L'armée iranienne a menacé mercredi d'étendre son emprise sur d'autres routes maritimes cruciales de la région si les États-Unis maintiennent leur blocus naval dans le détroit d'Ormuz.
Sur le terrain, l'Iran verrouille toujours le détroit d'Ormuz et Washington impose depuis lundi un blocus en provenance ou à destination des ports iraniens.
Si la situation perdure, les forces armées iraniennes ne permettront pas la poursuite des exportations ou des importations dans le golfe Persique, sur la mer d’Oman ou sur la mer Rouge, a affirmé le général de division Ali Abdollahi dans un communiqué relayé par l’agence semi-officielle iranienne Tasnim.
Il n'a pas précisé la forme que prendrait le blocage en mer Rouge, qui pourrait être effectué par les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran.
Si le blocus crée de l’insécurité pour les navires marchands et les pétroliers iraniens, Téhéran considérera qu'il s'agit d'une violation du cessez-le-feu auquel les parties ont consenti la semaine dernière, a ajouté ce haut responsable militaire iranien, qui supervise les opérations conjointes de l’armée et des Gardiens de la révolution islamique.
L’armée américaine a déclaré avoir totalement interrompu les échanges commerciaux maritimes de l’Iran, faisant valoir qu'environ 90 % de l'économie iranienne dépend du commerce maritime.
Aucun navire commercial en provenance ou à destination des ports iraniens n’a échappé au blocus naval au cours des 48 premières heures, a soutenu le commandement central américain, cité par le New York Times.
Pendant cette période, neuf navires liés à l’Iran ont obéi aux ordres radio des navires de la marine américaine postés dans la mer d’Oman, faisant demi-tour vers un port iranien, a précisé l'armée américaine dans un communiqué.
Celle-ci a indiqué que plus de 10 000 militaires, appuyés par des dizaines d’avions et de navires de guerre, participent à cette mission.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a refusé de dire pendant combien de temps le blocus pourrait se prolonger.
Je ne fixerai jamais de calendrier au nom du président des États-Unis, a-t-elle déclaré au cours d'un point de presse.
Le blocus [...] a été pleinement mis en œuvre et il est appliqué aux navires de toutes les nations à destination ou en provenance des ports iraniens.
Une citation deKaroline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche
Avant le conflit, qui a entraîné une flambée des prix des hydrocarbures, environ le cinquième du trafic mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitait par le détroit d'Ormuz.
Karoline Leavitt a martelé que les prix à la pompe ont baissé depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.
Il y a une perturbation à court terme, mais encore une fois, elle s’inscrit dans l’objectif stratégique à long terme de faire en sorte que ces terroristes ne puissent pas posséder une bombe nucléaire, s'est-elle défendue.
À ses côtés, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, s'est dit optimiste de voir le prix du pétrole retomber sous le seuil des 4 $ US le gallon (environ quatre litres) d'ici le 20 juin.
La moyenne nationale compilée mercredi par l'American Automobile Association (AAA) dépassait 4,10 $ US le gallon. Plusieurs experts estiment que ce prix continuera de monter.
Avant la campagne militaire lancée le 28 février par le président américain, le prix du gallon était de 2,98 $US, selon l'AAA.
À quelques semaines d'un voyage crucial à Pékin, Donald Trump a par ailleurs assuré avoir convaincu les autorités chinoises de la pertinence de sa stratégie.
La Chine est très heureuse que j'ouvre de manière permanente le détroit d'Ormuz, a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, affirmant que ses interlocuteurs chinois avaient accepté de ne pas envoyer d'armes à l'Iran.
Le président Xi me fera un gros câlin quand j'arriverai là-bas, dans quelques semaines, a-t-il ajouté.
La Maison-Blanche dit avoir bon espoir d'en arriver à un accord
Commentant des informations publiées par certains médias, la porte-parole de la Maison-Blanche a réfuté que les États-Unis aient demandé une extension du cessez-le-feu, qui expirera le 21 avril. Ce n'est pas vrai à l'heure actuelle, a-t-elle répondu à un journaliste.
Nous sommes optimistes quant aux perspectives d’un accord, a-t-elle cependant ajouté. Il est évidemment dans l'intérêt de l’Iran de répondre aux exigences du président Trump.
Mme Leavitt n'a pas précisé quand s'amorcera une éventuelle deuxième séance de pourparlers, mais elle a indiqué qu'ils se dérouleront très probablement au Pakistan, le seul médiateur dans ce conflit, a-t-elle dit.
Dans une entrevue accordée mardi à Fox News, le président américain avait évoqué une éventuelle reprise des discussions dans ce pays au cours des prochains jours. Plus tôt la même journée, il avait dit à un autre média qu'elles auraient probablement lieu dans un autre pays.
Dans son entrevue à Fox News, il a par ailleurs répété que la guerre avec l'Iran était « très près d'être finie », un scénario qu'il a déjà évoqué à plusieurs reprises. Il a parallèlement affirmé que les États-Unis pourraient poursuivre leurs frappes.
Après l'échec du premier cycle de discussions à Islamabad, dimanche, une délégation de médiateurs pakistanais est arrivée en Iran. Selon des photos publiées sur le compte Telegram du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, ce dernier a accueilli mercredi l'influent chef de l'armée pakistanaise Asim Munir.
Un porte-parole de la diplomatie iranienne a réitéré son exigence pour le nucléaire iranien, que Washington juge irrecevable.
Le droit au nucléaire civil ne peut pas être retiré sous la pression ou par le biais de la guerre, a-t-il déclaré, ouvrant seulement la porte à des débats sur le degré et le type d'enrichissement d'uranium.
Le Wall Street Journal a rapporté que les États-Unis cherchaient à obtenir une suspension de 20 ans du programme iranien d'enrichissement d'uranium. L'Iran aurait pour sa part proposé de suspendre ses activités nucléaires pendant cinq ans, selon le New York Times.
Signe d'une inquiétude qui perdure devant une guerre qui a secoué l'économie mondiale, les ministres des Finances de 11 pays, dont le Royaume-Uni, le Japon et l'Australie, ont appelé à une résolution négociée rapide et durable du conflit.
Ils ont évoqué les risques majeurs qui pèsent sur la sécurité énergétique mondiale, sur les chaînes d'approvisionnement ainsi que sur la stabilité économique et financière.
À Washington, la majorité républicaine du Sénat a par ailleurs rejeté pour la quatrième fois une tentative démocrate de limiter les pouvoirs de guerre du président Trump. Un seul républicain a voté avec ses adversaires et un seul démocrate s'est rangé derrière les républicains.
Vers une trêve sur le front libanais?
Israël envisage un cessez-le-feu de courte durée au Liban, où les hostilités contre le Hezbollah pro-iranien se poursuivent, a rapporté le New York Times en citant des responsables israéliens et libanais.
Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou estime que la trêve conclue la semaine dernière entre les États-Unis et l'Iran ne s'étend pas au front libanais, une interprétation contestée par Téhéran.
Citant un responsable iranien, le média pro-Hezbollah al-Mayadeen a évoqué un cessez-le-feu d’une semaine, qui entrerait en vigueur en soirée et dont l'échéance coïnciderait avec celle du cessez-le-feu américano-iranien.
La chaîne israélienne Channel 12 a cependant rapporté qu’Israël n’avait pas encore pris de décision.
Les ambassadeurs israélien et libanais aux États-Unis ont eu des discussions mardi – les premières du genre depuis 1993 – qui pourraient être suivies de négociations de plus haut niveau.
Le département d'État américain a affirmé que la date et le lieu des négociations directes restent à fixer d'un commun accord.
L'armée israélienne a par ailleurs annoncé avoir frappé plus de 200 cibles du Hezbollah au cours des dernières 24 heures. Elle a aussi dit avoir été visée par une trentaine de roquettes mercredi matin.
Opposé à toute négociation directe, le Hezbollah, qui a revendiqué des tirs de roquettes vers Israël, a qualifié les pourparlers de capitulation.
Avec les informations de The Guardian, New York Times et Agence France-Presse