Agence France-Presse
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Le président américain Donald Trump est arrivé au Forum économique mondial de Davos, mercredi, dans un climat rendu électrique par sa volonté d'annexer le Groenland, au risque de faire éclater l'alliance transatlantique.
M. Trump doit rejoindre la très chic station des Alpes suisses avec environ trois heures de retard sur l'horaire initial, selon son secrétaire au Trésor Scott Bessent, à la suite d'un problème électrique mineur à bord d'Air Force One qui l'a contraint à faire demi-tour en vol et prendre un autre avion.
Selon des journalistes se trouvant à bord de l'appareil, les lumières à l'intérieur de l'habitacle se sont brièvement éteintes quelques instants après le décollage.
Il est reparti pour l'Europe peu après minuit, soit avec environ deux heures de retard par rapport à l'horaire prévu.
M. Trump a régulièrement exprimé son mécontentement au sujet d'Air Force One, terme générique désignant les deux vieillissants Boeing 747-200B de la flotte présidentielle, entrés en service au début des années 1990 sous George H.W. Bush.
Avant son départ, M. Trump a raillé avec virulence les dirigeants européens opposés à ses convoitises sur le Groenland.
Vous verrez bien!
Interrogé pour savoir jusqu'à quelle extrémité il était prêt à aller pour prendre le contrôle de la vaste île arctique aux dépens du Danemark, membre de l'OTAN, il a répondu : Vous verrez bien.
L'Amérique sera bien représentée à Davos, par moi, a-t-il ensuite déclaré sur son réseau Truth Social.
Donald Trump participe au Forum pour la première fois en six ans. Son discours est prévu tôt en matinée. Il entend par ailleurs tenir plusieurs réunions sur le Groenland.
Le président américain insiste sur le fait que le Groenland, territoire autonome danois riche en minerais, est vital pour la sécurité des États-Unis et de l'OTAN face à la Russie et à la Chine, comme la fonte des glaces dans l'Arctique ouvre de nouvelles routes et que les superpuissances rivalisent pour obtenir des avantages stratégiques.
Il a accentué la pression en menaçant d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25 % à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l'Europe à menacer les États-Unis de représailles.
Le Royaume-Uni ne cédera pas sur ses principes et valeurs et sur l'avenir du Groenland, sous la menace de droits de douanes, a déclaré mercredi son premier ministre Keir Starmer devant la chambre des Communes.
Les États-Unis se comportent très bizarrement pour des alliés, a déploré mercredi la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé l'Europe à rompre avec sa prudence traditionnelle face aux défis d'un monde de plus en plus anarchique et défini par la puissance brute.
La France a demandé un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer, a annoncé l'Élysée.
Inspirez profondément. N'ayez pas ce réflexe de colère, a rétorqué Scott Bessent, reprochant aux Européens des déclarations incendiaires et les appelant à écouter les arguments de Donald Trump.
Le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte a plaidé pour une diplomatie réfléchie, seule manière de faire face à la situation.
Au Forum, mardi, Emmanuel Macron a mis en garde contre les tentatives américaines inacceptables de subordonner l'Europe. Nous préférons le respect aux brutes [...], l'état de droit à la brutalité, a-t-il déclaré.
Le président français a été la cible des moqueries de Donald Trump, qui a révélé publiquement un message texte proposant un Sommet du G7 à Paris jeudi, consacré au Groenland et à l'Ukraine, une proposition restée lettre morte.
Le premier ministre canadien, Mark Carney, qui s'efforce de réduire la dépendance de son pays vis-à-vis de Washington depuis que Donald Trump a appelé à faire du Canada le 51e État américain, a été ovationné pour son discours mardi à Davos.
Le Canada soutient fermement le Groenland et le Danemark, a lancé M. Carney au Forum.
Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table [des discussions], nous sommes au menu, a-t-il ajouté.
La fin de l'OTAN
Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a exhorté les Européens à s'affirmer sur le sujet du Groenland face à Donald Trump.
Il est passé maître dans l'art d'exploiter les faiblesses, mais il recule lorsqu'on le frappe au visage, a-t-il dit. Assez de politesses, a-t-il lancé. Arrêtez de chercher à l'apaiser. Combattez le feu par le feu.
Donald Trump souhaite, selon la Maison-Blanche, se concentrer dans son discours à Davos sur l'économie américaine, confrontée à une hausse du coût de la vie qui menace le Parti républicain à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.
Mais le Groenland sera immanquablement évoqué.
Le premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, a appelé mardi ses 57 000 concitoyens à se préparer à une éventuelle intervention militaire.
Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a souligné que toute action de ce type des États-Unis contre un allié signifierait la fin de l'OTAN.
Jeudi, Donald Trump devrait annoncer la première charte de son Conseil de paix, un organe de résolution des conflits internationaux concurrent des Nations unies, tandis que plusieurs pays ont évoqué une possible cérémonie de signature le jour même.