Le bras de fer se durcit entre Budapest et Kiev au sujet d'un oléoduc acheminant le pétrole russe vers la Hongrie. Kiev déconseille à ses ressortissants de se rendre en Hongrie. L'UE dénonce des « menaces inacceptables » de la part de Volodymyr Zelensky.
Par Vincent Collen
Jusqu'où ira le bras de fer entre Viktor Orban et Volodymyr Zelensky ? Loin de retomber malgré les efforts de médiation de l'Union européenne, la tension entre le Premier ministre hongrois et le président ukrainien est encore montée d'un cran ce vendredi. Au centre de la polémique, le pétrole russe.
Tout a commencé le 27 janvier. Ce jour-là, une frappe a endommagé le pipeline Droujba, qui achemine du pétrole de Russie vers la Hongrie et la Slovaquie. Les leaders des deux républiques d'Europe centrale entretiennent de bonnes relations avec Vladimir Poutine. Ils ont obtenu des dérogations de Bruxelles : ce sont les derniers pays de l'Union européenne qui peuvent encore acheter du pétrole russe.
Plus une goutte de pétrole russe
Mais depuis plus d'un mois, plus une goutte du précieux liquide ne coule dans l'oléoduc. Viktor Orban et son homologue slovaque, Robert Fico, accusent l'Ukraine d'avoir tardé à réparer le pipeline, et de bloquer les flux de pétrole. « Selon les informations actuelles, d'ici un mois à un mois et demi, cet oléoduc pourra être remis en service », a déclaré Volodymyr Zelensky jeudi… tout en laissant entendre qu'il aimerait que les réparations s'éternisent, « car il s'agit de pétrole russe ».
Du pain bénit pour Viktor Orban, en pleine campagne électorale en vue des législatives du 12 avril. La plupart des sondages le donnent perdant face à son opposant Peter Magyar. Le Premier ministre hongrois est allé jusqu'à bloquer le prêt de 90 milliards d'euros accordé par les Vingt-Sept à Kiev.
Volodymyr Zelensky a encore haussé le ton cette semaine, brandissant une menace personnelle contre Viktor Orban. « Nous espérons qu'une seule personne au sein de l'UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars. Qu'ils l'appellent et qu'ils lui parlent dans leur propre langage », a déclaré le président ukrainien jeudi.
Sept Ukrainiens arrêtés
Depuis, c'est une escalade sans fin. Ce vendredi, les autorités hongroises ont annoncé l'arrestation de sept Ukrainiens accusés de « blanchiment d'argent » et saisi deux véhicules blindés de transport de fonds. Les malversations en question « étaient supervisées par un ancien général et un ancien major de l'armée assistés par des personnes ayant une expérience militaire, a déclaré le porte-parole du gouvernement à Budapest. Sur la base de ces conclusions, les sept individus seront expulsés de Hongrie ».
Quelques minutes plus tard, Kiev a répliqué en recommandant aux citoyens ukrainiens « de s'abstenir de tout voyage en Hongrie, étant donné l'impossibilité de garantir leur sécurité sur fond d'agissements arbitraires des autorités hongroises ».
« Installer une atmosphère de menace »
L'Union européenne, jusqu'ici prompte à défendre le président ukrainien face à Viktor Orban, a dû changer de ton face aux menaces ad hominem de Zelensky. « Ce type de langage est inacceptable, a déclaré un porte-parole de la Commission vendredi. Il ne doit y avoir aucune menace à l'encontre des Etats membres de l'UE.
« Les propos de Zelensky sont particulièrement violents et sans précédent, commente Zsuzsanna Vegh, chercheuse associée au European Council on Foreign Relations. Cela alimente l'argumentaire anti-ukrainien de Viktor Orban qui en a fait le centre de sa campagne électorale. Le leader de l'opposition, Peter Magyar, a lui aussi condamné les menaces du président ukrainien, mais il lui sera plus difficile désormais de ramener la campagne sur son terrain de prédilection, celui des problèmes économiques de la Hongrie et de la corruption. »
Pour Daniel Hegedüs, du German Marshall Fund, « l'objectif principal de Viktor Orban n'est pas de trouver un compromis avec l'Ukraine sur le transit du pétrole russe mais d'accentuer la spirale de l'escalade pour installer une atmosphère de menace sur la sécurité dans la dernière ligne droite de la campagne ».