Frappé intensivement par les États-Unis et par Israël depuis maintenant deux semaines, l’Iran concentre sa riposte sur le cœur d'une des voies maritimes les plus importantes au monde.
La guerre en Iran est engagée sur trois fronts.
Les États-Unis et Israël attaquent sans relâche la République islamique, qui riposte en ciblant les installations militaires américaines chez ses voisins du Golfe. Au Liban, Israël est aussi investi dans une campagne contre le Hezbollah, allié de l’Iran.
Jusqu’à présent, ce conflit mené à coups de bombardements aériens, de tirs de roquettes et de missiles ainsi que d’attaques de drones a fait plus de 2000 morts – 1270 en Iran, 690 au Liban et 30 en Irak – en s'élargissant à l'ensemble du Moyen-Orient.
Des images satellites analysées par le département des sciences de la Terre, de l'océan et de l'atmosphère de l’Université de l’Oregon, aux États-Unis, donnent un aperçu des dommages répertoriés à travers l’Iran.
La capitale, Téhéran, a été une des cibles principales des attaques, de même que Firouzabad, dans le sud-ouest du pays, et la ville portuaire de Bouchehr, notamment.
La guerre de l’air
Au cours de la dernière semaine, les États-Unis et Israël ont continué à cibler des infrastructures de sécurité intérieure et des installations militaires afin d’affaiblir les capacités de défense de l’Iran.
Voici un survol des types d’installations touchées dans ce pays :
De son côté, l’Iran attaque ses voisins du Golfe en guise de riposte.
Ces frappes visent à détruire les radars et d'autres équipements de défense antimissile sur lesquels comptent les États-Unis, Israël et les autres pays du Golfe, mais avec un succès limité. Leur taux d’interception des missiles balistiques lancés par l'Iran demeure stable, selon l’analyse de l'Institute for the Study of War (ISW).
Même si les frappes de l’Iran devaient cibler uniquement des installations américaines, des sites qui n’en sont pas, comme un hôtel à Bahreïn et des infrastructures énergétiques et maritimes à Oman, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, ont été atteints.
D’ailleurs, ce sont les Émirats arabes unis qui semblent les plus visés par les attaques iraniennes, dont la cadence a malgré tout ralenti depuis le début du conflit.
Le Liban subit pour sa part des attaques répétées d’Israël, dont le but est de détruire les infrastructures qui appartiennent au Hezbollah dans le sud du pays.
La riposte du Hezbollah contre l'armée israélienne s'est pour sa part renforcée au cours de la dernière semaine, selon un décompte des frappes recensées par l’Institute for the Study of War (ISW).
La voie de l’eau
La riposte de l’Iran, peu concluante sur le terrain selon les analystes, s'avère toutefois plus critique dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime vitale pour le transport de pétrole brut.
Les navires, qui transportent chaque jour le cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés à travers le monde, sont bloqués de part et d’autre du canal, menacés d'être frappés par l’Iran s’ils tentent de le traverser.
Une vingtaine de navires civils – pétroliers, porte-conteneurs et autres vraquiers – ont été attaqués jusqu’à présent.
L’Iran menace même de miner le détroit d'Ormuz, une stratégie de dernier recours puisque ce passage maritime lui est vital pour poursuivre ses propres exportations de pétrole brut vers la Chine. Depuis le 1er mars, une dizaine de pétroliers iraniens auraient traversé le canal.
Le Commandement central américain (CENTCOM) a détruit plus de 30 navires mouilleurs de mines iraniens. Il a aussi indiqué qu'il a ciblé des entrepôts et des usines de fabrication de mines navales.
Les États-Unis estiment le stock de l’Iran à plus de 5000 mines maritimes de différents types, selon des données de 2019, et le régime iranien serait disposé à les utiliser rapidement dans le golfe Persique et dans le détroit d'Ormuz.
Moins d’une dizaine de mines auraient cependant été déployées jusqu’à présent.
Une opération de déminage de la région pourrait s’avérer longue et fastidieuse si l'Iran va de l'avant avec sa menace. Il faudrait probablement établir des corridors où les navires pourraient circuler en toute sécurité avant d’espérer retirer toutes les mines une fois le conflit terminé.
L'ISW s’attend malgré tout à ce que le régime iranien maintienne sa stratégie de perturbation du détroit d’Ormuz, avec pour conséquence directe la flambée du prix du pétrole.
Le baril a atteint les 100 $ US cette semaine, une première en bientôt quatre ans.
Dans sa première déclaration, le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a réaffirmé l’intention de l’Iran de maintenir la pression dans le détroit d'Ormuz.
Les autorités iraniennes ont lancé une mise en garde : le prix du pétrole pourrait atteindre les 200 $ US le baril si la guerre se poursuit.
Ce message vise à mettre de la pression sur l'administration américaine, aux prises non seulement avec une perturbation de son économie mais surtout à une population en colère devant la hausse du prix de l'essence.