Le Qatar tente d'éviter une reprise de la confrontation armée entre les Etats-Unis et l'Iran. Le vice-président américain J. D. Vance et le président iranien Massoud Pezeshkian pourraient se rencontrer mardi à Doha.
Par Virginie Robert
Depuis vendredi, le Qatar multiplie les initiatives pour essayer d'empêcher une reprise du conflit armé au Moyen-Orient. La menace est devenue plus tangible après que, selon une récente enquête du « Wall Street Journal », l'administration Trump a prévenu les chancelleries des pays du Golfe qu'une nouvelle campagne de frappes pourrait reprendre incessamment, peut-être dès le lendemain des midterms, avec le soutien de Benyamin Netanyahou, toujours Premier ministre d'Israël en attendant la formation d'un nouveau gouvernement.
Une délégation qatarie, qui fait le « go-between » avec les Etats-Unis, s'est rendue vendredi à Téhéran pour discuter avec les autorités iraniennes. Un premier round de plus de douze heures a eu lieu et les discussions se sont poursuivies samedi au Qatar, où s'est ensuite rendue la délégation iranienne. Selon nos informations, une rencontre pourrait s'y tenir dès mardi 3 novembre à Doha, entre le vice-président américain J. D. Vance et le président iranien Massoud Pezeshkian.
J. D. Vance à la manoeuvre
Le vice-président s'est en effet dit favorable à une reprise des discussions dans une lettre écrite le 26 octobre dernier à Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Cette offre d'ouverture le distingue de Pete Hegseth, le ministre de la Guerre, et de Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, qui préféreraient prolonger l'embargo économique et continuer à affaiblir le régime iranien, avant de nouvelles négociations.
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a d'abord déclaré samedi « ne pas voir la nécessité » d'une rencontre avec les Etats-Unis, mais a considéré cependant la missive « comme un pas positif ». Après d'intenses pourparlers ces deux derniers jours, le Qatar serait finalement parvenu à orchestrer une rencontre au sommet sur son sol, le jour des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Les discussions sont particulièrement intenses, car les pays du Golfe, dont le médiateur qatari, craignent plus que tout une escalade, dont ils seraient à nouveau les cibles.
En effet, face aux menaces proférées par Donald Trump sur une reprise des frappes rapide, Téhéran a très fortement haussé le ton ce week-end. Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a lui-même indiqué dans un communiqué sur le réseau Telegram que toute frappe fera l'objet « d'une riposte immédiate, puissante et sans limite géographique ». Il aurait rencontré, selon le bureau du Guide suprême, les principaux dirigeants militaires iraniens, après avoir vu, ces deux dernières semaines Mohsen Rezaï et le Gholamhossein Mohseni Ejeï, chef du système judiciaire iranien.
Les observateurs y voient là un resserrement de la coordination entre l'appareil sécuritaire, le gouvernement, et le Guide suprême, qui a cherché à faire monter le niveau de menace. Abbas Araghchi a ainsi prévenu que l'Iran « s'était réarmé, avait comblé ses failles et testé de nouvelles armes. Nous sommes au plus haut niveau de préparation ». L'armée iranienne a fait savoir qu'une nouvelle guerre serait plus longue que la première…
Plusieurs points en discussion
Selon le média Al Arabiya, les négociations en cours portent sur plusieurs points. Concernant le nucléaire, le transfert de l'uranium enrichi par l'Iran à un pays tiers est envisagé, tout comme une réduction du niveau d'enrichissement. S'il est obtenu, un accord, dont la Chine pourrait être le garant, doit conduire à la réouverture du détroit d'Ormuz dans les sept jours. Enfin, toute initiative iranienne doit être compensée par des mesures équivalentes des Etats-Unis afin de réduire les sanctions, les restrictions économiques et les blocus. Un mécanisme de résolution des disputes serait mis en place pour prévenir toute nouvelle escalade militaire.
Globalement, pour enclencher un cycle de compromis rapide, le Qatar plaide pour une visite des inspecteurs de l'Agence internationale d'énergie atomique (AIEA) sur les sites nucléaires endommagés, qui serait immédiatement accompagnée d'une levée partielle de sanctions. L'économie iranienne est en effet exsangue. Ensuite, il faut enclencher une succession de mesures réciproques rapides pour recréer la confiance.
J. D. Vance a déjà participé à deux négociations avec les Iraniens pour trouver une issue à la guerre. La première a eu lieu au Pakistan, en avril dernier, mais n'a pas abouti en raison du refus des Iraniens d'avancer sur le dossier nucléaire. La seconde, après avoir été retardée, a fini par avoir lieu en juin en Suisse à Bürgenstock, et a posé les bases de modes opératoires pour faciliter le retour des inspecteurs de l'AIEA en Iran comme pour le déminage du détroit d'Ormuz. Enfin, ce sont les Iraniens qui ont soumis de nouveaux plans, mais sans succès, lors de l'assemblée générale des Nations unies, début septembre.