Ukraine

Guerre en Ukraine : le Bureau ovale, 76 m2 qui peuvent changer l'histoire

Auteur: Yves Bourdillon Source: Les Echos:::
Août 18, 2025 at 11:03
Donald Trump, ses conseillers et Volodymyr Zelensky, dans le Bureau ovale, le 28 février. (Mystyslav Chernov/Ap/SIPA)
Donald Trump, ses conseillers et Volodymyr Zelensky, dans le Bureau ovale, le 28 février. (Mystyslav Chernov/Ap/SIPA)

Ce lundi, des dirigeants pesant plus de la moitié du PIB et des dépenses militaires mondiales vont s'entretenir avec Donald Trump à la Maison-Blanche, pour trouver une issue à la guerre en Ukraine.


Les 76 m2 les plus denses de l'histoire sur le plan géopolitique. Doivent s'entasser dans le Bureau ovale, durant deux ou trois heures ce lundi soir, rien de moins que les dirigeants de trois membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Etats-Unis, France et Royaume-Uni, 3.300 ogives nucléaires à eux trois), ainsi que deux grandes puissances économiques, l'Allemagne, quatrième économie mondiale, et l'Italie, quatrième exportateur mondial. Une concentration de décideurs d'un poids sans précédent, où que ce soit dans le monde.

Donald Trump et Volodymyr Zelensky doivent commencer par négocier en tête à tête, rencontre à haut risque dont Européens et Ukrainiens espèrent qu'elle ne sera pas un « remake » de l'altercation en direct devant les caméras du monde entier en février. Le président américain avait alors lancé « vous n'avez plus de cartes » à son hôte, tandis que le vice-président, J. D. Vance, lui reprochait de porter un treillis militaire et de n'avoir pas dit merci pour les fournitures de munitions.

Faire renoncer Zelensky à l'Otan et à la Crimée

Dans le bureau des présidents américains depuis 1934, où ils effectuent nombre de leurs déclarations solennelles, non loin de la « Situation Room » où ils suivent les crises, Donald Trump tordra-t-il le bras de son homologue ukrainien pour qu'il accepte, non seulement de renoncer à l'Otan et à la Crimée, à quoi se sont résignés les réalistes en Ukraine même si cela est impossible à assumer de jure, mais aussi l'abandon des places fortes militaires dans le Donbass ?

Ce qui serait un suicide militaire, puisque cela ouvrirait la route vers Kiev à l'armée russe à travers des plaines très difficiles à défendre. Le Kremlin reprendrait alors vraisemblablement la guerre ultérieurement, malgré les promesses de « robustes » garanties de sécurité faites par la Maison-Blanche. Les Ukrainiens savent ce que valent de tels engagements depuis qu'a été piétiné le mémorandum de Budapest de 1994 leur assurant des frontières intangibles en échange de l'abandon de l'arsenal nucléaire hérité de l'URSS.

Donald Trump et Volodymyr Zelensky seront donc rejoints vers 21 heures heure de Paris, selon l'ébauche de programme circulant à Washington, par Keir Starmer, Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Giorgia Meloni, ainsi que par Mark Rutte, le secrétaire général de l'Otan, certainement l'alliance militaire la plus réussie de tous les temps, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Dans le vif du sujet

Sans oublier, incongruité diplomatique, le président de la Finlande, Alexander Stubb, convié là du seul fait d'excellentes relations personnelles avec Donald Trump, avec lequel il partage une passion pour le golf.

Mark Rutte est aussi réputé habile dans les louanges, l'italienne Giorgia Meloni étant proche, pour des raisons idéologiques, du président américain, tout comme le britannique Keir Starmer au nom de la « relation spéciale » entre Londres et Washington. Friedrich Merz et Emmanuel Macron savent aussi être chaleureux avec l'homme le plus puissant de la planète.

Cela importe pour faire valoir des intérêts géopolitiques, car le président américain est notoirement sensible à la flatterie, dont les divers intervenants ne seront donc certainement pas avares. Passé les incontournables louanges sur sa volonté de paix, il faudra toutefois entrer dans le vif du sujet, à savoir les concessions acceptables et celles qui ne le seront assurément pas, sauf à vassaliser complètement l'Ukraine à la Russie, pour Kiev comme pour l'Europe, dont la sécurité est en jeu.

 

Les dirigeants européens feront vraisemblablement valoir au président Trump que l'Europe s'avère cruciale pour la prospérité des Etats-Unis.

 

Les dirigeants du Vieux Continent pourront faire valoir ce qu'ils pèsent sur le plan militaire, s'il s'agit de garantir la sécurité de l'Ukraine, et économique, dans la perspective de sanctions sur la Russie. Les dépenses militaires combinées des alliés européens de Kiev, les Vingt-Sept plus le Royaume-Uni, se montaient à 340 milliards de dollars l'an dernier, 15 % du total mondial. Certes loin des quelque 900 milliards des Etats-Unis, mais devant les 266 milliards de la Chine et les 126 milliards de la Russie. Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Ukraine figurent respectivement au 4e rang, 5e, 7e, 9e et 10e rangs des dépenses militaires mondiales.

Pour les sanctions, alors que les Etats-Unis ont peu de leviers sur le Kremlin, puisqu'ils n'absorbent que 1 % du total des exportations de Moscou, les pays européens pèsent vraiment. L'Union européenne, un débouché avant la guerre des deux tiers des exportations russes, a d'ailleurs instauré 19 paquets de sanctions qui, après deux ans sans effets spectaculaires, commencent à déstabiliser l'économie russe. Le Royaume-Uni, pour sa part, est une plaque tournante de niveau mondial des transactions financières.

Derrière le Resolute Desk

Les dirigeants européens feront vraisemblablement valoir au président Trump que l'Europe, dont la sécurité et la stabilité sont en jeu, s'avère cruciale pour la prospérité des Etats-Unis, pivot vers l'Asie ou pas : c'est le premier débouché de ses exportateurs, avec 430 milliards de dollars, environ un cinquième du total, et son premier fournisseur, avec environ 600 milliards de dollars, soit là encore 20 % du total de ce qu'ils achètent.

Reste à savoir si Donald Trump sera sensible à leurs arguments, assis devant la cheminée, comme il en a l'habitude quand il reçoit, ou bien siégeant, pour incarner décision et détermination, derrière le Resolute Desk. Un cadeau en 1880 de la reine Victoria en gage de paix et d'alliance, en chêne imputrescible.

Yves Bourdillon

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