alliés de Kiev. Mais de fait, un accord de paix précise habituellement les forces étrangères autorisées, donnant ainsi à chaque partie une sorte de veto.

 

Veto de facto de Moscou

Cela n'empêche pas les dirigeants occidentaux de se projeter sur l'avenir et d'envoyer des messages utiles de soutien à Kiev en planchant sur ce thème. Donald Trump a évoqué mardi soir, sans engagement ferme, un soutien aérien américain en cas de déploiement de troupes européennes au sol.

C'est Londres et Paris qui pilotent de facto ce projet en tant que coprésidents de la coalition des volontaires. Cette dernière compte 16 pays européens, ainsi que l'Australie et le Canada, mais manquent à l'appel trois poids lourds militaires - Allemagne, Italie et Pologne. Et ce, sans même évoquer les Etats-Unis, fidèles à leur stratégie antérieure, à vrai dire, à Donald Trump : « No boots on the ground » (pas de troupes au sol).

Le Kremlin a répliqué, mercredi, que s'occuper des garanties de sécurité de l'Ukraine sans se préoccuper de celles de la Russie, en clair sans tenir compte de son objection à voir son voisin se rapprocher de l'Ouest, ne « mènera nulle part ». Il a fait une contre-proposition qui ira aussi « nulle part », à savoir que les forces garantissant la sécurité de l'Ukraine pourraient compter, certes, des contingents occidentaux… mais à condition que la Chine soit impliquée aussi.

Comme dans le plan de paix proposé à Istanbul peu après le début de la guerre et refusé par Kiev, Pékin, proche allié de Moscou, disposerait d'un droit de veto sur les agissements de tous ces militaires… autant dire que ces derniers ne pourraient pas réagir à un manquement russe à ses obligations.

 

Nouveau missile de croisière

Samuel Charap, de Rand Corporation, résume sur X : « Soyons clairs : les Etats-Unis et l'Europe ne s'engageront pas dans une guerre contre la Russie si celle-ci envahit à nouveau l'Ukraine. On peut être tout à fait favorable à des engagements en faveur d'un cessez-le-feu. Mais ce débat est en train de s'éloigner de la réalité. » La seule sécurité pour l'Ukraine semble être effectivement la livraison d'armes, hic et nunc, pour tenir face aux offensives russes.

Ces dernières continuent d'ailleurs de grignoter le territoire ukrainien, avec la conquête, mercredi, des villages de Novoheorhiivka, Pankivka et Soukhetse dans l'est du pays. Une avancée qui semble inexorable, mais très lente : la Russie a conquis environ 0,7 % supplémentaire du territoire ukrainien depuis le printemps 2022.

Kiev mise de son côté sur son nouveau missile de croisière, le Flamingo, dont la production domestique en série vient de débuter et qui pourrait faire basculer le cours de la guerre. Ce missile qui serait dérivé du FP-5 britannique, pourrait emporter une charge explosive d'une tonne à 950 km/h sur 3.000 km. Quoique handicapé par sa signature thermique, il pourrait théoriquement frapper les trois quarts des 90 bases aériennes russes et la plupart de ses usines d'armements…

 

Un sommet Poutine-Zelensky très incertain

Autre opération hypothétique, le sommet bilatéral entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine tant voulu par Donald Trump. Le lieu, qui pourrait être Genève, Vienne, ou Istanbul, et la date, censée être d'ici quinze jours, ne sont pas fixés, mais la Maison-Blanche a prétendu avoir reçu la promesse du numéro un russe d'y participer.

Le Kremlin a toutefois répondu par une déclaration dilatoire soulignant la nécessité de préparer « méticuleusement » une rencontre… avant de proposer une rencontre à Moscou qui ne peut être que de l'ordre de la plaisanterie : il est une constante historique que les rencontres entre belligérants, sauf cas de capitulation, ne se déroulent jamais dans la capitale de l'un d'entre eux. Sans compter le risque très élevé que Volodymyr Zelensky soit éliminé physiquement dès son arrivée en Russie.

Cet éventuel sommet se heurte aussi au désir de Vladimir Poutine de nier au président ukrainien toute légitimité, et a fortiori un statut d'égal à égal.

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