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Cuba 6 min de lecture

Le difficile quotidien des Cubains sous l’embargo pétrolier

Source: Radio Canada
Dans les rues de La Havane, on retrouve des véhicules électriques, des petites motos, des vélos adaptés de manière artisanale, et même des triporteurs de livraison au moteur hybride qui sont importés de Chine.  Photo : Roberto Chile
Dans les rues de La Havane, on retrouve des véhicules électriques, des petites motos, des vélos adaptés de manière artisanale, et même des triporteurs de livraison au moteur hybride qui sont importés de Chine. Photo : Roberto Chile



LA HAVANE, Cuba – L’embargo pétrolier imposé par les États-Unis depuis janvier étouffe Cuba. En coupant l’importation de combustibles, l’administration Trump « a mis son pied sur le cou » des Cubains. L’essence manque, la nourriture coûte plus cher. Les difficultés se vivent au quotidien.

Il y a des jours où il faut vraiment que je me force à être heureuse, confie Yuni Batista Diaz.

C’est une phrase lancée en fin de conversation. Comme un aveu derrière une façade souriante et accueillante. Quelques mots qui en disent long sur un état d’âme. Celui d’une mère cubaine. Et peut-être, aussi, celui de tout un peuple sous pression.

La jeune femme a libéré une partie de son après-midi pour nous faire découvrir son quartier du centre de La Havane. Pour nous montrer le quotidien d’un peuple étouffé par les contraintes.

Yuni Batista Diaz.
Yuni Batista Diaz, résidente de La Havane Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’embargo américain imposé en janvier vise les combustibles, mais ce ne sont pas que les transports qui sont touchés. Tout le pays tourne au ralenti. Forcé de s’adapter. 

Cuba produit une bonne partie de son électricité grâce aux hydrocarbures. Donc, depuis janvier, les pannes sont plus fréquentes et perdurent souvent plus de 12 heures à la fois.

L’absence d’approvisionnement fiable en électricité touche tout le monde, même si les génératrices et les panneaux solaires se font de plus en plus présents.

Des débris dans la rue.
En raison du blocus pétrolier, l'économie cubaine tourne au ralenti. Photo : Roberto Chile

Chaque jour, c'est compliqué de communiquer avec les appareils électroniques, de cuisiner, de se déplacer. Dormir convenablement ou se laver peut aussi être un défi.

C’est comme un casse-tête différent à résoudre chaque jour, illustre Yuni, en nous guidant vers la station de pompage d’eau potable de son quartier, où un robinet est mis à la disposition des habitants.

Les pannes d'électricité provoquent des baisses de pression dans le système d’aqueduc de la capitale. L’eau ne se rend plus toujours dans les appartements. Il faut donc aller la chercher.

Un homme remplit une poubelle de plastique d'eau.
Un homme remplit une poubelle de plastique d'eau. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les résidents viennent y remplir des bouteilles et des bidons. Des contenants qui deviennent lourds et pénibles à transporter. Parfois poussés dans des chariots remplis de bidons d’eau en pleine rue.

C’est un gros problème, lance un homme venu remplir une poubelle de plastique. Mais c’est comme ça qu’on va vaincre l’embargo américain!, lance-t-il, l’index en l’air.

Désolation

Dans une rue, on remarque de nombreux déchets empilés. Il y a des restes de nourriture, des sacs de plastique, des pots. L’odeur est forte, les insectes sont nombreux.

Ce coin, c’est l’endroit où les résidents déposent d’ordinaire leurs ordures. Mais, faute de combustibles, elles ne sont plus ramassées chaque jour.

Ça me fend le cœur de voir notre ville dans de telles conditions, se désole Yuni Batista Diaz.

Une rue jonchée de déchets.
Plusieurs rues de la capitale cubaine sont jonchées de déchets. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Juste devant les piles d'ordures, quelques enfants jouent au soccer. Il y a tant de déchets entassés ici et là que ça ne choque plus.

Récemment, le blocus américain n’a pas empêché un pétrolier russe de livrer du combustible à Cuba. Un soulagement arrivé par la mer. Un soulagement qui ne sera que temporaire.

Les pannes d’électricité sont donc un peu moins fréquentes ces jours-ci à La Havane. Les stations d’essence sont un peu plus occupées. Les autobus davantage visibles sur les avenues.

Dans les rues, il y a aussi beaucoup de véhicules électriques. Des petites motos, des vélos adaptés de manière artisanale. Même des triporteurs de livraison au moteur hybride, importés de Chine.

Des gens marchent dans la rue et un petit kiosque de fruits est installé.
L’inflation s'élevait à 14 % en 2025. Photo : Roberto Chile

Les restaurants et les commerces sont moins achalandés. Certains ont carrément fermé. Dans les rues et les demeures, on retrouve beaucoup de petits commerces informels. On vend ce que l’on peut pour générer un peu d’argent.

Cuba s’adapte, oui, mais ce n’est pas toujours avec le sourire. Dans les rues, la musique reste forte, mais l’ambiance est plus lourde. Parfois oppressante.

Depuis des années, les Cubains affirment qu’ils savent résoudre les problèmes. Comme cet homme qui élève des cochons sur son toit. Une réserve de viande pour les prochains mois.

Mais ces jours-ci, l’expression semble avoir évolué. Beaucoup évoquent plutôt le fait de lutter contre les difficultés. Comme si l’obstacle devant eux était plus important.

Je peux me permettre un œuf par jour

Cela fait des années que Cuba vit d’importantes difficultés. Avant cette crise, c’était celle de la COVID-19. Le secteur touristique, vital pour l’économie, ne s’en est jamais vraiment remis.

Un homme donne de la nourriture à une dame.
Dans les rues, on retrouve beaucoup de petits commerces informels. Photo : Roberto Chile

Toutes ces difficultés ont contribué à une flambée des prix. L’an dernier, l'inflation s'élevait à 14 %. Et depuis janvier, les prix grimpent de 2 % chaque mois.

Un choc particulièrement difficile à encaisser dans un pays où bien des gens reçoivent un salaire fixe en pesos, alors que bien des aliments se vendent en dollars américains.

C’est une situation particulièrement pénible pour Ciro, un ingénieur retraité, qui habite une maison délabrée et encombrée dans le quartier Vedado de la capitale cubaine.

L’État lui donne accès à une cantine populaire, en plus de lui verser l’équivalent de 6 $ US chaque mois. Je peux me permettre un œuf par jour, précise-t-il.

Un homme porte un masque et tient un chapeau.
Ciro, un ingénieur retraité Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Ciro blâme l’administration Trump : C’est une guerre. Ils ont leur pied sur le cou du peuple.

Ce retraité parle franchement, mais beaucoup disent peu.

En public, les réponses aux questions d’un étranger sont souvent courtes et neutres. Les rares critiques sont chuchotées, loin des micros. De peur qu’elles ne déplaisent au régime cubain.

Il faut que ça change, admet Yuni en pesant ses mots. Je ne suis pas satisfaite de l’état des choses dans le pays.

Elle n’en dira pas plus avant de rentrer chez elle.

Sa vie comme prise en étau entre les pressions américaines et les volontés du régime cubain.

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