L'Iran a tiré un missile balistique vers le réacteur nucléaire israélien de Dimona, considéré comme le coeur du programme nucléaire israélien. L'Etat hébreu maintient l'ambiguïté sur son existence depuis des décennies.
« Nous ne serons pas les premiers à introduire des armes de destruction massive au Moyen-Orient » : tous les dirigeants israéliens depuis plus d'un demi-siècle répètent cette formule tel un leitmotiv, lorsqu'ils sont interrogés sur un arsenal atomique. Ce dernier aurait été produit dans le centre de recherche nucléaire de Dimona, situé dans le désert du Néguev dans le sud du pays. Il a été ciblé ce week-end par un missile balistique iranien tombé à cinq kilomètres, dans une zone résidentielle de la ville voisine, y faisant plusieurs dizaines de blessés.
Selon tous les experts militaires étrangers, il ne fait toutefois aucun doute que l'Etat hébreu est doté de l'arme nucléaire sous forme d'une centaine d'ogives, voire du double grâce à la production de plutonium pour des missiles dotés de matière fissile. Détails importants : l'Etat hébreu n'est pas signataire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et refuse de soumettre ses installations, dont la centrale de Dimona, à des inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) située à Vienne.
« Dimona est sans doute l'endroit le plus sûr en Israël. Nous pensions être en sécurité ici », témoignaient dimanche des habitants de cette ville désertique de près de 40.000 habitants. Dimona avait déjà été prise pour cible lors de guerres précédentes, mais la frappe de samedi marque une escalade significative qui la replace au centre de l'attention mondiale, dans un contexte où l'AEIA ne cesse d'appeler les belligérants « à la retenue militaire maximale » pour éviter tout risque d'accident nucléaire.
Un réacteur construit par la France
Pour le centre de Dimona tout a commencé dans les années 1950, lorsque la France, à l'époque principale alliée de l'Etat hébreu, y a construit un réacteur nucléaire et une usine de traitement du plutonium. Les deux pays avaient un ennemi commun : le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui soutenait le FLN en pleine guerre d'Algérie. Par la suite, le général de Gaulle a mis progressivement un point final à cette coopération nucléaire.
Mais le réacteur français opérationnel depuis 1963 a continué à fonctionner alors qu'il était conçu pour ne le faire que quarante ans. En 2016, le quotidien israélien « Haaretz » a révélé un rapport d'experts dénombrant 1.537 fissures et autres anomalies dans le coeur en aluminium du réacteur. La Commission de l'énergie atomique israélienne a reconnu l'existence de ces « défauts » mais assuré qu'ils ne présentaient pas de risques immédiats.
En 2021 des images satellites ont permis de détecter d'importants travaux d'extension sur le site de Dimona. Cela pourrait suggérer qu'Israël cherche soit à prolonger l'installation actuelle, soit à construire de nouvelles infrastructures pour pallier sa vétusté.
Omerta israélienne
Considéré comme un site ultrasensible, le réacteur de Dimona est protégé par un réseau de batteries de défense aérienne très dense. Il est interdit de s'en approcher, d'en prendre des photos ou d'utiliser des compteurs Geiger pour mesurer le niveau de radioactivité à proximité, comme l'a révélé un documentaire de la « 13 », une chaîne de télévision privée.
Pour avoir violé cette omerta, Mordechai Vanunu, un ancien technicien employé de la centrale, a payé le prix fort. Il a pris des photos et recueilli des données techniques de manière clandestine qu'il a ensuite transmises au « Sunday Times » en 1986. Ces preuves ont permis, selon le journal britannique, de conclure qu'Israël disposait d'un arsenal nucléaire beaucoup plus avancé que les experts ne le pensaient jusque-là.
La sanction ne s'est pas longtemps fait attendre pour le technicien. Une agente du Mossad, usant de ses charmes, l'a attiré à Londres puis à Rome où il a été drogué et enlevé, avant qu'il soit secrètement transféré en Israël. Condamné pour trahison et espionnage, il a purgé dix-huit ans de prison, dont onze ans en isolement total. Libéré en 2004, il reste depuis soumis à des restrictions strictes. Il lui est interdit de quitter Israël, de parler à des journalistes ou à des ressortissants étrangers et de s'approcher des ambassades étrangères.