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« Plus rien ne sera jamais comme avant » : l'eldorado économique perdu des pays du Golfe

Source: Les Echos:::
Le port Jebel Ali de Dubaï a été touché par des attaques iraniennes. (Photo Fadel Senna/AFP)
Le port Jebel Ali de Dubaï a été touché par des attaques iraniennes. (Photo Fadel Senna/AFP)

La croissance économique de la région va être revue à la baisse cette année en fonction de la durée du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran. Mais au-delà, c'est l'idée de havre de paix de ces pays qui est remise en cause.

Par Guillaume de Calignon

La guerre que mènent les Etats-Unis et Israël contre l'Iran risque de faire très mal aux économies du golfe Persique. Confrontés à la fermeture du détroit d'Ormuz par lequel passe la grande majorité des exportations d'hydrocarbures et avec des installations de stockage approchant de leur pleine capacité, de nombreux pays ont commencé à arrêter d'exploiter certains puits, notamment les Emirats arabes unis, le Koweït et l'Arabie saoudite.

Le Qatar, grand exportateur de gaz naturel liquéfié, a, lui aussi, été obligé de mettre à l'arrêt sa production. Or, dans les six pays de la région qui composent le Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe - l'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, Oman, Bahreïn et le Koweït -, les hydrocarbures représentent 30 % du PIB, les deux tiers des exportations et 64 % des recettes fiscales en moyenne. Autant dire que l'économie est aujourd'hui à l'arrêt ou presque.

Croissance en nette baisse

« Seuls l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis détiennent des pipelines qui leur permettent de contourner le détroit d'Ormuz. Cependant, ces infrastructures peuvent être vulnérables à des risques, comme cela a été le cas pour un oléoduc saoudien en 2019 qui avait été endommagé par des attaques attribuées aux forces des Houthis », rappelle Stéphane Alby, économiste chez BNP Paribas. Evidemment, tout dépendra de la durée de la guerre.

Si le conflit ne se poursuit que quelques semaines, mais que les dégâts causés aux infrastructures énergétiques sont limités et rapidement réparés, tandis que le détroit d'Ormuz rouvre, alors les économies s'en sortent sans trop de dommages. La croissance de la région passerait de 4,4 % prévus cette année avant le début de la guerre, à 2,3 %, anticipent les économistes d'Oxford Economics. Mais en cas de fermeture de plusieurs mois du détroit et d'une guerre qui s'enlise, alors le Qatar et le Koweït pourraient voir leur PIB chuter de plus de 10 % cette année, selon les experts du cabinet Capital Economics.

L'autre problème, c'est que les Gardiens de la révolution iraniens ont visé des pays, censés jusqu'ici être des havres de paix. Ils doivent donc aussi gérer la dégradation de leur image. Pour cela, rien de mieux que la censure, notamment sur les réseaux sociaux.

Le Qatar a interpellé plus de 300 personnes accusées d'avoir « filmé et diffusé des séquences vidéo, et publié des informations trompeuses ainsi que des rumeurs », selon les autorités qataries. A Bahreïn, aux Emirats et au Koweït, des arrestations pour les mêmes motifs ont été effectuées. Mais il est impossible pour ces pays d'empêcher que le secteur du tourisme soit touché. Or, « l'hôtellerie, les transports, le commerce de détail et la restauration représentent 40 % du PIB de Dubaï », souligne l'économiste de BNP Paribas.

VIDEO - Le blocage du détroit d'Ormuz pourrait coûter très (très) cher






Il est probable que la capacité de certains pays de la région du Golfe, comme par exemple les Emirats arabes unis, à attirer des capitaux étrangers et des travailleurs, se posera une fois la guerre terminée. Finalement, c'est le modèle économique du pays, à la fois place financière, plaque tournante logistique et destination touristique, qui pourrait potentiellement être remis en cause.

Une certaine résilience

Les pays du golfe Persique gardent toutefois des avantages. D'abord sur le plan conjoncturel. C'est une des rares régions du monde dans laquelle l'activité a accéléré l'an passé et devait encore progresser cette année, avant que la guerre contre l'Iran commence. Le chômage est historiquement bas en Arabie saoudite, la production pétrolière a rebondi dans les Etats du Golfe depuis près d'un an et les activités non liées aux hydrocarbures progressaient rapidement avant le début du conflit.

Ensuite sur le plan structurel, « la région bénéficie d'une solide résilience face aux chocs. Elle affiche un excédent public et un excédent extérieur, une dette publique maîtrisée légèrement supérieure à 30 % du PIB et elle dispose de 5.000 milliards de dollars d'actifs gérés par les fonds souverains du Golfe, qui constitue un important filet de sécurité en cas de difficultés », poursuit-il.

Alors, la région pourra-t-elle rebondir ? Peut-être ? mais « rien ne sera plus jamais comme avant », prévient Samy Chaar, le chef économiste de Lombard Odier. « Le Golfe ne sera plus ce petit eldorado, un peu coupé des fracas du monde. »

Pour lui, « le sujet de la défense et de la sécurité économique, de l'alimentation à l'eau, va redevenir durablement une contrainte majeure pour les pays du Golfe qui sont, en quelque sorte, rappelés à la réalité par ce conflit. Car, tant qu'il n'y aura pas de solution politique à la question posée par le Hezbollah, le Hamas et les ayatollahs chiites iraniens, Israël, dont l'armée est la plus puissante du Moyen-Orient, aura tendance à se lancer régulièrement dans des opérations militaires pour régler le problème ».

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