Après le message d’unité et d’espoir qu’il a lancé aux Albertains vendredi, le premier ministre du Canada, Mark Carney, passe aux mises en garde.
Dans ces questions de séparation, on avance souvent : "Votez pour cela, c’est gratuit, votez pour ceci et nous renforcerons nos leviers de négociation." C’est un bluff très dangereux , a-t-il lancé en mêlée de presse, lundi, à Ottawa.
Le premier ministre Carney a invité les Albertains, qui se prononceront en octobre prochain sur la possibilité de tenir un référendum sur la souveraineté de leur province, à faire très attention.
Celui qui était à la tête de la Banque d’Angleterre au moment du Brexit affirme qu'il parle par expérience.
J’ai vu ce qui s’est passé au Royaume-Uni. Ils se sont fait promettre que la transition serait douce et qu’il y aurait des négociations, et, 10 ans plus tard, ils sont encore en train d’essayer de défaire ce pour quoi les gens ne pensaient même pas qu'ils votaient.
M. Carney a critiqué l’idée même de lancer une démarche référendaire. Il juge qu’il n'est pas utile de poser ces questions fondamentales et que les Albertains n’ont pas voté pour cela en élisant leur première ministre, Danielle Smith.
M. Carney a, par ailleurs, soutenu que le Parlement à Ottawa pourrait se pencher sur la clarté de la question qui sera posée aux Albertains le 19 octobre. Ce serait le rôle du gouvernement [fédéral], mais je ne dis pas que ce sera le cas.
Les électeurs se prononceront sur la possibilité pour l’Alberta de se lancer dans une démarche ayant pour but de tenir un référendum sur la séparation de la province du Canada. Il s’agit donc d’un référendum sur un référendum, ce qui a valu à Danielle Smith de vives critiques dans le camp séparatiste.
En vertu de la Loi sur la clarté référendaire, une négociation sur la sécession ne peut avoir lieu que si la Chambre des communes juge que la question et la majorité lors du vote ne sont pas ambiguës.
Toutefois, dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière dans La Presse, l'auteur de la Loi sur la clarté, l'ex-ministre Stéphane Dion, a affirmé que la loi ne s'appliquerait que dans le cas d'un second référendum qui porterait spécifiquement sur la sécession.
La députée du Bloc québécois Christine Normandin a appelé le gouvernement Carney à s'abstenir de dire à quelqu'un d'autre comment penser. La Loi sur la clarté, c’est une aberration pour nous. Qu’on pense même y avoir recours, en soi, c’est une attaque à l’intelligence de la population et une forme de déni démocratique, a-t-elle martelé en mêlée de presse à Ottawa.
En point de presse lundi, Mark Carney a aussi défendu son entente avec l’Alberta, qui jette les bases pour la construction d’un éventuel pipeline vers le Pacifique et qui assouplit les objectifs de tarification du carbone.
Quatorze élus de son caucus lui ont fait parvenir une lettre, à la fin avril, pour lui faire part de leurs préoccupations au sujet des reculs environnementaux entrepris par leur gouvernement.
Il y a 160 autres députés dans le caucus du gouvernement, a relativisé le chef libéral.
Dans un caucus [sain], c’est nécessaire d’avoir des conversations, des idées, des échanges, mais il faut décider à la fin.
Une citation deMark Carney, premier ministre du Canada
Le premier ministre a indiqué que son gouvernement fait plusieurs choses à la fois, en référence notamment à son objectif de protéger 30 % du territoire d’ici 2030 et à sa stratégie nationale sur l’électricité.
On peut faire du Canada une superpuissance énergétique avec les énergies conventionnelles et les énergies propres en même temps, a-t-il assuré.