Agence France-Presse
Donald Trump a déclaré jeudi avoir ordonné à la marine américaine de « tirer pour détruire tous les bateaux, aussi petits soient-ils, [...] qui posent des mines » dans le détroit d'Ormuz.
Il ne doit y avoir aucune hésitation, a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Nos bateaux démineurs sont en train de débarrasser le détroit en ce moment. J'ordonne ici que cette activité continue, mais au triple de son niveau actuel, a-t-il ajouté.
Même si les belligérants trouvaient un accord, déminer le détroit d'Ormuz pourrait prendre six mois, pesant d'autant sur les cours des hydrocarbures à l'échelle mondiale, a estimé le Pentagone lors d'une présentation classifiée au Congrès américain, révélé mercredi par le Washington Post.
Un porte-parole du Pentagone a démenti l'information à l'AFP. Il a dénoncé des fuites, dont une grande partie est fausse, issues d'un breffage classifié et à huis clos, qui relèvent selon lui d'un journalisme malhonnête.
Le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour le transport mondial des hydrocarbures, est devenu un enjeu majeur du conflit et cristallise les tensions en dépit de la prolongation unilatérale par Donald Trump de la trêve, entrée en vigueur le 8 avril.
Le bras-de-fer se poursuit
Les États-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens et a intercepté un nouveau navire. La situation compromet la reprise de pourparlers diplomatiques.
Signe que ces tensions vont au-delà du détroit, le ministère américain de la Défense a annoncé jeudi avoir abordé et inspecté dans l'océan Indien un navire sous sanction transportant du pétrole iranien, la deuxième opération de ce type menée dans cette zone cette semaine.
Au cours de la nuit, les forces américaines ont procédé à une interception maritime et à une inspection avec droit de visite à bord du navire apatride sanctionné M/T Majestic X, qui transportait du pétrole en provenance d'Iran, a affirmé le ministère sur X.
Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter le golfe ou y entrer via Ormuz, tandis que les États-Unis, eux, bloquent l'accès aux ports iraniens depuis le 13 avril.
Le nombre de franchissements du détroit a chuté depuis dimanche, en raison des restrictions imposées par l'Iran et les États-Unis, tandis que les incidents touchant des bateaux se sont multipliés, selon des données compilées par l'AFP.
L'Iran a par ailleurs saisi mercredi deux navires dans le détroit, et un troisième a essuyé des tirs au large d'Oman.
Réouverture d'Ormuz impossible
La réouverture du détroit d'Ormuz est impossible tant que le cessez-le-feu est ouvertement violé, a affirmé le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un message sur X, Téhéran dénonçant régulièrement le blocus américain des ports iraniens.
Téhéran a par ailleurs reçu ses premiers revenus issus des droits de passage qu'il a unilatéralement imposés dans le détroit, selon un haut responsable iranien qui n'a pas donné plus de détails. Ils peuvent atteindre jusqu'à 2 millions de dollars par navire, selon Bloomberg.
Dans le cadre de son blocus, Washington a de son côté ordonné à 31 navires, des pétroliers pour la plupart, de retourner au port, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (CENTCOM).
Pour Danny Citronowicz, chercheur au Tel-Aviv Institute for National Security Studies, il est tentant de croire que le temps et la pression finiront par contraindre l'Iran à céder. Ce ne sera pas le cas. Prolonger un cessez-le-feu ou renforcer un blocus maritime peut faire gagner du temps à Washington, mais aucune de ces options n'offre une voie vers une issue durable, a-t-il écrit sur X.
Le blocage du détroit pèse lourdement sur l'économie mondiale, et la grande incertitude sur l'issue du conflit inquiète les marchés.
Les prix du pétrole ont ainsi bondi brièvement jeudi de plus de 4 % en début d'échanges en Asie, avant de se modérer.
Les négociations entre Américains et Iraniens, qui étaient censées reprendre en début de semaine à Islamabad, après une première session le 11 avril, sont toujours en suspens, en dépit de l'optimisme du président américain Donald Trump, qui a jugé possible une reprise d'ici vendredi.
La capitale pakistanaise, sous haute surveillance policière et militaire, fonctionne depuis plusieurs jours au ralenti. Les écoles et les commerces restent fermés dans la zone devant accueillir les pourparlers dans l'attente d'une hypothétique arrivée des délégations.
Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient à conclure un "accord de paix" à l'issue de la guerre, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban.
Journaliste tuée au Liban
Sur l'autre front principal de la guerre, au Liban, cinq personnes, dont une journaliste, ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes dans le sud, malgré la trêve entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, en vigueur depuis le 17 avril et qui expire dimanche.
Des discussions prévues jeudi à Washington entre les deux pays, dénoncées par le Hezbollah, doivent ouvrir la voie à des négociations de paix.
Le Liban doit notamment demander l'extension pour un mois de la trêve et l'arrêt par Israël des opérations de destruction dans le sud du Liban, selon une source officielle libanaise.
Après le début de la guerre le 2 mars, Israël a pris le contrôle d'une bande de territoire libanais d'une profondeur d'une dizaine de kilomètres le long de la frontière. Selon le dernier bilan officiel, 2454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.