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Le théâtre guerrier de Donald Trump, nouvel épisode

Source: Radio Canada
Le président américain Donald Trump après avoir prononcé un discours sur l'énergie au port de Corpus Christi, au Texas, le 27 février 2026. PHOTO : GETTY IMAGES / MANDEL NGAN / AFP
Le président américain Donald Trump après avoir prononcé un discours sur l'énergie au port de Corpus Christi, au Texas, le 27 février 2026. PHOTO : GETTY IMAGES / MANDEL NGAN / AFP

Il n’y a plus de faux-semblants, le Rubicon a été franchi : Israël et les États-Unis veulent abattre, par la violence, la République islamique d’Iran, en place depuis 1979 à Téhéran. L’annonce par Donald Trump, confirmée par la télévision d’État iranienne, de la mort du guide suprême, Ali Khamenei – 87 ans, dont 36 à la tête de l’Iran –, a le potentiel de redessiner le Moyen-Orient.

Washington vise la décapitation du régime, la destruction de ses moyens militaires, mais ne semble pas prêt à finir lui-même le travail et compte sur un peuple iranien idéalisé, et présumément uni, pour prendre le relais.

Dans la nuit, après la confirmation de la mort de l’ayatollah Khamenei, les scènes de liesse se sont multipliées dans des villes iraniennes, comme au sein de la diaspora.

Des bombes tomberont partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra de le prendre, a d’ailleurs dit Trump au début de cette opération. Faire tomber un gouvernement uniquement avec des bombardements aériens? Ce serait du jamais vu, une nouveauté de la théorie militaire.

Inéluctable

Le roulement de tambour guerrier allait crescendo depuis des semaines. Par son propre effet d’entraînement, le mouvement vers la guerre était devenu irrésistible, presque inéluctable.

Les bombardements à peine commencés, l’agence Reuters a d’ailleurs cité une source anonyme israélienne affirmant que la planification des bombardements remontait à plusieurs mois, et que la date du 28 février était arrêtée depuis des semaines.

Le cycle de négociations Iran-États-Unis, à Oman, puis en Suisse, entrepris le 6 février, n’était peut-être qu’une feinte, un simulacre, du théâtre. Du théâtre américain. Un casus belli : mener une négociation sachant qu’elle va échouer pour ensuite justifier sa guerre.

Les forces cumulées par les États-Unis depuis la mi-janvier, alors que le régime massacrait sa propre population, sont massives : un porte-avions en mer d’Arabie, un autre en Méditerranée, des destroyers dans le golfe d’Oman, dans le golfe Persique, tout juste face à l’Iran. Des avions furtifs dernier cri F-22, pouvant échapper aux radars, déployés en Israël même, ce qui est rare.

Plus des troupes et des avions dans des bases au sol en Jordanie, à Bahreïn, au Qatar, etc. Et jusqu'à 30 000 soldats sur un pied de guerre.

On ne rassemble pas une telle puissance destructrice uniquement pour faire de l’intimidation. Et parmi les personnes tuées durant le premier jour de cette nouvelle guerre, il n’y avait pas que des vilains : y figurent des dizaines de fillettes dans une école du sud du pays.

Objectifs clairs, méthode incertaine

Si l’objectif général et l’esprit de cette déclaration de guerre paraissent clairs dans leurs grandes lignes, le flou et le brouillard surgissent dès qu’on passe aux détails. Bref, l’objectif est maximaliste – un changement de régime à Téhéran –, mais les moyens affectés à l'opération semblent exclure d’emblée toute invasion au sol.

L'analyse de la vidéo de huit minutes publiée par Trump sur son réseau Truth Social et de ses déclarations informelles permet de cerner quelques objectifs intermédiaires. L’administration américaine souhaite provoquer ultimement la chute de la dictature, détruire les installations et le programme nucléaire iraniens, que Washington avait prétendu avoir annihilés en juin 2025, et décimer les missiles à moyenne et longue portée de l’Iran, l’une des forces réelles du régime. Ce dernier objectif est une véritable obsession des Israéliens, qui cherchent à obtenir une suprématie militaire absolue dans tout le Moyen-Orient.

Washington espère quant à lui que la mort de Khamenei et d’autres dirigeants suscitent de nouvelles manifestations pour forcer le gouvernement à céder à la rue. Mais si, au contraire, les bombardements impérialistes avaient aussi pour effet, auprès d’une partie de la population, de susciter un ralliement patriotique favorable au régime? Ce facteur est difficile à quantifier, même si le noyau dur d’appui aux autorités semble désormais très minoritaire en Iran.

Autre objectif crucial : imposer un silence complet aux alliés régionaux de Téhéran, les forcer à rompre avec le patron ou l’ex-patron iranien. Il sera ici crucial de voir si le Hezbollah libanais se tiendra tranquille, poussé dans cette direction par la population non chiite du Liban, ou si, au contraire, il voudra – et pourra – embarquer dans une éventuelle campagne de représailles contre les États-Unis et surtout Israël.

Une source du Hezbollah avait déclaré juste avant l’ouverture des hostilités qu’une attaque contre le guide suprême mettant sa vie en danger représenterait une ligne rouge au-delà de laquelle des représailles seraient tentées.

Tous ces développements révèleront tôt ou tard si le conflit sera de durée limitée, ou si l'opération s'étirera de façon indéfinie.

La stratégie iranienne : étendre le conflit

De son côté, l’Iran paraît prêt à régionaliser le conflit en s'en prenant aux alliés des États-Unis. Dès les premiers bombardements, Téhéran a visé des bases américaines au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, en plus de cibler directement, et avec force, Israël.

Les pays arabes décideront-ils d'autoriser les Américains à frapper à partir de leurs bases? C’est une inconnue, tout comme celle du soutien des alliés de l'Iran, soit le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais et les Houthis du Yémen. Pousseront-ils à l’escalade régionale?

Mais l’affaiblissement, ces deux dernières années, du Hamas et du Hezbollah, doublé de l’hésitation – ou la froideur – d’autres alliés de principe de Téhéran, comme la Chine et la Russie, pourrait au final isoler la République islamique. Bref, sa stratégie d’extension du conflit pourrait simplement faire pschitt.

Détourner l’attention?

Au-delà des considérations de nature géopolitique ou sécuritaire légitimes, il est un autre aspect qui peut, c’est connu, pousser un dirigeant à fuir en avant vers la guerre : l’aspect des intérêts politiques personnels.

À l’interne, Donald Trump est en proie à des difficultés croissantes. La Cour suprême a porté un coup dur à sa politique tarifaire, le scandale Epstein est un véritable cloaque, l'aventure de l'ICE s'enlise dans l'ignominie, et une série de résultats électoraux et de sondages très défavorables se succèdent. Pour changer de sujet, la scène internationale reste son terrain de prédilection.

Bien qu'il ait toujours joué au non-interventionniste, et à l’homme qui ne déclenche pas de guerres, la réalité est tout autre.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a frappé militairement au Yémen, en Somalie, au Nigeria, en Irak, en Syrie, au Venezuela et désormais en Iran. Et si cette troisième guerre du Golfe s’éternisait, ou se répercutait sur les cours du brut, Trump pourrait devoir affronter un autre adversaire : son mouvement MAGA qui lui demande de restituer la grandeur de l’Amérique et non de s'enliser dans des conflits au loin.

Trump l’impérialiste, tout en prenant ses libertés avec les faits, notamment dans son discours vidéo, prend de plus en plus goût aux aventures étrangères. Elles semblent être pour lui le terrain de succès faciles. Cette première journée dévastatrice pour le régime iranien ressemble à un tel succès, de son point de vue.

En février et en mars 2003, tout juste après l’incursion de l’armée américaine en Irak, tout semblait aller si rondement. Et on connaît la suite...

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