English Français
Japon 5 min de lecture

Le Japon accélère son virage militaire face aux menaces de la Chine

Source: Radio Canada
Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi (Photo d'archives)  Photo : Reuters / Eugene Hoshiko
Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi (Photo d'archives) Photo : Reuters / Eugene Hoshiko

Face aux ambitions croissantes de la Chine rivale, le Japon muscle d’une façon inégalée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ses capacités militaires, ce qui pourrait modifier l’équilibre des forces en Asie.

Preuve du virage de Tokyo, l'annonce cette semaine du déploiement de missiles de conception nationale à longue portée, capables d’atteindre des cibles situées jusqu’à environ 1000 kilomètres.

Ces missiles, déployés sur l’île de Kyushu, dans le sud-ouest du pays, seront désormais à portée d’une partie du littoral chinois, de la Corée du Nord et des environs de Taïwan, où la Chine et le Japon se disputent des îles.

Le Japon a également déployé ces derniers jours de nouveaux missiles hypersoniques, des armes capables de manœuvrer à très haute vitesse et qui sont particulièrement difficiles à intercepter.

Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, avance qu’il s’agit d’une initiative d’une importance capitale pour renforcer les capacités de dissuasion et de réponse du Japon, qui avait adopté après la Seconde Guerre mondiale une nouvelle constitution limitant l’usage des forces armées à la légitime défense.

Mais le Japon fait désormais face à l’environnement de sécurité le plus grave et le plus complexe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, affirme le ministre Koizumi, dont le pays avait adopté en 2022 une nouvelle stratégie de sécurité nationale intégrant le concept de capacité de contre-attaque.

C'est une évolution graduelle. Cela fait longtemps que la Chine inquiète le Japon, et les déploiements de missiles sont le résultat de décisions prises sur des années et même des décennies.

Une citation deRobert Dujarric, codirecteur du département d’études asiatiques de l’Université Temple Japan


Ce changement d’approche ne fait toutefois pas l’unanimité. Des Japonais s’inquiètent de voir les bases militaires devenir des cibles potentielles en cas de conflit, alors que d’autres dénoncent un manque de consultation publique.

Des défis logistiques associés à cette nouvelle approche militaire devront de plus être résolus. Le Japon doit notamment développer ses capacités de stockage de munitions, trouver des sites d’entraînement et améliorer l’intégration de ses systèmes avec ceux de son allié américain.

Un homme participe à un exercice de parachutisme.
Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a participé à un exercice militaire, en janvier 2026. Photo : Reuters / Kim Kyung-Hoon

Renforcer la défense des îles éloignées

Le Japon s’apprête de plus à franchir une nouvelle étape en créant ce mois-ci un bureau de planification de la défense du Pacifique.

Cette structure, placée sous le ministère de la Défense, aura pour mission de coordonner les efforts militaires dans une région où Tokyo estime que ses capacités restent insuffisantes.

Le ministre Shinjiro Koizumi a qualifié le renforcement de la défense du Pacifique de priorité urgente, soulignant que certaines zones demeurent dans un état de vulnérabilité défensive.

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, se plaçant ainsi en conflit avec plusieurs pays d’Asie. La Chine inquiète de plus en plus les autorités japonaises, car elle a intensifié ses activités autour de l’archipel ces dernières années, multipliant les incursions aériennes et les déploiements navals.

L’été dernier, deux porte-avions chinois ont même été envoyés loin dans le Pacifique occidental.

Face à cette pression, Tokyo entend renforcer ses positions dans ses territoires les plus isolés.

L’île d’Iwoto, anciennement appelée Iwo Jima, qui a été le théâtre de combats sanglants lors de la Seconde Guerre mondiale, est appelée à devenir une base avancée stratégique.

Des projets de modernisation des infrastructures portuaires, de déploiement de radars et de renforcement des capacités logistiques y sont à l’étude.

Le gouvernement japonais envisage également la création d’une zone d’identification de défense aérienne au-dessus des îles Ogasawara, une région qui échappe en grande partie à la surveillance japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Première participation à des exercices de combat depuis 1945

Tokyo renforce également ses partenariats régionaux en Indo-Pacifique, dans une logique de dissuasion envers la Chine.

Pour la première fois depuis 1945, des troupes japonaises participeront comme forces de combat aux exercices militaires Balikatan, organisés chaque année par les Philippines.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Japon occupait l’archipel philippin. Il y retournera en tant que partenaire de défense aux côtés des forces philippines, américaines, canadiennes et australiennes.

Après 1945, pour la toute première fois, nous aurons de nouveau des troupes de combat japonaises sur le sol philippin. C’est très significatif et, cette fois, nous sommes du même côté, a déclaré la semaine dernière le chef des forces armées philippines, Romeo Brawner Jr.

Les exercices, qui doivent débuter le 20 avril, seront les plus vastes jamais organisés et incluront des scénarios de défense côtière, de cybersécurité et d'évacuation de civils.

Officiellement, ces manœuvres ne visent aucun pays, mais leur ampleur et leur nature s’inscrivent dans un contexte de rivalité avec la Chine, notamment en mer de Chine méridionale.

La participation japonaise est facilitée par un accord d’accès réciproque, signé avec Manille, qui permet aux forces des deux pays d’opérer sur leurs territoires respectifs.

Cet accord ouvre la voie à une coopération militaire plus étroite, voire à des déploiements réguliers. Ces dernières années, les accrochages entre navires chinois et philippins se sont intensifiés autour de zones disputées près des Philippines, comme le récif de Second Thomas.

Le Canada impliqué

Le Canada est désormais un acteur de ce rééquilibrage régional.

Jusqu’ici, il participait aux exercices Balikatan à titre d’observateur. Mais, en vertu d’un accord signé l’automne dernier, il devrait devenir le troisième participant en importance à ces exercices.

En entrevue au Maple Leaf Navy Magazine en février dernier, l’ambassadeur canadien en poste aux Philippines, David Hartman, a souligné que cette intensification des contacts témoigne de l’ampleur et de la portée croissante de la relation de défense entre les deux pays.

Follow
Publicité
Mot clé

Publicité
Vous n'avez pas utilisé le site Web, Cliquer ici pour maintenir votre état de connexion. Temps d'attente: 60 Secondes