Le conflit au Moyen-Orient fragilise les économies d’Asie en plus d’offrir à la Chine une occasion stratégique de renforcer son influence géopolitique.
Dès les premiers jours de la guerre, les États-Unis ont redéployé des ressources militaires importantes vers le Moyen-Orient, entre autres des systèmes de défense antimissile déployés en Corée du Sud et un groupe aéronaval auparavant positionné en mer de Chine méridionale.
Ce redéploiement soulève des inquiétudes chez les alliés asiatiques de Washington.
Selon des analystes, cette décision envoie un signal troublant puisque Washington affirmait encore en début d’année au Sommet Shangri-La sur la sécurité dans la région que l’Indo-Pacifique était la priorité stratégique américaine.
En Corée du Sud, le déplacement de composantes du système antimissile balistique THAAD, initialement déployé là-bas pour contrer la menace nord-coréenne, est perçu comme un affaiblissement de la posture défensive.
Cette impression d’un engagement américain moins solide alimente les doutes dans toute la région.
Si nous dépendons des autres, il arrive que cette dépendance s’effondre, a reconnu le président sud-coréen, Lee Jae-myung, cité dans le New York Times.
Le Dr John Calabrese, chercheur associé au Middle East Institute, estime que le redéploiement de systèmes de défense antimissile depuis la Corée du Sud envoie le signal clair qu’un transfert du fardeau sécuritaire vers les alliés d’Asie de l’Est semble inévitable.
Au-delà de la crise immédiate, un réajustement structurel plus profond se dessine. L’armée américaine est désormais sollicitée sur plusieurs fronts : en Iran, en Occident et dans le cadre de ses engagements de longue date en Asie de l’Est, écrit-il dans la revue asiatique The Diplomat.
Un contexte favorable à Pékin
Si de nombreux pays d’Asie souffrent du manque d’approvisionnement en pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, la Chine semble mieux préparée, ce qui pourrait l'avantager sur plusieurs plans.
Grâce à des réserves pétrolières importantes, à une électrification accrue de son économie et à des investissements massifs dans les énergies renouvelables, Pékin est moins exposée aux fluctuations immédiates des prix du pétrole.
La guerre offre de plus à Pékin l’occasion de critiquer la politique étrangère américaine et de se présenter comme un partenaire plus stable et fiable.
Les médias de propagande chinois n’ont d’ailleurs pas tardé à dénoncer ce qu’ils qualifiaient dès le début d’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient.
Le conflit pourrait donner à la Chine davantage de marge de manœuvre sur les plans militaire et diplomatique.
En mer de Chine méridionale, les activités chinoises se poursuivent, notamment la construction d’infrastructures sur des récifs contestés.
La pression reste constante autour de Taïwan avec des incursions quotidiennes d’avions et de navires militaires chinois au-delà de la ligne médiane du détroit.
Pour Alicia Garcia-Herrero, économiste et spécialiste de la Chine au groupe de réflexion européen Bruegel, la situation actuelle pourrait même accélérer les ambitions de Pékin concernant Taïwan.
La Chine veut placer Taïwan au sommet des priorités et [avec la guerre américano-israélienne contre l'Iran] Donald Trump n’a plus vraiment de levier de négociation. Il pourrait donc être fortement poussé à se montrer plus conciliant, voire à envisager l’arrêt des ventes d’armes à Taïwan, soutient-elle en entrevue à Radio-Canada.
Elle va plus loin en évoquant un risque accru d’escalade dans le détroit de Taïwan.
La possibilité d’un conflit armé, même bref, est maintenant très élevée dans l’esprit de Xi Jinping, croit-elle.
Une capacité industrielle militaire limitée
Le conflit au Moyen-Orient met aussi en lumière les limites de la capacité industrielle militaire américaine, selon des analystes.
Le rythme élevé d’utilisation de missiles soulève des inquiétudes quant aux stocks disponibles.
Certains alliés des États-Unis, comme le Japon et Taïwan, anticipent déjà des retards dans la livraison d’équipements militaires commandés depuis plusieurs années.
Ce constat pousse maintenant certains pays à revoir leur stratégie en matière d’armement, et l’idée d’une plus grande autonomie semble gagner du terrain.
Le Japon développe depuis peu ses propres capacités de frappe à longue portée.
Des analystes américains avertissent que cette dynamique pourrait alimenter une course aux armements entre puissances régionales en Asie dans un contexte où la confiance envers les garanties de sécurité américaines s’effrite.