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Sous le feu des critiques, le premier ministre espagnol défend sa politique migratoire

Source: Radio Canada
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, le 29 juillet 2026. (Photo d'archives)  Photo : Getty Images / JAIME REINA
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, le 29 juillet 2026. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / JAIME REINA

Les politiques migratoires du premier ministre espagnol Pedro Sanchez ont essuyé de vives critiques alors que les dirigeants de l’Union européenne (UE) se réunissaient, mardi, à la suite de l’afflux de migrants survenu la semaine dernière sur le territoire espagnol de Ceuta, en Afrique du Nord.

L'arrivée soudaine de 72 000 migrants jeudi et vendredi a déclenché une crise humanitaire à Ceuta et ravivé le débat sur l'immigration au sein du bloc de 27 pays, même si la plupart des migrants sont rapidement repartis.

Plus de 80 migrants ont trouvé la mort, dont certains se sont noyés ou ont été piétinés lors d'une bousculade pour franchir une barrière de protection, selon les autorités espagnoles et marocaines.

Des lettres ouvertes signées par 22 dirigeants de l’UE, ainsi qu’une réplique cinglante de M. Sanchez, ont mis en lumière un débat houleux au sein de l’UE opposant les partisans d’une ligne dure en matière d’immigration au dirigeant espagnol progressiste, qui a remis en cause le consensus au sein de l’Union sur l’immigration, mais aussi sur les dépenses de l’OTAN, Gaza et Israël.

Le gouvernement Sanchez a rejeté ces critiques, les qualifiant de motivées par des considérations politiques. Il a affirmé que la plupart des migrants avaient été refoulés de Ceuta en quelques heures, en étroite coordination avec les autorités marocaines et avec très peu de soutien de la part des autres États européens.

Les ministres semblaient se rallier à nouveau à M. Sanchez après leur réunion de mardi. Toutefois, l’Europe a affiché une désunion profondément préjudiciable au lendemain des événements de Ceuta, alors qu’elle est confrontée aux menaces de Moscou, à l’instabilité avec Washington et aux tensions économiques avec Pékin, a indiqué Alicia García-Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient au sein de la société financière Natixis.

L’Europe a une nouvelle fois fait preuve de faiblesse, a-t-elle affirmé. Une faiblesse considérable.

Des migrants se trouvent sur une plage de Ceuta, l'enclave espagnole située en Afrique du Nord, le 3 août 2026.
Quelque 72 000 migrants sont arrivés soudainement à Ceuta, l'enclave espagnole située en Afrique du Nord, jeudi et vendredi dernier. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Violeta Santos Moura

Des critiques virulentes de l'Italie

Les dirigeants de l’UE se sont empressés de s’en prendre à M. Sanchez dès que les vidéos tournées à Ceuta sont devenues virales. Beaucoup ont imputé cet incident aux politiques progressistes de son gouvernement et se sont publiquement prononcés en faveur de nouveaux contrôles aux frontières, que ce soit aux points d’entrée maritimes, aériens ou terrestres.

La première ministre italienne, Giorgia Meloni, a formulé les critiques les plus virulentes à l’encontre du premier ministre Sanchez, tout en annonçant que l’Italie allait renforcer les contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne.

Pourtant, la situation géographique isolée de Ceuta signifiait qu’il n’y avait pratiquement aucun risque que ces personnes arrivent réellement en Espagne, puis se rendent en Italie, a soutenu Matteo Villa, analyste à l’Institut italien d’études politiques de Milan. Il a précisé que seuls 2 % des migrants arrivant en Europe parviennent jusqu’en Italie.

Nando Sigona, professeur à l’Université de Birmingham, a expliqué que Mme Meloni détestait une mesure prise sous la présidence de M. Sanchez en juillet visant à accorder un statut légal à environ un million de résidents de longue date, et qu’elle tenait à présenter cette approche comme un échec.

La première ministre italienne Giorgia Meloni s'exprime lors d'une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 24 juin 2026.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, le 24 juin 2026 (Photo d'archives) Photo : Reuters / Axel Schmidt

M. Sanchez a riposté dans un message publié en ligne, qualifiant la position de Mme Meloni sur Ceuta de contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent. Il a souligné que l’Italie avait accueilli deux fois plus de migrants que l’Espagne depuis 2021, l’Espagne en ayant accueilli 234 000 contre 478 000 pour l’Italie.

Toutefois, les critiques se sont fait entendre à l’échelle de l’UE. Mme Meloni a signé une lettre commune avec 21 autres dirigeants, de la Finlande à Malte, qui désignait une décision rendue en juillet par un tribunal espagnol comme le déclencheur de cette attaque contre notre système d’immigration et d’asile.

La Cour suprême espagnole avait en effet statué que les migrants arrivant par la mer ne pouvaient pas être expulsés sommairement sans procédure régulière — contrairement à ceux qui traversent par voie terrestre ou escaladent la barrière frontalière de Ceuta —, car ils n’avaient pas franchi de barrière physique.

M. Sanchez a dit que cette décision avait été délibérément détournée de son sens par les passeurs afin de persuader des milliers de personnes de contourner à la nage la barrière frontalière.

Des migrants arrivent sur la plage de Tarajal après avoir franchi la frontière entre l'Espagne et le Maroc le 31 juillet 2026 à Ceuta, en Espagne.
Des migrants sont arrivés à la nage sur la plage de Tarajal après avoir franchi la frontière entre l'Espagne et le Maroc le 31 juillet 2026 à Ceuta, en Espagne. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Adri Salido

Le dirigeant socialiste espagnol a répondu dans sa propre lettre en rappelant que l’Espagne avait accueilli des migrants arrivés dans des pays d’Europe de l’Est en provenance du Bélarus en 2021 et sur l’île de Lampedusa, au sud de l’Italie, en 2023.

Le gouvernement marocain considère cette situation comme une conséquence prévisible de la décision de justice, a soutenu un diplomate de haut rang, s’exprimant sous couvert d’anonymat pour aborder un sujet extrêmement sensible.

Il a ajouté que cela envoyait un message clair aux migrants : "Venez. Si vous arrivez, vous serez protégés." Il a ajouté que ce résultat aurait dû être anticipé par les autorités de Ceuta.

Des reproches ont toutefois aussi été adressés dans l’autre sens. Lundi, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a exigé que Rabat mène une enquête sur l’incapacité des autorités locales à empêcher des dizaines de milliers de migrants de quitter le royaume.

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