Le nouveau Premier ministre britannique multiplie les annonces depuis son arrivée au pouvoir le mois dernier. Sa popularité et celle du Labour progressent, mais les défis économiques et budgétaires s'annoncent colossaux dès l'automne.
Par Diane Jeantet
Le chemin vers la réussite est étroit pour Andy Burnham. Septième Premier ministre britannique en une dizaine d'années seulement, il prend les rênes du gouvernement sans réelle légitimité populaire et dans un contexte politique et économique tendu.
Après avoir brutalement poussé son prédécesseur Keir Starmer vers la sortie et procédé à un profond remaniement du gouvernement, Andy Burnham n'a pas lésiné depuis le 20 juillet. Les annonces s'enchaînent, petites et grandes, mais toujours symboliques : plafonnement du prix du ticket de bus, suppression de la TVA sur l'électricité, baisse des taxes professionnelles sur les pubs et salles de concert…
Sur le long terme, l'ancien maire de Manchester a promis plus d'égalité entre Londres et les territoires, avec un vaste programme de décentralisation fiscale, censé booster la croissance économique « dans chaque code postal du pays ».
Il souhaite construire davantage de logements sociaux, réparer le système d'aide aux personnes âgées et l'éducation, avec une attention particulière pour les « Neets », ces jeunes qui ne sont ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation (un jeune sur huit parmi les 16-24 ans au Royaume-Uni).
Un mec lambda
Mais Andy Burnham apporte aussi un nouveau style au 10, Downing Street. Soucieux de marquer une rupture nette avec son prédécesseur souvent perçu comme un peu rigide, « bien intentionné, mais pas très à l'aise dans sa communication », Andy Burnham met en avant son style « plus chaleureux », explique Tony Travers, politologue à la London School of Economics (LSE).
Très présent sur les réseaux sociaux - y compris sur TikTok où il avoisine le demi-million de followers -, Andy Burnham cultive l'image de l'homme politique accessible, proche des gens. Pour promouvoir sa réduction des taxes sur les pubs, on le voit aux côtés de son ministre des Finances, John Healey, s'essayer au « blind ranking », très en vogue sur la plateforme. Décontractés, les deux hommes s'amusent à donner un classement à plusieurs types de snacks typiquement proposés dans les pubs.
« C'est un très bon communicant, très naturel », confie la journaliste politique de la BBC Laura Kuenssberg, qui a pu l'interviewer à plusieurs reprises ces dernières semaines. Fait suffisamment rare pour être souligné, elle rappelle qu'Andy Burnham a accepté que les équipes de la BBC filment son arrivée à Downing Street depuis l'intérieur de sa nouvelle résidence.
Une stratégie qui semble fonctionner auprès des Britanniques. Sa popularité - et celle de son parti - a augmenté depuis son arrivée au pouvoir. Dans les derniers sondages parus en fin de semaine dernière, le Labour a même légèrement pris la tête devant Reform UK, le parti populiste de droite radicale de Nigel Farage, avec 25 % des intentions de vote (contre 24 % pour Reform UK). Une première depuis plus d'un an, selon le baromètre des sondages du « Financial Times ».
Lune de miel
Si l'ancien édile de Manchester, arrivé au pouvoir en pleines vacances parlementaires, semble bénéficier d'une période de répit, la lune de miel pourrait s'achever dès l'automne, lorsque se posera l'épineuse question des finances publiques.
Le gouvernement doit présenter son budget le 28 octobre, ainsi que son projet final de décentralisation fiscale, dont seulement les grandes lignes ont été dévoilées. Andy Burnham hérite d'une croissance molle et d'une marge de manoeuvre budgétaire minuscule. Le pays, qui dépend déjà largement des investisseurs étrangers, est sous la surveillance des « bond vigilantes ».
« S'ils veulent dépenser davantage, ils vont devoir augmenter les impôts, car le gouvernement emprunte déjà presque autant que ce que les marchés obligataires considèrent comme raisonnable », estime Tim Bale, professeur à l'université Queen Mary. Pourtant, Andy Burnham assure qu'il restera fidèle au programme de son parti, qui s'est engagé en 2024 à ne pas augmenter l'impôt sur le revenu, la TVA ou les cotisations sociales pour les « working people ». Autre piste envisagée : l'abandon de certains projets jugés non prioritaires.
Le Premier ministre doit également composer avec la forte dépendance du Royaume-Uni au gaz naturel importé, alors que le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz font peser le risque d'une hausse des prix de l'énergie cet hiver. Le cabinet d'audit EY a d'ailleurs averti lundi que l'économie britannique pourrait se contracter en 2027 si le détroit ne rouvrait pas à la navigation d'ici le milieu de l'année prochaine.