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Fin du traité nucléaire New Start : est-ce le début d’une nouvelle course aux armements?

Source: Radio Canada
Le traité de limitation des arsenaux d'armes nucléaires stratégiques entre la Russie et les États-Unis, le New Start, est désormais expiré. (Photo d'archives)  Photo : afp via getty images / YURI KADOBNOV
Le traité de limitation des arsenaux d'armes nucléaires stratégiques entre la Russie et les États-Unis, le New Start, est désormais expiré. (Photo d'archives) Photo : afp via getty images / YURI KADOBNOV

Que se passera-t-il maintenant que les deux plus grandes puissances nucléaires ne sont plus tenues de limiter leurs arsenaux?

Depuis jeudi matin, le traité New Start sur le contrôle des arsenaux nucléaires stratégiques entre la Russie et les États-Unis est expiré, Moscou et Washington n'ayant pas manifesté le désir de le prolonger ou de le renégocier.

Que se passera-t-il maintenant que les deux plus grandes puissances nucléaires ne sont plus tenues de limiter leurs stocks d'armes nucléaires dans un contexte mondial aussi instable qu'imprévisible? Nous en avons discuté avec Michel Fortmann, professeur honoraire en études stratégiques à l’Université de Montréal.

Mais avant, que contenait ce fameux traité?

Signé à Prague en 2010 par les présidents Barack Obama et Dmitri Medvedev, le traité New Start limitait les arsenaux des deux pays à un maximum de 1550 ogives stratégiques déployées. Cela signifiait à l’époque une réduction de 30 % de ces stocks d’armes par rapport aux limites prévues dans l’accord antérieur SORT, conclu en 2002.

New Start limitait aussi à 800 dans chaque camp le nombre de lanceurs (sous-marins, missiles, silos) et de bombardiers lourds déployés.

Le traité prévoyait également des inspections et des vérifications mutuelles dans les arsenaux de la Russie et des États-Unis.

Prolongé pour cinq ans par les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine dans un climat de vive tension en 2021, New Start s’est pour ainsi dire désintégré en vol depuis.

Moscou, alors en pleine invasion de l’Ukraine, avait d’abord décidé de suspendre les inspections américaines en août 2022. Quelques mois plus tard, en février 2023, les Russes suspendaient leur participation à New Start, sans toutefois s’en retirer.





Pourquoi laisser mourir un tel traité?

D'après Michel Fortmann, spécialiste en études stratégiques, c’est tout simplement par manque d’intérêt que l’administration Trump et le Kremlin ne se sont pas assis pour renégocier ou prolonger ce traité hérité de la Guerre froide.

C'est un peu comme une vieille personne qu'on laisse mourir de sa belle mort sans intervenir médicalement. […] On hausse les épaules, on dit : "Finalement, ce n’est pas la peine. On n'a plus besoin de ces cadres-là", explique M. Fortmann.

Il faut voir la fin de New Start comme la continuation de la dégradation des relations entre superpuissances et le retour à un monde qui n'est plus contraint par les mêmes normes et les mêmes règles qu’auparavant.



Michel Fortmann devant un micro de radio dans les studios de Radio-Canada.
Le professeur honoraire d’études stratégiques à l'Université de Montréal Michel Fortmann. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Francis Dufresne

Certains diraient que la maîtrise des armements, on la cultive lorsque les relations entre les grandes puissances vont bien. Quand ça va mal, on met ça de côté.

Une citation deMichel Fortmann, professeur honoraire d’études stratégiques à l'Université de Montréal


La montée en puissance de la Chine change la donne

Malgré des tensions importantes entre la Russie et les États-Unis, notamment sur la question de l’Ukraine, le président Vladimir Poutine avait déjà déclaré être malgré tout disposé à négocier une prolongation de New Start.


Des missiles de croisière chinois défilent sur la place Tiananmen, en Chine.
Des missiles de croisière chinois défilent sur la place Tiananmen, en Chine. (Photo d'archives)  Photo : Getty Images / Pool/Collectif

À Washington, toutefois, le président Trump a expliqué qu'il n'a aucun intérêt à renouveler un tel traité sans y inclure la Chine, une puissance économique, militaire et nucléaire en pleine expansion.

La grande idée de Donald Trump, c'est d’impliquer la Chine dans un accord de contrôle des armes. […] Un "new deal", souligne M. Fortmann.

Mais la Chine refuse catégoriquement de parler de ses armes atomiques.

Même si elle a doublé ses capacités nucléaires au cours des huit dernières années, elle est encore loin de posséder un arsenal comparable à celui des États-Unis ou de la Russie, précise notre expert.

On parle en fait d'une force nucléaire d’à peu près 10 % à 11 % des arsenaux américains […] et seule une trentaine de ces ogives sont intercontinentales. [...] Les autres sont des armes de portée moyenne, dit-il.

Il est donc hors de question pour les Chinois de s’imposer des limites maintenant, alors que leurs stocks d’armes nucléaires stratégiques représentent le dixième de ceux des deux autres signataires.

Armes tactiques ou stratégiques?

Les armes nucléaires tactiques sont en général de faible puissance et de courte portée. Elles sont destinées à frapper des sites comme des ports, des zones industrielles ou des bases militaires. Les armes nucléaires stratégiques de longue portée, elles, visent la destruction de cibles à grande échelle, comme des villes ou même des régions entières. C’est précisément la réduction de ce type d’armes que New Start visait.

Est-ce le début d’une nouvelle course à l’armement?

Il ne faut pas s'attendre à ce que, du jour au lendemain, tout à coup, les armes nucléaires reviennent au centre de l'actualité, estime M. Fortmann.

Je ne pense pas que ni d'un côté ni de l'autre, à moins d'une hausse extraordinaire des tensions, on envisage de le faire. C'est exclu.

Mais pourquoi, au fait? Parce que ce sont des armes qui sont trop destructrices, répond le spécialiste en études stratégiques.

Si vous commencez à utiliser l'arme nucléaire, vous risquez carrément le suicide. C’est quelque chose qui est compréhensible, [même] par quelqu'un comme Trump.



Un militaire travaillant sur un missile.
Un militaire procède à l'entretien d'un missile nucléaire de longue portée dans un silo souterrain. (Photo d'archives) Photo : Associated Press / Forces aériennes des États-Unis

Au cours des prochaines années, on devrait plutôt assister à la modernisation des arsenaux nucléaires, croit M. Fortmann.

Les lanceurs, les armes, mais aussi toute l'infrastructure de production et de maintenance de ces armes, spécifie-t-il.

Les Américains vont mettre dans les prochaines décennies 1700 milliards de dollars pour rénover au complet ce qu'on appelle la triade, c'est-à-dire les missiles déployés à terre, ceux des sous-marins et des bombardiers.

Considérant le fait que les Russes et les Américains possèdent aussi des arsenaux nucléaires de réserve de plusieurs centaines d’armes, il n’y a pas de besoin d’augmenter sensiblement leur nombre dans l’immédiat, de l'avis de M. Fortmann.

Qu’est-ce qu’on perd avec la fin de New Start?

Selon Michel Fortmann, la fin de New Start n’est pas la mort d’un traité d’une autre époque; c’est la fin de toute une culture et la fin de la coopération entre ces deux grandes puissances.


Un missile balistique intercontinental non armé.
Un missile balistique intercontinental non armé est lancé lors d'un test opérationnel à la base aérienne de Vandenberg, en Californie, en 2017. (Photo d'archives) Photo : Reuters / U.S. Air Force / Senior Airman Ian Dudley

Dans les années 1980, raconte-t-il, autant les Russes que les Américains, même ennemis, comprenaient que, dans une guerre nucléaire, il ne peut y avoir de vainqueur. Il était donc du devoir de chacun de faire en sorte qu’un tel scénario ne se produise jamais.

Certains disent que ces accords ne servent à rien, qu’ils sont purement cosmétiques. C’est tout à fait faux, parce que c'est quand même un accord comme Start qui a permis la diminution de façon radicale des arsenaux stratégiques. Puis il y avait des inspections mutuelles.

On s'en va vers un monde où les relations de pouvoir et de puissance sont plus déterminantes que les efforts de coopération.

Une citation deMichel Fortmann, professeur honoraire d’études stratégiques à l'Université de Montréal


Dans les années 1980, des milliers d’armes stratégiques étaient déployées dans le monde par les États-Unis et l’URSS. Aujourd’hui, en vertu de ces traités, les deux pays n’en déploient environ que 1700 chacun, rappelle M. Fortmann.

On envisageait même, dit-il, sous la présidence de Barack Obama, de réduire un jour ces stocks d’armes de destruction massive à zéro.

C'est tout cet espoir qui disparaît, conclut notre expert.



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