Le représentant de Taïwan au Canada appelle Ottawa à faire preuve de « courage » face à la Chine.
Le représentant de Taïwan au Canada soupçonne Ottawa de retarder la signature d’un accord commercial avec Taipei pour préserver sa relation avec la Chine. Selon le diplomate, le document est prêt à être signé depuis avril 2025.
Les équipes de négociation d’Ottawa et de Taipei avaient apposé leurs initiales sur chaque page du document, affirme le représentant du Bureau économique et culturel de Taipei au Canada, Harry Tseng.
Il ne restait plus rien à négocier. Trois versions du document étaient prêtes : en anglais, en français et en mandarin. Ça vous dit à quel point on était proche de la signature finale.
Une citation deHarry Tseng, représentant du Bureau économique et culturel de Taipei au Canada
Règle générale, si le document est paraphé par les négociateurs des deux parties, il est considéré comme final. Il faut respecter cela, explique le diplomate taïwanais.
L’entente d’une dizaine de pages vise à approfondir les liens commerciaux entre le Canada et Taïwan. L’île – de facto autonome, mais considérée par la Chine comme l’une de ses provinces – est le sixième partenaire commercial du Canada en Asie.
Parmi les secteurs de collaboration définis dans l’accord-cadre figurent le commerce numérique, la transition énergétique et la résilience des chaînes d’approvisionnement, notamment pour les semi-conducteurs. En juin dernier, une entente semblable a d’ailleurs été conclue entre le Royaume-Uni et Taïwan.
Pour Harry Tseng, le Canada donne l'impression de vouloir améliorer ses relations avec la Chine au détriment de celles avec Taïwan. Le diplomate voit des contradictions entre le discours de Mark Carney à Davos, critique des superpuissances, et les actions de son gouvernement.
Dans un courriel, Affaires mondiales Canada confirme à Radio-Canada qu'un accord-cadre de coopération commerciale avait bel et bien été conclu avec Taiwan en mars 2025, mais que l'examen des prochaines étapes était en cours.
Nous faisons du commerce avec tous les pays. Nous faisons même du commerce avec la Chine. Pourquoi Pékin pourrait-il empêcher des pays de commercer avec Taïwan?
Une citation deHarry Tseng, représentant du Bureau économique et culturel de Taipei au Canada
Un drôle de hasard, selon le Bloc québécois
Depuis son arrivée au pouvoir, Mark Carney adopte une approche pragmatique à l’endroit de la Chine.
En janvier, il s’y est rendu pour conclure un « nouveau partenariat stratégique », qui prévoit le retrait de plusieurs droits de douane.
Quelques jours avant cette visite, le gouvernement avait demandé à deux députées libérales d’écourter leur séjour parlementaire à Taïwan afin d’éviter de froisser le régime chinois. Les élues Marie-France Lalonde et Helena Jazcek avaient alors expliqué vouloir éviter toute confusion avec la politique étrangère du Canada.
C’est probablement pour la même raison que le gouvernement canadien retarde la signature de l’accord commercial avec Taiwan, selon le député bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay. Je ne vois pas d’autres raisons, lance celui qui agit comme porte-parole du Bloc québécois en matière de commerce international.
On n’arrête pas de dire qu’il faut faire de la diversification, qu’on a besoin de partenaires qui sont fiables. Dans le cas qui nous préoccupe présentement, Taïwan, c’est une démocratie, c’est une économie de marché, fait valoir l’élu – qui s’est lui-même rendu à Taïwan pour une visite parlementaire en 2022.
Dans le cas du Québec, on a des secteurs comme les technologies vertes ou l’intelligence artificielle. On pense qu’on a beaucoup d’avantages à approfondir cette relation-là.
Une citation deSimon-Pierre Savard-Tremblay, député de Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton
La stratégie indo-pacifique du gouvernement canadien, lancée en 2022, prévoit d’ailleurs de poursuivre le développement de liens économiques et interpersonnels avec Taïwan tout en soutenant sa résilience.
Dans le cadre de sa politique "d’une seule Chine", le Canada entretient avec Taïwan des relations non officielles, mais importantes sur les plans économique, culturel et des échanges entre les peuples, a indiqué par courriel la porte-parole d'Affaires mondiales Canada, Samantha Lafleur.