La Presse canadienne
La cheffe de l'opposition bélarusse en exil s'est rendue lundi à Kiev, alors que la capitale ukrainienne se remettait de la plus importante attaque de missiles menée par la Russie cette année. Les dirigeants mondiaux, de leur côté, observaient de près l'ampleur du soutien que le gouvernement bélarusse est prêt à apporter à l'invasion de Moscou.
La cheffe de l'opposition bélarusse, Sviatlana Tikhanovskaïa, est arrivée en train à Kiev pour sa première visite dans la ville, au lendemain d'un entretien téléphonique entre le président français Emmanuel Macron et le président Alexandre Loukachenko, qui dirige le Bélarus d'une main de fer depuis plus de 30 ans.
Le dirigeant français a souligné les risques pour le Bélarus de se laisser entraîner dans la guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine, selon un conseiller présidentiel du bureau de M. Macron qui s'est exprimé sous le couvert de l'anonymat, conformément aux pratiques de l'Élysée.
M. Macron s’est également entretenu dimanche avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui, ces derniers jours, a multiplié les avertissements selon lesquels le Bélarus pourrait servir de base de lancement à la Russie pour ouvrir un nouveau front dans le nord de l’Ukraine.
Alors que l’invasion à grande échelle dure depuis plus de quatre ans, l’armée russe est engagée dans une lutte acharnée et coûteuse sur une ligne de front de 1250 kilomètres qui serpente principalement à travers l’est et le sud de l’Ukraine.
Les missiles de défense aérienne de fabrication américaine étant en pénurie en raison de la guerre en Iran, il est plus difficile pour l’Ukraine d’intercepter les missiles russes.
Les efforts américains pour mettre fin aux combats n'ont guère progressé et sont désormais au point mort.
Un missile hypersonique sur l'Ukraine
Les bombardements intensifs de dimanche incluaient notamment le puissant missile balistique hypersonique russe Oreshnik, capable de transporter plusieurs ogives. Le président russe Vladimir Poutine s'est vanté qu'il pouvait foncer sur une cible à une vitesse pouvant atteindre mach 10.
Le président Zelensky a déclaré que les services de renseignement ukrainiens avaient reçu des informations des États-Unis et de pays européens selon lesquelles la Russie se préparait à lancer un Oreshnik.
Au moins 87 personnes ont été blessées à Kiev, dont trois enfants, lors de ces frappes, a déclaré lundi M. Zelensky. Vingt et une personnes ont été hospitalisées.
Cette attaque intense a endommagé des bâtiments dans toute la ville, notamment à proximité de bureaux gouvernementaux, d’immeubles résidentiels, d’écoles et d’un marché, selon les autorités ukrainiennes. Des éclats de verre jonchaient encore les trottoirs, lundi.
Les pays surveillent le Bélarus
L'entretien téléphonique entre MM. Macron et Loukachenko était leur premier depuis 2022, peu après le lancement par la Russie de son invasion totale le 24 février 2022. À l'époque, le gouvernement du Bélarus avait autorisé Moscou à utiliser le territoire du pays comme base pour envoyer des troupes en Ukraine voisine.
Un communiqué laconique publié par le service de presse de la présidence du Bélarus indique que l'entretien a eu lieu à l'initiative de la partie française et que les deux dirigeants ont discuté de questions régionales, ainsi que des relations du Bélarus avec l'Union européenne et la France.
Svetlana Tikhanovskaïa, la cheffe de l’opposition bélarusse en exil, a affirmé dimanche que la France tentait d’empêcher le Bélarus d’être entraîné dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
L’objectif principal est d’avertir Loukachenko que l’entraînement du Bélarus dans la guerre serait inacceptable, a indiqué Mme Tikhanovskaïa à l’Associated Press.
Le régime Loukachenko sait très bien ce qu’il faut faire pour améliorer les relations avec l’Union européenne, mais cela ne se produit pas; au contraire, les attaques hybrides, le chantage nucléaire et les menaces pesant sur toute la région se poursuivent, a-t-elle déploré.
M. Loukachenko compte sur le Kremlin pour obtenir de l’énergie à bas prix, des prêts et d’autres formes de soutien. La Russie et le Bélarus ont organisé des exercices nucléaires communs la semaine dernière.
Le président Zelensky a averti à plusieurs reprises que le Bélarus pourrait renforcer son soutien à Moscou.